Anecdotes & Peinture

Lady Hamilton, portraits d’une muse

 

De son vrai nom Emily Lyon, la future Lady Hamilton est née le 26 avril 1765 à Ness dans le comté de Cheshire en Angleterre. Son père, Henry Lyon, était un forgeron décédé deux mois seulement après sa naissance. La petite sera élevée par sa mère Mary Lyon, née Kidd.

George Romney, Esquisse d'Emma Hamilton (1782-1784)

George Romney, Esquisse d’Emma Hamilton (1782-1784)

On sait très peu de choses sur les premières années de la vie d’Emily. A 12 ans, elle travaille comme domestique chez le docteur Honoratus Leigh Thomas puis pour la famille Budd où elle rencontre Jane Powell qui désire devenir actrice. Encouragée par son amie, Emily commence à travailler pour des comédiennes du Drury Lane Theater. Déterminée à s’éloigner de ses origines modestes, elle prend le nom d’Emma Hart.

On la retrouve ensuite comme modèle et danseuse dans un théâtre situé Royal Terrace-Adelphi à quelques pas de la Tamise. Le lieu est surnommé « Temple d’Esculape » ou encore « Temple de la Santé ». Certaines descriptions des lieux sont parvenus jusqu’à nous, évoquant « les voitures accostant devant la porte du Temple ; une foule de jeunes gandins faisaient la haie s’efforçant de reconnaître les visiteurs qui pénétraient. Mais toutes les dames arrivaient là la figure recouverte d’un voile épais ; on n’y allait qu’incognito ». Autrement dit, les lieux avaient un côté sulfureux. C’est ici qu’elle exécute pour la première fois les poses plastiques ou Attitudes, inspirées des figures antiques, qu’elle reproduira avec succès tout au long de sa vie. Selon Madame Vigée-Lebrun :

« Rien n’est plus curieux que la faculté qu’avait acquise lady Hamilton de donner à tous ses traits l’expression de la douleur ou de la joie et de se poser merveilleusement pour représenter des personnages divers. L’œil animé, les cheveux épars, elle vous montrait une bacchante délicieuse et l’on voyait une Madeleine repentante, admirable. »

Henry Bone d'après Elizabeth Vigée-Lebrun, Lady Hamiton en bacchante (1803)

Henry Bone d’après Elizabeth Vigée-Lebrun, Lady Hamiton en bacchante (1803)

George Romney, Lady Hamilton en Marie Madeleine

George Romney, Lady Hamilton en Marie Madeleine

La jeune femme n’est pas seulement pleine de talents, elle est belle, splendide même et attire bientôt l’attention de Sir Harry Fetherstonhaugh qui l’installe dans sa propriété d’Uppark. On raconte alors qu’elle le distrait lui et ses amis en dansant nue sur la table de la salle à manger. Elle tombe enceinte et fait la connaissance de Charles Greville. Sir Harry est furieux d’apprendre l’existence de cette grossesse et se débarrasse promptement de cette maîtresse devenue trop encombrante.

Devenue la maîtresse de Charles Greville, véritable chevalier servant à ses yeux, elle s’installe avec lui en février 1782 dans le quartier d’Edgware Row à Paddington Green qui ressemble alors à un pittoresque village de banlieue. La mère d’Emma ne tarde pas à les rejoindre. Lorsqu’Emma accouche d’une petite fille, little Emma, celle-ci est envoyée à Hawarden chez ses grands-parents pour y être élevée.

Fou amoureux d’Emma, Charles développe son éducation en lui faisant dispenser, entre autres, des cours de chant et de musique. Il lui alloue un budget pour l’entretien de la maison et ses dépenses personnelles.

Désireux de faire faire son portrait, Greville présente Emma au peintre George Romney. Nous sommes en 1782, Romney a 46 ans, Emma 17. Pour le peintre, elle est une révélation et va devenir son modèle, sa muse voire son obsession. Il la surnommera sa « divine Lady » et peindra une soixantaine de portraits d’elle sans compter les études, esquisses et autres croquis. Dans la biographie qu’il a consacrée à la mémoire de son père, John Romney évoque Emma en ces termes :

« Loin de moi de vouloir me faire l’apologiste d’Emma ; je n’ignore pas que sa conduite, dans les premiers temps de sa vie, a fait l’objet de calomnies et que bien des histoires extravagantes ont été mises sur son compte et sur celui de Sir Romney, racontars qui n’ont pas l’ombre d’un fondement. C’est simple charité et justice de rapporter ici les circonstances qui la remettront en vraie lumière… Par le fait même de la situation un peu à part qu’elle occupait, elle était, à juste titre, exclue de la société, et les seules ressources qu’elle avait pour tromper sa solitude étaient chez elle la musique, la lecture et ses séances de pose une ou deux fois la semaine. Elle avait toujours un fiacre pour l’amener et la reconduire, et elle ne se montrait jamais dans la rue sans sa mère. »

George Romney, Lady Hamilton en Circé (1782)

George Romney, Lady Hamilton en Circé (1782)

William Hayley, ami de Romney la décrit comme une véritable source d’inspiration :

« Elle avait un goût exquis et des moyens tellement expressifs qu’elle était capable de fournir à un peintre des inspirations merveilleuses pour les tableaux les plus divers, qu’il veuille représenter les sentiments soit de tendresse, soit de sublime. Une des premières allégories qu’il fit d’après ce modèle fut un tableau en pied de Circé avec sa baguette magique. C’était en 1782, très précisément, car je me rappelle une lettre d’un de mes amis datée de cette année-là dans laquelle il me décrit l’impression très forte produite par ce tableau sur une réunion de personnes qui le contemplaient. Les traits d’Emma, comparables au sublime langage de Shakespeare, interprétaient tous les sentiments de la nature et tous les degrés des différentes passions avec la stupéfiante vérité et le plus grand bonheur d’expressions ».

Véritable caméléon, Emma est capable de prendre n’importe quelle expression, talent qu’elle utilisera entre autre, pour ses attitudes. George Romney ne sera pas le seul artiste inspiré par sa beauté et son charme. Thomas Lawrence, Joshua Reynolds, John Hoppner, Angelica Kauffmann et Elizabeth Vigée-Lebrun la représenteront également.

Sir Joshua Reynolds, Lady Emma Hamilton en bacchante (1783-1784)

Sir Joshua Reynolds, Lady Emma Hamilton en bacchante (1783-1784)

En août 1783, l’oncle de Charles Greville, Sir William Hamilton, ambassadeur d’Angleterre au royaume de Naples rend visite au couple lors d’un séjour à Londres. En dépit de sa réputation d’intellectuel et d’amateur d’art éclairé, il se prend vite d’amitié pour la maîtresse de son neveu qu’il surnomme « the fair tea maker » (la Belle faiseuse de thé). Sa beauté, ses poses l’enchantent car Emma lui rappelle les statues grecques anciennes qu’il vénère tant. Il repartira d’ailleurs à Naples avec un tableau d’Emma exécuté par Reynolds.

Sir Joshua Reynolds, Portrait de Sir William Hamilton (date inconnue)

Sir Joshua Reynolds, Portrait de Sir William Hamilton (date inconnue)

En 1785, Sir William Hamilton reçoit une lettre de son neveu se plaignant de ses difficultés financières. Le jeune homme souhaite se marier et Emma devient un obstacle à ses ambitions. Il propose alors à son oncle de lui céder sa maîtresse afin de le distraire. Greville étant la seule famille de sir Hamilton, il pense peut-être qu’une maîtresse dissuaderait son oncle de se remarier lui permettant ainsi d’hériter de sa fortune. Pendant de longs mois, Charles va insister tant et si bien que Sir Hamilton accepte de recevoir Emma chez lui. Le 13 mars 1986, Emma et sa mère prennent la route de l’Italie. Elles arrivent le 26 avril, jour des 21 ans d’Emma. Bien sûr, la jeune femme n’est pas au courant de la manigance de son amant et espère qu’il viendra la rejoindre très rapidement comme il le lui a laissé entendre. Ce n’est que trois mois plus tard qu’elle découvre les véritables intentions de Greville comme nous pouvons le constater dans une lettre datée du 1er août :

« […] Je ne veux même pas répondre à votre suggestion ! Faire de William mon obligé ! […] Revenez à de meilleurs sentiments, il n’est pas de votre intérêt de me désobliger comme vous le faites, car vous ne soupçonnez pas le pouvoir qui est ici le mien. Je ne serai jamais sa maîtresse. Si vous me poussez à bout, je me ferai épouser par lui. »

Ces mots prouvent qu’Emma avait parfaitement conscience de l’emprise qu’elle exerçait sur Sir Hamilton. Dans le courant de l’automne 1786, elle cède aux avances de l’ambassadeur. Un témoin de la passion amoureuse qu’éprouve cet homme d’une cinquantaine d’année dira :

« Il n’est pas étonnant que sir William soit épris à ce point. Le feu ravage plus violemment les vieilles demeures. »

Emma Hart en chapeau de paille (1882-1884)

Emma Hart en chapeau de paille (1882-1884)

George Romney, Lady Hamilton en Nature (1782)

George Romney, Lady Hamilton en Nature (1782)

La jeune femme qui s’est visiblement résignée commence son ascension. Sir William est fier de pouvoir exhiber une telle beauté dans les soirées napolitaines. Là encore, les talents d’Emma vont faire leur petit effet. De nombreuses personnalités de l’époque vont ainsi pouvoir l’admirer dans ses attitudes comme le poète Goethe en mars 1787. On peut lire à la date du 16 dans son Voyage en Italie :

« Le chevalier Hamilton, qui est toujours ici ambassadeur d’Angleterre, après s’être si longtemps occupé des arts en amateur, après avoir si longtemps étudié la nature, a trouvé le comble des plaisirs de la nature et de l’art dans une belle jeune fille. Il l’a recueillie chez lui. C’est une Anglaise de vingt ans. Elle est très belle et bien faite. Il lui a fait faire un costume grec qui lui sied à merveille. Elle laisse flotter ses cheveux, prend deux châles et varie tellement ses attitudes, ses gestes, son expression, qu’à la fin on croit rêver tout de bon. Ce que mille artistes seraient heureux de produire, on le voit ici accompli en mouvement, avec une diversité surprenante. A genoux, debout, assise, couchée, sérieuse, triste, lutine, exaltée, repentie, séduisante, menaçante, inquiète ; une expression succède à l’autre et en découle. Elle sait adapter à chaque expression les plis du voile, les modifier et faire cent coiffures diverses avec les mêmes tissus. Cependant le vieux chevalier lui tient la chandelle [sic] et il s’est adonné à cet objet de toute la ferveur de son âme. Il voit réunis en elle tous les antiques, tous les beaux profils des monnaies siciliennes et jusqu’à l’Apollon du Belvédère. Pour tout dire, cet amusement est unique. Nous l’avons eu déjà deux soirs. […] Hamilton et sa belle Anglaise m’ont continué leurs prévenances. J’ai encore dîné chez eux et, vers le soir, miss Hart a produit ses talents de musicienne et de cantatrice. »

George Romney, Lady Hamilton en Sainte-Cécile (1785)

George Romney, Lady Hamilton en Sainte-Cécile (1785)

George Romney, Lady Hamilton en bacchante (1784)

George Romney, Lady Hamilton en bacchante (1784)

Emma fait moins l’unanimité auprès des femmes qui sont plus critiques à son égard même si elles reconnaissent ses talents comme en témoignent les Mémoires de la comtesse de Boigne :

« Cette créature, belle comme un ange et qui n’avait jamais pu apprendre à lire et à écrire couramment, avait pourtant l’instinct des arts. Elle profita promptement des avantages que le séjour d’Italie et les goûts du chevalier Hamilton lui procuraient. Elle devint bonne musicienne et surtout se créa un talent unique dont la description paraît niaise, qui pourtant enchantait tous les spectateurs et passionnait les artistes. Je veux parler de ce qu’on appelait les « attitudes » de lady Hamilton. Pour satisfaire au goût de son mari, elle était habituellement vêtue d’une tunique blanche ceinte autour de la taille ; ses cheveux flottaient ou étaient relevés par un peigne, mais sans avoir la forme d’une coiffure quelconque. Lorsqu’elle consentait à donner une représentation, elle se munissait de deux ou trois châles de cachemire, d’une urne, d’une cassolette, d’une lyre, d’un tambour de basque. Avec ce léger bagage et dans son costume classique, elle s’établissait au milieu d’un salon. Elle jetait sur sa tête un châle qui, traînant jusqu’à terre, la couvrait entièrement et, ainsi cachée, se drapait des autres. Puis elle se relevait subitement ; quelquefois elle s’en débarrassait tout à fait ; d’autres fois, à moitié enlevé, il entrait comme draperie dans le modèle qu’elle représentait. Mais toujours elle montrait la statue la plus admirablement composée. Je lui ai quelquefois servi d’accessoire pour former un groupe. Elle me plaçait dans la position convenable et me drapait avant d’enlever le châle qui, nous enveloppant, nous servait de rideau. Mes cheveux blonds contrastaient avec ses magnifiques cheveux noirs dont elle tirait grand parti. Un jour, elle m’avait placée à genoux devant une urne, les mains jointes dans l’attitude de la prière. Penchée sur moi, elle semblait abîmée dans sa douleur, toutes deux nous étions échevelées. Tout à coup, se redressant et s’éloignant un peu, elle me saisit par les cheveux d’un mouvement si brusque que je me retournai avec surprise et même un peu d’effroi, ce qui me fit entrer dans l’esprit de mon rôle, car elle brandissait un poignard. Les applaudissements passionnés des spectateurs artistes se firent entendre avec les exclamations de : Bravo la Médéa. Puis, m’attirant à elle, me serrant sur son sein en ayant l’air de me disputer à la colère du ciel, elle arracha aux mêmes voix le cri de Viva la Niobéa. C’est ainsi qu’elle s’inspirait des statues antiques et que, sans les copier servilement, elle les rappelait aux imaginations poétiques des Italiens par une espèce d’improvisation en action. D’autres ont cherché à imiter le talent de lady Hamilton ; je ne crois pas qu’on y ait réussi. C’est une de ces choses où il n’y a qu’un pas du sublime au ridicule. D’ailleurs, pour égaler son succès, il faut commencer par être parfaitement belle de la tête aux pieds et les sujets sont rares à trouver. »

George Romney, Emma Hamilton en Médée

George Romney, Emma Hamilton en Médée

Après cinq ans de relation, Lord Hamilton se décide enfin à faire d’Emma une honnête femme mais désire s’assurer en premier lieu qu’une mésalliance ne lui retirera pas les faveurs royales. Il souhaite donc que le mariage se déroule en Angleterre, chose faite le 6 septembre 1791 dans la chapelle de Marylebone. Emma est à présent Lady Hamilton. De retour vers l’Italie, le couple s’arrête à Paris où Emma est reçue par Marie-Antoinette aux Tuileries. La reine de France lui confie une lettre pour sa sœur Marie-Caroline, reine de Naples.

Cette marque de confiance va lui ouvrir les portes de la cour napolitaine qui, jusqu’à présent ne voyait en elle qu’une petite parvenue et une débauchée qui avait fait perdre la tête au vieil ambassadeur. Grâce à sa beauté et à son caractère enjoué, elle devient très proche de la reine de Naples, certains diront même trop proche… C’est dans ce contexte qu’Emma va faire une nouvelle rencontre déterminante…

La première rencontre d’Emma avec Nelson a lieu en août 1793 lorsque le navire de l’amiral, l’Agamemnon appareille dans la baie de Naples. Le salut de la ville repose alors dans les mains de l’Angleterre. Emma viendra en aide à Nelson en intercédant auprès de la reine de Naples et en viendra ainsi à jouer un rôle politique non négligeable.

Lemuel Francis Abbott, Portrait de l'amiral Horatio Nelson (1800)

Lemuel Francis Abbott, Portrait de l’amiral Horatio Nelson (1800)

Emma ne revoit Nelson que cinq ans plus tard après qu’il se soit couvert de gloire lors de la bataille du Nil à Aboukir. L’homme a vieilli prématurément, il a perdu ses dents, est borgne et amputé d’un bras. Qu’importe, il est une légende vivante et Emma s’évanouit à sa vue. Un peu moins de 1800 invités participent au bal qu’elle donne en son honneur. Un incident éclate au cours de la soirée : Joshua Nisbet, beau fils de Nelson, passablement éméché, se lance dans une diatribe contre son beau-père, l’accusant d’entretenir des relations coupables avec la belle Anglaise.

Les mois suivants voient se succéder les événements : Marie-Antoinette est guillotinée et sa sœur jure que sa vengeance se poursuivra jusqu’au tombeau, le Vésuve entre en éruption, Sir Hamilton tombe malade. Le roi et la reine de Naples prennent la fuite devant l’avancée des troupes de Championnet en Italie. Nelson les embarque à bord des navires qu’il commande, direction Palerme. Emma se révèle déterminée et courageuse lors de cette traversée, Nelson ne l’en aime que davantage et le couple file le parfait amour comme en témoigne des bribes de lettres :

« Je vous vénère, non, je vous adore, et si vous étiez seule et que je vous eusse trouvée sous une haie, je vous eusse épousée à l’instant même. »

George Romney, Lady Hamilton en Circé

George Romney, Lady Hamilton en Circé

Sir Hamilton se montre complaisant, il admire et respecte profondément le courage de Nelson et ferme les yeux sur la liaison qu’il entretient avec sa femme. Emma tombe enceinte de son amant.

En 1800, Lord Hamilton est relevé de ses fonctions. Nelson est également rappelé en Angleterre. La petite troupe prend le chemin du retour, ils sont accueillis partout avec faste, la gloire de Nelson le précédant. Lors d’une soirée à Vienne, Emma et Nelson jouent et abusent du champagne. Un journal hongrois, le Magyar Hirmondo écrit le lendemain :

« Elle a trente-cinq ans, grande de taille, un visage magnifique. Elle sait admirablement se tenir. Sa voix claire et puissante est l’une de ses grandes qualités. Sous la direction de Haydn elle a déclenché chez les spectateurs un enthousiasme proche de l’extase. »

Le 19 septembre 1800, ils sont invités par l’ambassadeur d’Angleterre :

« Il ne semble pas du tout conscient du discrédit dans lequel il est tombé, du fait de sa relation avec Lady Hamilton. Mais il est difficile de condamner un héros, malade de surcroît, amoureux d’une femme qui eût fait perdre la tête à des hommes autrement plus avisés que l’amiral ; […] ils sont tous trois parfaitement inconscients. »

Retour à Londres. Emma rencontre Fanny, la femme légitime de Nelson. Ne pouvant se passer d’Emma, l’amiral va continuer à vivre non loin des Hamilton en se désintéressant complètement de son épouse. Mais Londres n’est pas la baie de Naples. La bonne société anglaise est proprement scandalisée que son héros national puisse ainsi se donner en spectacle.

Le 29 janvier 1801, Emma accouche de son deuxième enfant, une fille, Horatia Nelson. L’amiral décide d’acheter Merton, une petite maison à la campagne dans laquelle il s’installe en compagnie d’Emma, de sa mère, d’Horatia et de Sir William, un étrange ménage à trois qui fascinera le public. Ils y mènent une vie dispendieuse jusqu’à la mort brutale de Sir William le 6 avril 1803. Selon son testament, Charles Greville hérite de tout. Emma se retrouve rapidement endettée, le temps et l’abus d’alcool accomplissent leur oeuvre, sa beauté se fane et elle devient presque obèse. Nelson repart en mer en laissant Emma seule et enceinte de leur deuxième enfant, une fille, qui ne survivra pas.

George Romney, Lady Hamilton en Ariane (1785-1786)

George Romney, Lady Hamilton en Ariane (1785-1786)

Nous sommes le 21 octobre 1805, au matin de la bataille de Trafalgar. Lord Nelson fait son testament :

« […] je lègue Lady Hamilton à mon roi et à mon pays, afin qu’ils lui donnent une pension lui permettant de tenir son rang. Je laisse aussi à la générosité de ma patrie ma fille adoptive Horatia Thomson Nelson. »

La bataille sera une glorieuse victoire pour l’Angleterre mais Nelson est touché par un tir ennemi, il a la colonne vertébrale brisée et agonise pendant quelques heures. Ses dernières pensées furent pour Emma et sa fille :

« Remember ! Rappelez-vous que je laisse Lady Hamilton et ma fille comme un legs à mon pays. N’oubliez jamais Horatia. »

Portrait d'Horatia Nelson

Portrait d’Horatia Nelson

Pour Emma, la mort de Nelson est un choc terrible. Elle est à présent seule et profondément endettée. Les instructions laissées par Nelson au gouvernement ne seront pas suivies en raison de la nature scandaleuse de cette liaison et du passé sulfureux d’Emma.

Le 23 avril 1809, Charles Greville décède à son tour et ne laisse rien à Emma. En désespoir de cause, elle décide de vendre Merton. Dans l’incapacité de régler ses dettes, elle se retrouve avec Horatia en prison et adopte un comportement étrange, lui faisant croire qu’elle n’est pas sa mère légitime.

Afin de fuir ses créanciers, elle embarque pour la France avec Horatia et cinquante livres en poche. C’est là qu’elle apprendra la mort de Marie-Caroline. Alcoolique, elle meurt dans la misère et dans l’indifférence générale à Calais le 15 janvier 1815 en laissant à la postérité ses nombreux portraits.

George Romney, Emma, Lady Hamilton (avant 1802)

George Romney, Emma, Lady Hamilton (avant 1802)

Horatia fut ramenée en Angleterre et prise en charge par le beau-frère de Nelson. Elle épousa le révérend Philipp Ward et vécut jusqu’à 80 ans mais Emma avait parfaitement réussit son travail de sape : Horatia refusa toute sa vie de reconnaître publiquement qu’elle était la fille de la belle et sulfureuse Lady Hamilton.

BIOGRAPHIE :

Si vous désirez en apprendre plus sur la vie de Lady Hamilton, je vous recommande deux ouvrages :

Je vous recommande également le film d’Alexander Korda That Hamilton Woman (1941) dans lequel les rôles de Lady Hamilton et Sir Horatio Nelson sont interprétés par un autre couple mythique : Vivien Leigh et Laurence Olivier. L’actrice avait d’ailleurs repris certaines des poses les plus connues d’Emma pour des photos promotionnelles.

Vivien Leigh dans "That Hamilton Woman"

Vivien Leigh dans « That Hamilton Woman »

Emma Hamilton / Vivien Leigh

Emma Hamilton / Vivien Leigh

 

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