A travers Paris

Dans les coulisses de créateurs de costumes : l’atelier des Vertugadins

La première fois que j’ai entendu parler des Vertugadins, c’est à l’occasion d’un article de mon amie Louise alias Miss Pandora à l’occasion de sa participation au Bal de Versailles. Cette première découverte de leurs créations m’avait déjà laissé rêveuse. Mais c’est en travaillant récemment sur un autre projet que j’ai eu l’occasion de faire la connaissance des Vertugadins en passant du virtuel au réel. La sympathique équipe qui compose cet atelier a très gentiment accepté de m’accueillir le temps de vous ouvrir les portes de leur monde dont le quotidien consiste, entre autre, à faire revivre le passé.

Suite à quelques échanges de mails, j’arrive donc un week-end devant un entrepôt situé à Ivry-sur-Seine pour assister à l’un des stages de couture, une activité proposée toutes les trois semaines environ et ouverte à toutes celles et ceux qui désirent apprendre ou approfondir les techniques de confection du costume. Dès mon arrivée, je découvre le café fumant et quelques viennoiseries sur la table d’entrée et des jeunes filles s’activant dans une ambiance bon enfant.

Dès l'entrée, les photos des créations des Vertugadins séduisent...

Dès l’entrée, les photos des créations des Vertugadins séduisent…

Emilie Monchovet, l’une de deux fondatrices, m’invite à m’asseoir et me conte les origines du projet. C’est la rencontre de Guénic Prado et d’Emilie en 2000 qui a donné naissance aux Vertugadins. Emilie travaille alors dans une maison d’édition de jeux de rôle et Guénic est la petite amie de l’un des auteurs, en première année d’étude pour devenir costumière. Les deux jeunes femmes s’amusent à créer des robes ensemble sur leur temps de loisir puis obtiennent une première commande d’une amie commune pour un mariage en 2003. Dans le même laps de temps, Guénic termine ses études et la maison d’édition fait faillite. Les deux amies décident alors de s’associer : la société est officialisée en 2005 en tant que SCOP CAE (coopérative d’activité et d’emploi) afin de limiter les risques éventuels. En 2008, Clémentine Anglade rejoint l’équipe après un stage de fin d’étude. Suites à des complications administratives, les trois jeunes femmes décident de monter leur propre SCOP (société coopérative ouvrière de production) en 2010. C’est alors au tour de Quitterie Lassallette de rejoindre l’équipe après un stage. En juin 2013 Yann Boulet, spécialiste du cuir, rejoint définitivement l’équipe après un projet commun et sa participation à l’élaboration d’armures.
En véritable équipe, les cinq membres se répartissent les tâches selon leurs affinités notamment afin d’optimiser le travail en période de rush : Guénic réalise de nombreux dessins en couleur, Yann s’occupe des armures, Quitterie travaille sur les styles…

Quelques exemples des projets en cours

Quelques exemples des projets en cours

Le travail des Vertugadins est d’une grande qualité, il suffit d’en voir quelques exemples. Les professionnels ne s’y sont pas trompés et les références de l’atelier sont impressionnantes.

Costumes homme XIXe, composés de vestes queue de pie, gilets et pantalons à pinces d'époque.

Costumes homme XIXe, composés de vestes queue de pie, gilets et pantalons à pinces d’époque.

Robe 1910 en soie, mousseline, dentelles et galons anciens. Crédit photo : Stéphane Casali.

Robe 1910 en soie, mousseline, dentelles et galons anciens. Crédit photo : Stéphane Casali.

Les Vertugadins se sont d’abord fait connaitre à travers leur réseau : le monde du théâtre pour Guénic et celui des jeux de rôle grandeur nature pour Emilie. Le site Internet (que vous pouvez consulter en cliquant sur ce lien) prend aujourd’hui de plus en plus d’importance notamment grâce au service de location de leurs magnifiques costumes aux particuliers. Il ne faut pourtant pas s’y fier, vous trouverez à peine 50% de leurs archives présentées sur ce site. Les costumes que vous pourrez entrevoir sur les photos présentées ici sont principalement ceux des XVIII et XIXe siècles. Les Vertugadins offrent notamment un important fond de costumes des années 40 – 50 et de médiéval fantastique. L’atelier dispose également d’une importante collection achetée à la Comédie française. Mieux vaut donc se déplacer et explorer directement les malles de l’atelier qui se déploie sur 125 m2 sans compter les 70m2 supplémentaires réservés au stockage des accessoires. Largement de quoi trouver votre bonheur. Les stocks sont pris d’assaut chaque année pour les grands événements comme le bal de Versailles. D’ailleurs, certains d’entre vous ont peut-être déjà eu l’occasion d’admirer leurs créations sur la belle Louise Ebel Miss Pandora ici ou sur Alix The Cherry Blossom Girl ici. Pour ceux parmi vous qui seraient intéressés, sachez que les tarifs vont de 95€ à 160€ pour une semaine de location selon le nombre d’éléments, le prix le plus élevé correspondant à une robe à crinoline accessoirisée.

Admirez les détails des costumes, un travail de fourmi

Admirez les détails des costumes, un travail de fourmi

L’atelier s’organise autour des différentes activités : la semaine est consacrée aux commandes pour les défilés de mode et de lingerie, les pièces de théâtre, l’opéra, les comédies musicales, les publicités, le cinéma… Les particuliers ne sont pas en reste et les Vertugadins peuvent satisfaire les demandes les plus simples comme les plus complexes : la confection de chapeaux, la combinaison luminescente d’un flyboarder, une robe de mariée incrustée de lumières dont les batteries sont montées sur des jarretières ou encore des marionnettes composées de grillage. Les week-ends, les Vertugadins endossent leurs habits de professeurs afin de partager leurs connaissances avec tous ceux qui souhaitent créer leurs costumes eux-mêmes.

La très intéressante bibliothèque des Vertugadins

La très intéressante bibliothèque des Vertugadins

Désireux de diversifier ses activités, l’atelier a également participé à un projet photo visant à reconstituer des tableaux de Jean-Jacques Henner en collaboration avec Diane Drubay, créatrice du site Buzzeum.

Le projet Jean-Jacques Henner : Italienne debout, tricotant. Crédit photo : Stéphane Casali

Le projet Jean-Jacques Henner : Italienne debout, tricotant. Crédit photo : Stéphane Casali

Le projet Jean-Jacques Henner : L'Hérodiade

Le projet Jean-Jacques Henner : L’Hérodiade

L’équipe a récemment participé à une soirée de reconstitution historique du XVIIIe siècle au château de Chantilly organisée par une entreprise pour ses employés. Il leur a fallu trois habilleuses, un maquilleur, un coiffeur et la participation du photographe Stéphane Casali (Un Jour dans le Temps) afin de préparer soigneusement chacun des invités qui sont tous repartis avec leur portrait et de beaux souvenirs. L’équipe prépare actuellement un gala pour une école d’ingénieur prévu pour la fin de l’année et aimerait développer ce type de service à l’avenir.

C’est à l’un des ateliers que j’ai eu la chance d’assister. Le thème étant libre, il y a en cours de confection ce jour-là deux corsets, une crinoline, une tournure et un costume de cosplay type Blanche-Neige. Ces cours sont ouverts à tous, aux débutants comme aux professionnels, mais une débutante telle que moi (à savoir qui ne sait pas coudre un simple bouton) peut-elle suivre la cadence ? Emilie me rassure et me raconte l’histoire d’un homme sans aucune expérience venu faire un corset pour l’offrir en cadeau à son épouse. De quoi rassurer les plus néophytes d’entre nous.

Avant le début du stage, Les Vertugadins fournissent aux participants la liste complète des fournitures dont ils auront besoin. Ceux-ci apportent les éléments requis ainsi que leur tissu. Il est également possible de se fournir sur place. C’est d’ailleurs conseillé pour certains éléments très spécifiques et difficiles à trouver comme les baleines métalliques pour les structures, les buscs et la toile dont on se sert afin de rigidifier un corset.
Sur place, les apprentis couturiers peuvent bénéficier de l’aide et des conseils des professionnels tout en profitant des différentes machines mises à leur disposition : une piqueuse normale, une tout tissu, une surjeteuse fixation prêt à porter, deux machines à coudre, une machine lycra / stretch pour les costumes de super héros, une autre permettant l’utilisation du fil mousse et des coutures jean…

Les participants ont accès aux différentes machines pendant les stages.

Les participants ont accès aux différentes machines pendant les stages.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on vient de loin pour profiter de leur conseils. J’ai ainsi l’occasion de faire connaissance de Chantal qui arrive directement de Bern (Suisse) et qui travaille sur une reconstitution de la robe taillée dans les rideaux de Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent pour un défilé de mode. Cette femme dynamique profite d’une retraite bien méritée pour se livrer entièrement à sa passion.

Chantal, arrivée de Suisse la matin même, travaille à une reconstitution de la robe de Scarlett O'Hara

Chantal, arrivée de Suisse la matin même, travaille à une reconstitution de la robe de Scarlett O’Hara

« Passion », c’est le terme qui va revenir à la bouche de chacune des personnes avec lesquelles je vais avoir l’occasion de discuter comme Nathalie et Murielle venues toutes deux terminer des corsets pour un jeu de rôle grandeur nature. Si elles ont commencé par aborder le costume par la reconstitution historique, elles sont rapidement passées au monde du GN, dans lequel elles se sentent plus libres. Si c’est important de pouvoir dire qu’elles ont elles-mêmes créé leurs costumes, elles assurent que c’est aussi un point majeur dans la construction des personnages qu’elles incarnent.

Murielle travaillant sur un corset victorien

Murielle travaillant sur un corset victorien

Agathe et Mélissa évoluent dans le monde du cosplay dont la règle est de créer 50% de son costume soi-même. Si les deux jeunes femmes ont d’abord commencé avec la customisation de costumes, c’est une fois encore l’idée de tout réaliser soi-même qui explique leur présence ici arguant d’une passion qui devient « de plus en plus exigeante » au fil du temps.

Ambiance studieuse à l'atelier

Ambiance studieuse à l’atelier

Fascinée par cette passion commune, je vais rester en compagnie de ces jeunes gens pendant plusieurs heures, apprécier leur dextérité, écouter religieusement les conseils des Vertugadins, admirer la qualité des costumes en exposition, rêvasser devant certains des accessoires… Découvrir les coulisses de l’atelier et de leur travail m’aura permis de m’évader quelques heures hors du temps, dans leur univers. Et j’aurai très bientôt l’occasion de vous reparler des Vertugadins dans un prochain article consacré à Stéphane Casali dont vous pouvez visiter le site pour vous faire patienter. En attendant, pensez à eux si vous avez le moindre projet réclamant les conseils et la griffe de professionnels du costume, nul doute que vous ne le regretterez pas. Suivez-les dès à présent sur leur site Internet et sur Facebook.

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