Expositions

Paris Haute Couture

 

À partir des chefs-d’œuvre des collections du musée Galliera, l’Hôtel de Ville nous proposait récemment un hommage au monde fantasmé et méconnu de la haute couture, cette industrie parisienne caractérisée par sa créativité et sa haute technicité. Je vous propose aujourd’hui un petit retour sur les robes magnifiques qui ont attirées mon attention au sein de l’exposition.

Mais qu’est-ce donc que la haute couture ? Ce terme constitue une appellation juridiquement protégée. Les principaux critères, établis en 1945 et actualisés en 1992, sont les suivants :

– Le travail doit être manuel et se dérouler dans au moins deux ateliers,
– Les maisons de haute couture doivent employer un minimum de 15 personnes dans ces ateliers,
– Une certaine surface de tissu doit être utilisée,
– Les pièces sur mesure doivent être uniques,
– La maison doit participer à au moins deux défilés par an (printemps-été et automne-hiver), qui présenteront au moins une trentaine de modèles du jour et du soir par collection.

A l’origine dans les ateliers d’une maison de couture, le travail se répartit entre l’atelier tailleur et l’atelier flou. Cette séparation provient des corporations du XVIIIe siècle au sein desquelles les tailleurs étaient chargés de couper et monter les habits tandis que les marchandes de mode s’occupaient de les garnir. En moyenne, il fallait trente ans à chaque ouvrier pour gravir les échelons. L’atelier tailleur façonnait les lourds tissus masculins pendant que l’atelier flou était dirigé par une première. Au tout début de la haute couture, c’est un grand luxe que de pouvoir posséder son propre atelier de modiste à l’instar de Gabrielle Chanel ou son atelier de broderie comme Jeanne Lanvin.

Jacques Boyer. Le drapage du corsage chez Worth, Paris, 1907. © Jacques Boyer/Roger-Viollet

Jacques Boyer.
Le drapage du corsage chez Worth, Paris, 1907.
© Jacques Boyer/Roger-Viollet

Jacques Boyer. Le drapage du corsage chez Worth, Paris, 1907. © Jacques Boyer/Roger-Viollet

Jacques Boyer.
Le drapage du corsage chez Worth, Paris, 1907.
© Jacques Boyer/Roger-Viollet

Avant de donner jour aux modèles portés, les créateurs couchent leurs idées sur le papier en leur donnant diverses formes : esquisse, peinture, gouache… Christian Dior ou Yves Saint-Laurent modélisent la tenue selon leur imagination. Madeleine Vionnet, Madame Grès ou Cristóbal Balenciaga l’utilisent de façon mnémotechnique afin de figer l’idée par un drapage acharné du tissu.

Maison Agnès. Album. Gouache. 1928. Musée Galliera © Galliera/Roger-Viollet

Maison Agnès.
Album. Gouache. 1928.
Musée Galliera © Galliera/Roger-Viollet

La haute couture est née à Paris au milieu du XIXe siècle. Charles Frederick Worth en est considéré comme le fondateur. En 1858, il ouvre sa maison au numéro 7 de la rue de la Paix, créant des modèles originaux pour des clientes particulières. Worth est aussi le premier couturier à poser sa griffe sur ses créations.

Robe de bal Worth, vers 1900

Dans un premier temps, ses clientes se montrent réticentes à porter ses créations à grands motifs de peur de se sentir habillées comme des meubles. En 1874, Mallarmé les qualifiera même de « damas d’appartement portés avec grâce. » Ces robes favorisent cependant la production de la soierie lyonnaise et démontrent un goût particulier pour le XVIIIe siècle couplé avec l’esthétique fleurie de l’Art Nouveau. Spécificité que l’on retrouve également dans la « tea-gown », robe d’intérieur aux manches gigot, portée par la comtesse Ellaine Greffulhe, la femme qui a inspiré Proust pour la duchesse de Guermantes dans son cycle A la recherche du temps perdu.

C.F. Worth. Robe de bal, vers 1900. Satin de soie damassé, tulle brodé d’éléments métalliques et de cristaux Swarovski. Archives Swarovski © Photo Olivier Saillant.

C.F. Worth. Robe de bal, vers 1900. Satin de soie damassé, tulle brodé d’éléments métalliques et de cristaux Swarovski.
Archives Swarovski © Photo Olivier Saillant.

Worth, tea gown, vers 1895. Collection Musée Galliera  Façonné de soie à fond satin vert et motifs en velours coupé bleu nuit, doublure en taffetas de soie vert.

Worth, tea gown, vers 1895. Collection Musée Galliera
Façonné de soie à fond satin vert et motifs en velours coupé bleu nuit, doublure en taffetas de soie vert.

Madeleine Vionnet, robe du soir (vers 1922)

Cette robe est une véritable signature car elle incarne la citation du logo de la maison de couture. Le motif antiquisant se retrouve sur les griffes, les factures, les publicités et les flacons de parfum. Cette superbe robe est un hommage à l’Antiquité grecque avec ses jeux de pans, ses quilles, ses panneaux, ses drapés hérités du chiton ionien. Selon Femina (1928) « les panneaux s’envolent à la marche avec une élégance digne de la statuaire antique »

Madeleine Vionnet, robe du soir, 1924.  Collection Musée Galliera

Madeleine Vionnet, robe du soir, 1924.
Collection Musée Galliera

Toujours par Madeleine Vionnet, la robe fourreau, typique de la vamp des années 30, voit l’invention de la technique de la coupe en biais qui permet d’obtenir un vêtement plus doux, plus fluide et un tombé plus souple.

Madeleine Vionnet, robe du soir, vers 1931. Collection Musée Galliera.  Satin de soie ivoire, boucle en métal garni de cristaux.  Crédit photo : DR / Mairie de Paris.

Madeleine Vionnet, robe du soir, vers 1931.
Collection Musée Galliera.
Satin de soie ivoire, boucle en métal garni de cristaux.
Crédit photo : DR / Mairie de Paris.

Paul Poiret, manteau grand soir « Sésostris » (1923 – 24)

La haute couture de 1909 à 1914 considère le couturier Paul Poiret comme le roi de la mode. C’est lui qui va libérer le corps des femmes en supprimant le corset. Révolution de surface seulement car il maintient le buste par une large ceinture interne à la robe. Mais la célébrité de Paul Poiret tient à ses influences venues d’Orient qu’il distille dans les lignes de ses créations chamarrées aux coloris tranchés. « Quand j’ai commencé à faire de la couture il n’y avait plus de couleurs du tout sur la palette des teinturiers. Le goût des raffinements du XVIIIe siècle avait conduit les femmes à la déliquescence et sous prétexte de distinction on avait supprimé toute vitalité. Les nuances cuisse de nymphe, les lilas, les mauves en pamoison, les hortensias bleu tendre, les Nils, les maïs, les pailles, tout ce qui était doux, délavé, et fade était en honneur. Je jetais dans cette bergerie quelques loups solides : les rouges, les verts, les violets, les bleus roi firent chanter tout le reste ».

(En habillant l’époque, Paul Poiret, 1930)

Paul Poiret, Manteau grand soir "Sésostris" Crédit Photo : Collection Musée Galliera

Paul Poiret, Manteau grand soir « Sésostris »
Crédit Photo : Collection Musée Galliera

Jeanne Lanvin, robe du soir « Bel Oiseau » (1928 – 29)

Les années 1920 sont envahies par une véritable folie de broderies de cristaux que l’on retrouve partout : du manteau au sac à main, mais surtout sur les fameuses robes du soir que l’on porte dans les dancings et que la lumière électrique fait scintiller au rythme du Charleston. Le modèle « Bel Oiseau » est typique de ces robes à danser. Réalisé par Jeanne Lanvin, il témoigne du goût immodéré de la couturière pour la broderie et les cristaux. Si la robe suit encore l’influence des années 20, par son allure étagée en biais et sa longueur, elle annonce aussi les modèles monochromes de la décennie suivante, plus dépouillés, souvent unis, drapés ou coupés dans le biais (voir la robe « Concerto »)

Jeanne Lanvin, Robe du soir "Bel Oiseau" Crédit Photo : Collection Musée Galliera

Jeanne Lanvin, Robe du soir « Bel Oiseau »
Crédit Photo : Collection Musée Galliera

Les exubérances d’Elsa Schiaparelli

Le style d’Elsa Schiaparelli (1890-1973) s’impose dans les années 1930 par son anticonformisme et son extravagance. Le rose « shocking » devient l’emblème de la maison et envahit les emballages jusqu’au nom du parfum. Les capes du soir sont brodées selon des dessins de Dali ou Bérard. La créatrice invente le chapeau-chaussure ou encore la robe imprimée homard mayonnaise.

Schiaparelli reprend à partir de 1934 le thème de la main cher aux surréalistes et la décline en boucles de ceinture, clips, gants. Cette paire de gants noirs aux ongles en métal doré évoque une série de mains peintes par Picasso et photographiées par Man Ray.

Elsa Schiaparelli, Gants du soir « Griffes », 1936.  Veau-velours, application de faux ongles en métal doré, couture sellier, couture piquée. Galliera, GAL1984.2.10AB, don de Madame Delbée.

Elsa Schiaparelli, Gants du soir « Griffes », 1936.
Veau-velours, application de faux ongles en métal doré, couture sellier, couture piquée.
Galliera, GAL1984.2.10AB, don de Madame Delbée.

Jeanne Lanvin, robe du soir, « Concerto » (1934 – 35)

Cette robe est ancrée dans le goût de la décennie : la matière utilisée est le crêpe de Chine et la couleur monochrome et sobre contraste avec le noir du col. En réalité, cette robe est empreinte de symbolisme catholique et emprunte son style à la robe de bure, la ceinture est nouée en chapelet, les manches évoquent les concerts d’anges des peintres primitifs italiens comme Fra Angelico.

Jeanne Lanvin, robe du soir Concerto, hiver 1934-1935. Collection Musée Galliera.  Crêpe de soie crème, col en pastilles de Celluloïd © DR / Mairie de Paris

Jeanne Lanvin, robe du soir Concerto, hiver 1934-1935. Collection Musée Galliera.
Crêpe de soie crème, col en pastilles de Celluloïd
© DR / Mairie de Paris

Le new-look de Christian Dior

Le 12 février 1947, Christian Dior lance la première collection de sa maison de couture, fondée quelques mois plus tôt. Les mannequins présentent des modèles aux épaules arrondies, à la taille creusée par une guêpière, aux hanches accentuées ; les jupes y sont sensiblement plus longues que chez les autres couturiers. Avec ce retour aux formes d’une féminité inspirée du siècle précédent, Dior veut sortir de l’époque des « femmes soldats aux carrures de boxeurs » qui prévalent depuis la guerre. Aussitôt, Carmel Snow, rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, qualifie ces tenues de « new look » (« nouvelle silhouette »).

Grâce à Dior, Paris est redevenue la capitale de la mode, alors que l’intermède de l’Occupation avait éloigné les acheteurs étrangers. Les Françaises sont heureuses de retrouver leur féminité, tournant ainsi symboliquement la page d’une période de privations et d’humiliation nationale.

Le modèle Palmyre a été porté et offert par la duchesse de Windsor. On peut clairement y admirer les efforts stylistiques de Dior, ses inspirations classiques (les rinceaux de style XVIIIe siècle) ainsi que la forme à basque archétype des années 50.

Christian Dior, robe du soir « Palmyre », automne-hiver 1952. Satin de soie gris perle, broderies de perles, de paillettes, de fils de rayonne bleus, de lamé et de cristaux. © Collection Musée Galliera

Christian Dior, robe du soir « Palmyre », automne-hiver 1952.
Satin de soie gris perle, broderies de perles, de paillettes, de fils de rayonne bleus, de lamé et de cristaux.
© Collection Musée Galliera

La mode « Jolie Madame »

Pierre Balmain qui a fondé sa maison au lendemain de la guerre est l’un des couturiers les plus attentifs aux aspirations de ses clientes. La mode « Jolie Madame » dont il est à l’origine révèle les enjeux d’une élégance qui ne se veut ni écrasante ni exubérante.

En soie et satin crème, la robe du soir Taglioni, juponnée, comme il se doit, décolletée avec soin, entretient les charmes d’une décennie dévolue à l’expression des courbes de la féminité. Selon une mise à disposition classique, les guirlandes retenues par des bouquets brodés accentuent les formes voluptueuses de la robe et l’enserrent. Des broderies, des cristaux de teinte « aurore boréale », des fils d’argent, des paillettes et des tubes roses ajoutent au satin éclatant des éclats subtils.

Pierre Balmain, robe du soir « Taglioni », automne-hiver 1955-1956. Satin en chaîne Orlon et trame soie de Hurel, brodé de cristaux Swarovski « aurore boréale », fils colorés, lames métalliques et perles en verre coloré. © Collection Musée Galliera / © Photo Olivier Saillant

Pierre Balmain, robe du soir « Taglioni », automne-hiver 1955-1956.
Satin en chaîne Orlon et trame soie de Hurel, brodé de cristaux Swarovski « aurore boréale », fils colorés, lames métalliques et perles
en verre coloré.
© Collection Musée Galliera / © Photo Olivier Saillant

Interview d’Olivier Saillard, commissaire de l’exposition et l’occasion de voir quelques uns des modèles :

Vidéo de l’exposition Paris Haute Couture à l’Hôtel de Ville

BIBLIOGRAPHIE

Si vous désirez en apprendre plus sur les différents modèles, vous pouvez vous procurer le catalogue de l’exposition en cliquant sur les icônes ci-dessous :

En français :

En anglais :

 

2 replies »

  1. Cet article est tres tres tres interesant! Pardonez-moi mon francais, j’ai suis polonaise et je ne parle pas par francais souvent, mais grace a votre article je regenere la connaissance du francais!

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