Expositions

Le Mythe des Courtisanes au Musée Maxim’s

L’extraordinaire conteur de talent Pierre-André Hélène fait revivre les courtisanes et les incroyables anecdotes qui les entourent au musée Maxim’s jusqu’au 29 mars 2015.

Elles sont toutes là ou presque, à travers une exposition composée essentiellement de robes, de bijoux et de photographies prêtés par sept généreux collectionneurs. « Elles », ce sont la Païva, Marie Duplessis, Liane de Pougy, Geneviève Lantelme ou encore la Belle Otero.

Marie Duplessis plus connue sous le nom de Dame aux Camélias

Marie Duplessis plus connue sous le nom de Dame aux Camélias

Caroline Otero

Caroline Otero

 

Sous les auspices de M. Hélène et des membres de son équipe, les visiteurs découvrent les différentes significations liées au terme de « courtisane » au fil des siècles. A l’origine, ce sont les demoiselles de l’opéra -chanteuses, comédiennes ou danseuses- à la fin du XVIIIème siècle qui inspirent de grandes passions et construisent leur fortune grâce à leurs charmes. Certains membres de la noblesse peuvent alors se ruiner pour une petite danseuse et certains poèmes satiriques de l’époque s’en moquent allègrement :

« Pour élever un édifice
Dervieux n’a besoin d’artifice,
D’architecte, ni de maçon ;
Elle sait où prendre la pierre;
La belle a dessous son jupon
Une inépuisable carrière. »

La Comtesse de Castiglione

La Comtesse de Castiglione

 

Au XIXème siècle apparaît le terme de « lorette », défini ainsi par Balzac : « Lorette est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer, et que, dans sa pudeur, l’Académie française a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. »

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En 1855, sous la plume d’Alexandre Dumas fils apparaît le terme de demi-mondaine :

« Eh bien ! Entrez un jour chez un marchand de comestibles, chez Chevet ou chez Potel, et demandez-lui ses meilleures pêches. Il vous montrera une corbeille contenant des fruits magnifiques posés à quelque distance les uns des autres et séparés par des feuilles, afin qu’ils ne puissent se toucher ni se corrompre par le contact ; demandez-lui le prix, il vous répondra : vingt sous la pièce, je suppose ; regardez autour de vous, vous verrez bien certainement dans le voisinage de ce panier un autre panier rempli de pêches toutes pareilles en apparence aux premières, seulement plus serrées les unes contre les autres et ne se laissant pas voir sur tous leurs côtés, et que le marchand ne vous aura pas offertes… Dites-lui : combien celles-ci ? Il vous répondra : quinze sous. Vous lui demanderez tout naturellement pourquoi ces pêches, aussi grosses, aussi belles, aussi mûres, aussi appétissantes, coûtent moins cher que les autres ? Alors il en prendra une au hasard, le plus délicatement possible, entre ses deux doigts, il la retournera, et vous montrera un tout petit point noir qui sera la cause de son prix inférieur. Eh bien mon cher, vous êtes ici dans le panier de pêches à quinze sous. Les femmes qui vous entourent ont  toutes une faute dans leur passé, une tache sur leur nom ; elles se pressent les unes contre les autres pour qu’on le voie le moins possible ; et avec la même origine, le même extérieur et les mêmes préjugés que les femmes de la société, elles se trouvent ne plus en être, et composent ce que nous appelons le demi-monde, qui n’est ni l’aristocratie ni la bourgeoisie, mais qui vogue comme une île flottante sur l’océan parisien, et qui appelle, qui recueille, qui admet tout ce qui tombe, tout ce qui émigre, tout ce qui se sauve de l’un de ces deux continents, sans compter les naufragés de rencontre, et qui viennent on ne sait d’où. »

Sous le Second Empire, les femmes galantes deviennent des courtisanes qui, selon Arsène Houssaye, sont : « Un billet en circulation qui a d’autant plus de valeur que l’on y lit plus de signatures. »

La Belle Otero l'une des plus célèbres courtisanes du Second Empire.

La Belle Otero l’une des plus célèbres courtisanes du Second Empire.

Otero dans l'écrin du Musée Maxim's

Otero dans l’écrin du Musée Maxim’s

Le nécessaire de toilette de Sarah Bernhardt

Le nécessaire de toilette de Sarah Bernhardt

 

Tout un programme ! Le visiteur découvre donc la vie de Thérèse Pauline Blanche Lachmann plus connue sous le nom de marquise de la Païva, les photos de son hôtel particulier avenue des Champs Elysées (et dont vous pouvez découvrir la visite guidée ici et ici), son extravagant lit qui a coûté la bagatelle de 100 000 francs or et ses coffres de pierreries. Nous apprenons que la « Dame aux Camélias » est la meilleure ambassadrice de la France car tous les jours la Traviata est jouée quelque part dans le monde et que la femme qui a inspiré le personnage à Dumas est morte comtesse de Perrégaux à 23 ans. Les anecdotes pleuvent sur leurs vies flamboyantes, les passions qu’elles suscitent et les fortunes colossales qu’elles accumulent : la Belle Otéro qui se retire des affaires en 1914 à la tête de 5 millions de francs or bientôt perdus sur les tapis de jeux, Liane de Pougy qui reçoit en 1902 la visite d’Henri Meilhac, célèbre auteur dramatique qui va payer 80 000 francs (1,6 millions de nos euros) pour la voir nue dix minutes. Moins connue mais présente dans l’exposition : la superbe Geneviève Lantelme « Brigitte Bardot, jeune, puissance 10 » qui connaîtra une fin tragique lors d’une croisière sur le Rhin avec son mari Alfred Edwards.

Photo sur chevalet de la célèbre marquise de Païva, évocation de ses coffrets de pierreries au sol

Photo sur chevalet de la célèbre marquise de Païva, évocation de ses coffrets de pierreries au sol

En haut à gauche : le lit de la Païva. A droite : le château en Silésie de la marquise, parfaite copie des Tuileries. En bas : l'escalier en marbre de l'Hôtel de la Païva.

En haut à gauche : le lit de la Païva. A droite : le château en Silésie de la marquise, parfaite copie des Tuileries. En bas : l’escalier en marbre de l’Hôtel de la Païva.

Le lit de la Païva qui était encore visible il y a quelques années dans un musée aujourd'hui fermé de la capitale.

Le lit de la Païva qui était encore visible il y a quelques années dans un musée aujourd’hui fermé de la capitale.

Geneviève Lantelme, beauté de la Belle Epoque

Geneviève Lantelme, beauté de la Belle Epoque

Geneviève Lantelme chez elle

Geneviève Lantelme chez elle

Lantelme, la plus belle femme de la Belle Epoque

Lantelme, la plus belle femme de la Belle Epoque

 

Certes, les robes et les bijoux exposées ne leur ont pas appartenu. Ils sont des témoignages de leur époque mais dans l’écrin du musée Maxim’s, la reconstitution fait son petit effet.

Courtisanes Maxim's - Collier

Robe Maxim's

 

A l’étage inférieur, l’exposition se poursuit avec les héritières de ces femmes au XXème siècle : Coco Chanel (qui se lance dans les affaires grâce à la fortune de deux de ses amants, Etienne Balsan et Boy Capel), Gloria Lasso, Zsa Zsa Gabor. Plus récemment encore, Zahia, véritable version moderne de la courtisane et, beaucoup plus surprenant, Valérie Trierweiler. J’en vois déjà certains froncer les sourcils à la lecture de ces lignes, à l’image de cette femme, outrée de voir l’ancienne compagne du président Hollande sur les murs du musée, demander à son amie devant moi : « Qu’est-ce qu’elle fout là, celle-là ? »

Et Pierre André Hélène d’expliquer, lors du vernissage, que François Hollande est le président ayant le plus de points communs avec Louis XIV : après Louise de la Valière / Ségolène Royale et Madame de Fontanges / Anne Hidalgo, Valérie Trierweiler, sans aucun lien juridique avec Hollande, fut pendant six mois la Montespan de la République, bénéficiant de traitements, de voyages, d’un secrétaire particulier… Et de conclure dans un sourire malicieux : reste à savoir qui sera sa Madame de Maintenon.

N’hésitez donc pas à aller voir cette exposition ne serait-ce que pour écouter les anecdotes souvent croustillantes autour de ces femmes qui ont construit elles-mêmes leur légende.

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Au mur : Marie Duplessis et Sarah Bernhardt

Au mur : Marie Duplessis et Sarah Bernhardt

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BIBLIOGRAPHIE :

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