Anecdotes & Peinture

L’appartement à remonter le temps…

 

Certains d’entre vous connaissent sans doute déjà l’anecdote qui va suivre. J’en avais entendu parler il y a environ un an mais ce n’est que plus tard que j’ai trouvé les photos au hasard de recherches sur le web. Je ne peux donc résister à l’envie de vous faire découvrir ou redécouvrir cette histoire.

En 2010, un commissaire-priseur chargé d’un inventaire après décès pénètre dans un appartement situé du côté de l’Eglise de la Trinité à Paris. Recouvert d’une épaisse couche de poussière, il va y découvrir un incroyable décor figé en 1900 et pour cause : personne n’avait plus pénétré dans cet appartement depuis… 70 ans !

Vue de l'appartement de Madame de Florian

Vue de l’appartement de Madame de Florian

Cette découverte va mettre à jour une incroyable histoire : la propriétaire des lieux, Madame de Florian, avait fui la capitale lors de l’avancée des troupes d’Hitler pour aller se réfugier dans le sud de la France. Jamais elle ne revint. Elle continua cependant à payer scrupuleusement toutes ses charges chaque mois pendant 70 ans.

Appartement de Madame de Florian  : autruche

Appartement de Madame de Florian : autruche

Appartement de Madame de Florian : Mickey

Appartement de Madame de Florian : Mickey

Ce n’est qu’à sa mort à l’âge de 91 ans, lors de l’inventaire des biens, que sa famille a la surprise de découvrir l’existence de cet appartement de 140 mètres carrés, au plafond à caissons, avec une cuisine encore équipée d’une immense cuisinière à bois surmontée de sa hotte et d’un évier en pierre, le tout figé depuis son départ en 1940.

Chez Madame de Florian

Chez Madame de Florian

Mais Me Olivier Choppin-Janvry (l’homme qui a eu la chance de faire cette découverte) n’était pas au bout de ses surprises. Suspendu au mur du salon, il découvre un tableau représentant une très belle femme dans une robe du soir en mousseline rose. Immédiatement, il pense à une œuvre de Giovanni Boldini, célèbre peintre mondain du XIXe siècle. Le modèle n’est autre que Marthe de Florian. Un problème cependant : « Aucun livre de référence consacré à Boldini ne faisait mention de ce tableau, qui n’avait jamais été exposé », a indiqué Marc Ottavi, l’expert consulté. Il tombe cependant sur une carte de visite de Boldini, avec quelques mots indiquant qu’il faisait partie du cercle des admirateurs de Mme de Florian. « Nous avions le lien, et j’étais sûr à ce moment-là que c’était bien un Boldini de très belle facture », a-t-il ajouté.

Giovanni Boldini, Marthe de Florian (1898)

Giovanni Boldini, Marthe de Florian (1898)

L’équipe de Marc Ottavi a cependant continué ses recherches et a fini par trouver une mention de ce tableau peint en 1898, lorsque Mme de Florian avait 24 ans, dans un livre publié en 1951 par la veuve du peintre. Authentifié, le tableau fut mis en vente à Drouot quelque temps plus tard. Mise à prix 300 000 euros, la toile a finalement été adjugée pour 1,7 million d’euros, ce qui aboutit à un prix frais compris de 2,1 millions d’euros, un record mondial pour l’artiste. Ce record a ainsi détrôné un autre tableau de Boldini : celui de Luisa Casati, immortalisée en grand format aux côtés d’un lévrier… dix ans après l’exécution de celui de Marthe.

Giovanni Boldini, La marquise Luisa Casati avec un lévrier (1908)

Giovanni Boldini, La marquise Luisa Casati avec un lévrier (1908)

De nombreux documents découverts sur place permirent de compléter l’histoire : Madame de Florian était la petite-fille de Marthe de Florian. De son vrai nom Mathilde Baugiron, la belle était née en 1875 et fut l’une des courtisanes de la Belle Epoque au même titre que Caroline Otéro ou Liane de Pougy. Cette femme avait de nombreux admirateurs qu’elle recevait dans son appartement. « Elle classait les lettres d’amour de ses amants, par expéditeur, en petits paquets retenus par des rubans de couleurs différentes », raconte un expert qui s’est occupé de l’inventaire.
Dans ses tiroirs, on a aussi retrouvé des cartes de visite d’hommes politiques de l’époque, comme Clemenceau, Waldeck-Rousseau, Doumergue ou Deschanel.

Appartement de Madame de Florian : coiffeuse

Appartement de Madame de Florian : coiffeuse

Si la découverte de ce Boldini est évidemment exceptionnelle, nous restons surtout fascinés par cet appartement, témoignage des fastes et de l’élégance de la Belle Epoque. On découvre l’existence de Marthe de Florian, cette demi-mondaine qui -si elle a été un temps la muse de Boldini- n’a pas laissé son nom à la postérité, éclipsée par d’autres Grandes Horizontales. Enfin, jusqu’à aujourd’hui…

 

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