Histoire

A Londres, sur les traces d’Oscar Wilde…

Ses écrits l’ont rendu célèbre mais sa vie était sa véritable œuvre d’art… Inconditionnelle d’Oscar Wilde depuis toujours, j’ai profité d’un passage à Londres pour partir sur ses traces.

Oscar Wilde

Oscar Wilde

Oscar Wilde’s House : 34 Tite Street

Première étape de ce pèlerinage : la maison occupée par Wilde à Chelsea. En février 1879, Oscar Wilde s’installe à Londres où il devient l’ami de James Abbott McNeill Whistler, Lillie Langtry, Ellen Terry et attire l’attention de la grande Sarah Bernhardt en jetant des brassées de lys blancs à ses pieds. Il emménage à cette adresse en 1884 en compagnie de sa femme Constance. La mère de l’écrivain résidait elle-même dans Oakley Street, leur proximité géographique leur permettait de se voir régulièrement. A l’époque, la rue est fréquentée par bon nombre de peintres et d’écrivains (John Singer Sargent, James McNeill Whistler, Augustus John, Frank Miles), toute la bohème victorienne. Au sein de cette fourmilière artistique, Oscar raconte qu’un matin, il a assisté à l’arrivée d’Ellen Terry dans le flamboyant costume de Lady Macbeth pour une séance de pose dans l’atelier de Sargent et quelle vision !

John Singer Sargent, Ellen Terry dans le costume de Lady Macbeth (1889)

John Singer Sargent, Ellen Terry dans le costume de Lady Macbeth (1889)

C’est ici dans une pièce couleur bouton d’or qu’il a écrit Le Portrait de Dorian Gray, L’Eventail de Lady Windermere, Une Femme sans Importance, Un Mari Idéal, L’Importance d’être Constant… Les passants sont d’ailleurs informés de l’importance des lieux grâce à la plaque bleue apposée sur le bâtiment.

Maison d'Oscar Wilde à Londres

Maison d’Oscar Wilde à Londres

Plaque commémorative apposée sur la maison de Wilde

Plaque commémorative apposée sur la maison de Wilde

Dévotions wildiennes...

Dévotions wildiennes…

Cette maison lui servit également de vitrine. Un peu avant son emménagement, Wilde revint de sa grande tournée aux Etats-Unis où il donnait des lectures sur « The House Beautiful » et « The Decorative Arts », faisant la promotion des valeurs du mouvement esthétique (si vous désirez en apprendre plus sur l’Esthétisme, vous pouvez vous référer à cet article : Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde). Il fit donc appel à Edward Godwin et à Whistler afin de donner à ses appartements les couleurs de « l’art pour l’art ». Les travaux durèrent sept mois et engloutirent la totalité des fonds du couple.

« J’ai une salle à manger composée de différents tons de blanc avec des coussins blancs brodés en soie jaune : l’effet produit est charmant et la pièce est superbe. » écrira-t-il. Son bureau était empli de divans d’inspiration orientale, d’imprimés japonais et d’autres touches exotiques, la pièce lui servait plus de fumoir que pour y écrire au demeurant. Il écrivait au rez-de-chaussée, dans une pièce aux murs jaunes pâles emplis de boiseries en laque rouge, entourés d’œuvres de Monticelli, de Simeon Solomon et d’une statue d’Hermès.

Le salon était plus féminin avec son plafond peint en bleu rehaussé de dragons d’or, deux plumes de paon incrustées dans le plâtre, des rideaux blancs et bleus sortis tout droit de l’imagination de William Morris, des chaises de bambou noires et blanches, des études vénitiennes de Whistler au mur… Malheureusement, il ne reste plus rien de cet intérieur. Tout a été démonté et revendu peu après l’issue des procès intentés par le marquis de Queensberry.

Dans la maison d'Oscar : la chambre actuelle est située dans ce qui était la bibliothèque. C'est dans cette pièce qu'il aurait écrit ses chefs-d'oeuvre...

Dans la maison d’Oscar : la chambre actuelle est située dans ce qui était la bibliothèque. C’est dans cette pièce qu’il aurait écrit ses chefs-d’oeuvre…

Hatchard’s

Hatchard’s est la plus ancienne librairie de tout le Royaume-Uni et a ouvert ses portes en 1797. Un endroit important dans mon pèlerinage puisque c’est ici qu’Oscar achetait ses livres. S’il a hanté les murs à l’époque où il vivait à Londres, le dramaturge occupe aujourd’hui une large place sur les étagères…

Hatchard's Library

Hatchard’s Library

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Les livres d'Oscar à l'honneur...

Les livres d’Oscar à l’honneur…

Langham Hotel

C’est dans ces murs que fut donnée la chance d’écrire deux chefs-d’œuvre de la littérature à deux jeunes écrivains encore inconnus : Oscar Wilde et Sir Arthur Conan Doyle. C’est le 30 août 1889, dans le quartier de Marylebone que Joseph Marshall Stoddart, éditeur américain du magazine littéraire Lippincott va passer commande de deux œuvres policières. Sir Arthur Conan Doyle, grand ami de Wilde, écrira Le Signe des Quatre publié en février 1890, second tome des aventures du célèbre détective Sherlock Holmes. Oscar écrira Le Portrait de Dorian Gray publié en juillet de la même année. Les références de Wilde à l’homosexualité dans cette œuvre ne seraient que les prémisses du scandale qui allait suivre…

Le Langham Hotel - Londres

Le Langham Hotel – Londres

Plaque commémorative sur le Langham Hotel

Plaque commémorative sur le Langham Hotel

Savoy Hotel

C’est dans ses murs qu’Oscar entretint sa passion pour Lord Alfred Douglas et d’autres jeunes gens rencontrés au hasard des rues. « M’accompagneriez-vous au Savoy Hotel ? » Cette phrase rapportée par Charles Parker, jeune prostitué, lors du procès de Wilde pour crime de sodomie donna définitivement à l’hôtel un parfum de scandale. Les deux hommes occupaient des chambres communicantes au troisième étage (les 346 et 362). Certains employés de l’hôtel, comme la femme de chambre Jane Cotter, furent appelés à la barre afin de témoigner lors du procès.

Entrée du Savoy Hotel

Entrée du Savoy Hotel

L'intérieur du Savoy Hotel

L’intérieur du Savoy Hotel

Ouvert en 1889, Le Savoy est réputé pour être le premier grand hôtel de luxe du pays alimenté en électricité et eau chaude courante. D’autres personnalités fréquentèrent l’hôtel en leur temps : Claude Monet, Sarah Bernhardt, Charlie Chaplin, Gabrielle Chanel, Winston Churchill… C’est ici que se rencontrèrent Laurence Olivier et Vivien Leigh. Le bar, typique des années 30, est idéal pour se poser tout en sirotant l’un des cocktails réputés de l’établissement.

Le Savoy Hotel - Le bar

Le Savoy Hotel – Le bar

Brown’s Hotel

Ouvert en 1837, le Brown’s Hotel situé dans le quartier de Mayfair n’a rien à envier aux précédents. Lui-aussi entretient un riche passé historique. C’est ici qu’Alexander Graham Bell résida lorsqu’il vint informer le gouvernement britannique de son invention révolutionnaire : le téléphone. Oscar y passait et y recevait ses coups de téléphone. Les époux Roosevelt vinrent y passer leur lune de miel. Toujours d’un point de vue littéraire, Rudyard Kipling y rédigea Le Livre de la Jungle et Agatha Christie y plaça l’intrigue de son livre A l’hôtel Bertram. C’est dans cette rue d’Albemarle Street dans laquelle se situaient bon nombre de clubs réunissant les plus hauts membres de la société anglaise, au numéro 13 précisément, que se joua le premier acte de l’intrigue qui allait voir la chute du dramaturge. Le 18 février 1895, le marquis de Queensberry vint y déposer la fameuse carte : « Pour Oscar Wilde, s’affichant comme somdomite » (sic)
Quelques jours plus tard, Oscar écrivait à Robert Ross : « Le père de Bosie a laissé à mon cercle une carte de visite portant des mots odieux. Je ne vois d’autre solution que de le poursuivre en justice. Il semble que cet homme vienne briser toute ma vie. Ma tour d’ivoire est prise d’assaut par un monde ordurier. Ma vie s’écroule sur le sable. Je ne sais que faire. »
Wilde poursuivit le marquis pour diffamation. Les procès qui allaient s’ensuivre feraient grand bruit dans la pudibonde Angleterre victorienne et allaient envoyer Oscar en prison avant de le jeter sur les routes de l’exil.

Entrée du Brown's Hotel

Entrée du Brown’s Hotel

Theatre Royal Haymarket

C’est sur la scène de ce théâtre qu’eut lieu la première d’Une Femme sans Importance (19 April 1893) et celle d’Un Mari idéal (3 janvier 1895) C’est après 124 représentations de cette dernière pièce que Wilde fut arrêté et son nom retiré de l’affiche.

Theatre Royal Haymarket Source : Wikipédia

Theatre Royal Haymarket
Source : Wikipédia

Cadogan Hotel – 75 Sloane Street

Lillie Langtry, amie d’Oscar, vécut au 21 Pont Street de 1892 à 1897. Elle continua d’occuper son ancienne chambre bien après la vente de la maison devenue dès lors partie intégrante de l’hôtel.
C’est peu de temps après son ouverture que le Cadogan passa à la postérité. C’est en effet ici qu’Oscar Wilde fut arrêté pour « actes indécents avec une personne de même sexe » le 6 avril 1895 dans la chambre n°118. Ses amis Reginald Turner et Robert Ross le supplièrent de quitter Londres pour la France mais Wilde refusa. La scène de l’arrestation est évoquée dans un poème de John Betjeman L’Arrestation d’Oscar Wilde au Cadogan Hotel (disponible en anglais)

The Cadogan Hotel, lieu de l'arrestation d'Oscar Wilde

The Cadogan Hotel, lieu de l’arrestation d’Oscar Wilde

Chambre d'Oscar Wilde au Cadogan Hotel. Source : dailymail

Chambre d’Oscar Wilde au Cadogan Hotel.
Source : dailymail

Reading Gaol

Après avoir perdu ses procès, Oscar dut rembourser les frais de justice de son adversaire. Ses biens furent éparpillés. Constance changea son nom et celui de leurs enfants, Cyril et Vyvyan, en Holland. Oscar passa deux ans de travaux forcés dans la prison de Reading où il écrivit son De profundis, une lettre ouverte destinée à son amant Lord Alfred Douglas.

Reading Gaol. Source: Sherard, The Real Oscar Wilde. http://www.victorianweb.org/photos/wilde/8.html

Reading Gaol. Source: Sherard, The Real Oscar Wilde.
http://www.victorianweb.org/photos/wilde/8.html

Ses années de prison mirent fin à sa production littéraire. A l’exception de La Ballade de la geôle de Reading commencée lors de son exil normand et publiée sous le pseudonyme de C.3.3. (son matricule en prison), l’écrivain se taira définitivement : «J’ai écrit quand je ne connaissais pas la vie, dit-il à un ami à Paris en 1900. Maintenant que je sais ce qu’elle veut dire, je n’ai plus rien à écrire».
Il décrira dans ce long poème la peur, l’isolement, la torture psychologique, les condamnations à mort, la faim dans cet endroit où l’on donne suffisamment à manger aux détenus pour les maintenir en vie et pas assez pour les rassasier. Sa femme Constance vint lui rendre visite à deux reprises. Robert Ross lui rendit visite plus régulièrement. Oscar Wilde sortit brisé de ces deux ans d’emprisonnement.

Charing Cross Hotel

Inauguré en 1864, Le Charing Cross est le dernier hôtel sur ma liste. Oscar Wilde passait la nuit ici lorsqu’il devait se rendre à Paris. C’est sans doute l’un des derniers lieux qu’il ait fréquenté à Londres avant de s’embarquer pour la Normandie à sa sortie de prison le 18 mai 1897. Il s’installe alors à Berneval sous le nom de Sébastien Melmoth. Un peu plus tard, il rejoint son amant Bosie à Naples. Sa femme Constance, en l’apprenant, suspend la pension qu’elle lui versait. Lady Queensberry menace d’en faire autant pour son fils si cette scandaleuse liaison ne cesse pas. Les deux hommes se séparent en décembre 1897. Oscar décide de s’installer à Paris avant de s’enfoncer dans la solitude et la misère. Il décède des suites d’une méningite dans sa chambre à l’Hôtel d’Alsace le 30 novembre 1900.

Entrée du Charing Cross Hotel

Entrée du Charing Cross Hotel

En face de l’hôtel Charing Cross trône une étrange sculpture A Conversation with Oscar Wilde de Maggi Hambling, hommage tardif au génie de Wilde et fin de notre périple dans les rues de Londres.

Maggi Hambling, A Conversation with Oscar Wilde (1998)

Maggi Hambling, A Conversation with Oscar Wilde (1998)

Maggi Hambling, A Conversation with Oscar Wilde (1998) (Détail)

Maggi Hambling, A Conversation with Oscar Wilde (1998) (Détail)

3 replies »

  1. Un texte franchement bien construit, des informations qui donnent envie de retourner à la rencontre de Wilde, ce visionnaire qui ne cesse d’inspirer des visites et des documentaires aussi intéressants que celui-ci ! Merci infiniment !
    Lou FERREIRA

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