Maisons d'écrivains et d'artistes

Une maison d’artiste à Londres : The Leighton House Museum.

 

Frederic Leighton (1830-1896), est l’un des artistes britanniques les plus célèbres du XIXe siècle. Talent reconnu, il fréquentait les membres de la famille royale et la plupart des grands artistes, écrivains et hommes politiques de l’époque Victorienne.

Leighton est né à Scarborough, dans le Yorkshire, d’un père médecin. Son grand-père avait fait fortune en servant la famille royale russe à St Petersburg en tant que premier médecin. La carrière de Leighton a été facilitée par la richesse de sa famille et son père lui versera une rente à vie. Son choix de carrière inquiéta longtemps ses parents, comme le peintre le révèle dans une lettre rédigée en 1879 : « Mes parents ont facilité mon apprentissage du dessin mais désapprouvaient l’idée que je puisse devenir un artiste à moins de devenir une personnalité éminente dans ce domaine. »

Leighton parvint à ce statut de peintre reconnu notamment grâce à l’achat d’un tableau par la Reine Victoria en 1855 puis en devenant président de la Royal Academy of Arts en 1878. Il ne se maria jamais ce qui donne encore lieu aujourd’hui à de nombreuses rumeurs : a-t-il véritablement eu un enfant avec l’une de ses modèles ou était-il homosexuel ? Le peintre n’a laissé aucun journal et ses lettres n’évoquent guère sa vie personnelle. Aucune preuve ne vient appuyer à l’heure actuelle l’une ou l’autre de ces théories.
En 1896, peu de temps avant son attaque cardiaque, il est anobli devenant ainsi Frederic, Lord Leighton, baron de Stretton. Il est le seul artiste britannique a avoir reçu cet honneur et repose en la cathédrale St Paul à Londres.

La maison de Frederic Leighton à Londres

La plaque du Leighton House Museum

La quasi-totalité des collections de Leighton (beaux-arts, arts décoratifs et mobilier) ont été vendues et dispersées à travers le monde après sa mort. Seul un petit nombre de peintures et d’objets exposés sont d’origine. Le bâtiment lui-même a été endommagé par des bombes pendant la Seconde Guerre mondiale puis piètrement restauré dans la période d’après-guerre. La plupart des chambres furent peintes en blanc, des lumières blafardes pendaient des plafonds et des planchers stratifiés recouvraient les sols d’origine. Seuls le Arab Hall et le Narcissus Hall restèrent relativement intacts.
La maison d’aujourd’hui est donc une reconstitution de celle que Leighton a connue, reconstitution basée cependant sur une multitude de photographies, d’illustrations et de descriptions détaillées.
Ces précieuses informations ont été combinées aux échantillons de peintures et de papiers peints sauvegardés afin de rétablir minutieusement le décor de chaque pièce. En l’absence de la plupart des contenus originaux, la maison a été redécorée avec des meubles et des objets d’époque, conformes aux descriptions et photographies originales. Si les efforts se poursuivent afin de retrouver et de récupérer les éléments de décoration d’origine, les efforts de restauration ont été considérables.

The Staircase Hall – Le Hall d’Entrée

Deux éléments vous accueillent à votre arrivée au sein de la maison. Au-dessus de la porte de la salle à manger, vous pouvez voir inscrit le mot « Prosit » qui, en allemand, signifie « A votre santé » et un paon trône majestueusement en bas des escaliers. Tous deux évoquent des éléments importants de la vie de Leighton. Le premier rappelle les années passées en Allemagne où il apprit à peindre. Le paon quant à lui est l’un des symboles de l’Esthétisme, mouvement auquel Leighton a participé. Les Esthètes étaient consternés par la laideur de l’Angleterre Victorienne et voulaient diffuser la notion de Beauté à travers leur art (voir à ce sujet l’article Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde.) Afin de parvenir à leurs fins, ils confrontaient et mêlaient les différents courants artistiques du monde entier. Dans ce hall par exemple, Leighton conservait des vases japonais sur un sol inspiré directement des mosaïques de Pompéi, le tout surplombé d’un coffre de mariage turc du XVIIe siècle réadapté comme siège d’escalier.

The Staircase Hall
A gauche, le mot « Prosit » écrit au-dessus de la porte.

L’ensemble composé des vases japonais / mosaïques / coffre de mariage turc…

The Narcissus Hall – Le Hall de Narcisse

Ce hall tire son nom de la statue en bronze représentant Narcisse au centre de la pièce. Le plafond doré rappelle aux visiteurs le mythe de Narcisse qui se laisse mourir après être tombé amoureux de son reflet dans l’eau. Les céramiques bleues, œuvre de William De Morgan rappellent le motif de l’eau. Durant les fouilles de Pompéi dans les années 1740, une maison fut découverte avec une pièce dédiée à Narcisse. Il semble que Leighton, grand amateur de l’Antiquité, ait voulu se constituer sa propre pièce dédiée au jeune homme.

The Narcissus Hall

The Library – La Bibliothèque

Les lettres éparpillées sur le bureau de Leighton aident à comprendre l’ampleur de son travail après son élection à la tête de la Royal Academy of Arts en 1878. Il n’était alors plus seulement un artiste mais l’administrateur d’une institution nationale. Sa bibliothèque personnelle comptait de nombreux ouvrages notamment dans les domaines de l’art, de l’architecture, de la sculpture et de la philosophie. Au-dessus des portes trônent des tableaux de famille peints par Leighton : sa sœur ainée Alexandra et son père, également prénommé Frederic. A la mort de Leighton en 1896, c’est Alexandra et son autre sœur Augusta qui s’occuperont de la maison.

The Arab Hall – Le Hall Oriental

Le hall oriental comportait deux avantages. Il permettait à Leighton d’exposer sa collection personnelle d’objets d’art orientaux et servait également de zone de relaxation, le bruit de la fontaine aidant, destinée à impressionner les visiteurs. Leighton fit plusieurs voyages au Moyen Orient et en rapporta des céramiques, textiles, boiseries et autre objets artisanaux en grande quantité.
La majeure partie des céramiques proviennent de Damas en Syrie et datent du XVIIe siècle. Elles sont presque toutes couvertes de calligraphies très élaborées. Les fenêtres en bois et celles en treillis proviennent du Caire. Un verset du Coran évoquant de la création du monde est inscrit sur le panneau au-dessus de la porte d’entrée. Les lettres laissées par Leighton montrent qu’il s’intéressait beaucoup aux religions bien qu’il ait vraisemblablement été agnostique.

The Arab Hall – Vue d’ensemble

The Arab Hall – Le plafond

The Arab Hall – Détail de l’un des décors

The Drawing Room – Le Salon

Le salon était habituellement au cœur de la vie familiale à l’époque Victorienne. L’une des caractéristiques principales d’une maison atelier était l’utilisation du studio comme pièce de réception principale. Le salon a donc été peu utilisé. Quatre toiles de Corot correspondant aux différents moments de la journée décoraient la pièce à l’origine. Elles ont été reproduites car elles étaient un élément important du décor. Il semblerait que Leighton ait voulu que les couleurs des murs soient identiques à celles tons de brun des paysages de Corot. Dans un coin de la pièce, la cheminée semble être dépourvue de son manteau. Le conduit d’évacuation de la fumée se trouve en réalité derrière le mur, à gauche du foyer. Cette astuce permettait à Leighton d’avoir une vue dégagée sur le jardin.

The Drawing Room

The Drawing Room
Au mur, vous pouvez voir les peintures de Corot.

The Drawing Room – Détail

The Dining Room – La Salle-à-Manger

La couleur très vive de la salle à manger est délibérée et servait de toile de fond afin de faire ressortir la précieuse collection de céramiques que Leighton y avait installée. Celles-ci provenaient de la Méditerranée et du Moyen Orient. La table rappelle les dîners organisés par le maître des lieux. Les serviteurs entraient dans la pièce par la porte à droite de la cheminée. Leighton mangeait le plus souvent dehors dans les nombreux cercles de la bonne société dont il faisait partie, sans doute pour tromper sa solitude. Cette pièce a néanmoins accueilli les noms les plus illustres de l’ère Victorienne : le poète Robert Browning, les Préraphaélites comme William Morris ou Dante Gabriel Rossetti et même la Reine Victoria qui lui rendit visite en 1869.

The Dining Room – Vue d’ensemble

The Dining Room – Détail

The Silk Room – La Chambre de Soie

Cette pièce tire son nom du tissu qui recouvre ses murs. Comme pour les murs de la salle à manger, Leighton a ici opté pour une soie verte sur laquelle il pouvait exposer sa collection de tableaux. Il collectionnait aussi bien les artistes anciens que contemporains. Au-dessus de la cheminée figure un Portrait of an Elderly Gentleman du Tintoret, Leighton appréciant particulièrement la Renaissance italienne. Une caractéristique frappante de cette pièce est l’inclusion en son centre d’un moucharabieh qui donne directement sur le Hall Oriental. Ces fenêtres en saillie sont généralement situées au deuxième étage des bâtiments au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, elles offrent une ombre et une protection contre le soleil tout en permettant à l’air frais de circuler. Sur le mur principal figure un tableau de John Everett Millais, Shelling Peas. Millais, l’un des fondateurs de la Confrérie Préraphaélite, offrit cette toile à Leighton en échange de la sculpture Needless Alarms (Girl Frightened by a Frog) que l’on peut également admirer dans cette salle.

The Silk Room
En face, le tableau Shelling Peas de John Everett Millais

The Silk Room
En face, la porte d’entrée de l’atelier.

Needless Alarms (Girl Frightened by a Frog)
Copyright : Justin Barton

Le moucharabieh

The Studio – L’Atelier

L’atelier est l’élément central de la maison, c’est également le lieu qui offre le plus d’espace et de lumière. L’artiste y passait le plus clair de son temps à honorer ses commandes. Le visiteur devait être frappé à son entrée dans cette pièce par les odeurs de peinture à l’huile et de feu de bois mêlées. Une immense baie vitrée inonde la pièce de lumière, élément essentiel pour un artiste. A l’arrière du studio se trouve une imposante cloison que Leighton a utilisée à la façon d’un échafaudage afin de peindre la partie supérieure de ses grands formats. On y accède par un petit escalier à l’arrière. La zone située directement derrière la cloison était utilisée comme un espace de préparation par les différents modèles qui ont posé pour Leighton. La cheminée et la porte d’accès des modèles par les escaliers de service sont toujours visibles.

The Studio – Vue d’ensemble

The Bedroom – La Chambre

La chambre du peintre pourrait presque sembler monacale à côté du reste de la maison. Les documents photographiques et écrits dont nous disposons montrent qu’elle a toujours été peu meublée. Le papier peint « India » de William Morris recouvre les murs. C’est la seule et unique chambre de la maison. Soit Leighton pensait qu’il pourrait toujours faire construire des pièces supplémentaires en cas de besoin, soit il avait délibérément choisi de ne pas fonder une famille. C’est ici même qu’il mourut en janvier 1896 en présence de ses deux sœurs.

The Bedroom

Si vous passez par Londres, n’hésitez pas à visiter cette superbe demeure. Elle s’impose définitivement comme l’un de mes coups de coeur !

Leighton House Museum
12 Holland Park Road
London W14 8LZ
Ouvert tous les jours sauf les mardis de 10H00 à 17H30.
Le site Internet du Leighton House Museum

 

5 replies »

  1. Si les loyers sont comme en Belgique je mets une option ! 🙂 Bisous et à demain.

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