Histoire

Le château de Sedan, plus grande forteresse médiévale d’Europe 1/2

 

Sedan se trouve dans une région au passé turbulent, à la frontière des cultures germaniques et latines, et longtemps en proie à des siècles de guerres et d’instabilité.

C’est en 1424, à l’occasion du rachat de la seigneurie de Sedan à Guillaume de Braquemont, qu’Evrard de la Marck a fait construire un premier château fort qui englobait un prieuré. Cette construction signala le commencement du mouvement vers l’indépendance mené par la famille de La Marck, mouvement dont le point culminant se manifesta en 1547, lorsque le Roi Henri II reconnut la souveraineté de la principauté de Sedan, alliée à la France.

Les fortifications de Sedan allaient jouer un rôle bien plus important que celui de simple protection de la principauté. Elles allaient devenir une position défensive clé de la France tout entière, la protégeant de l’empereur Charles Quint et des Espagnols au XVIe siècle. En échange de l’assistance obtenue durant la guerre, la France en finança la construction et maintint une présence militaire permanente à Sedan.

Cette situation dura jusqu’en 1642, date à laquelle Sedan fut rattaché au royaume de France. Sous le règne de Louis XIV, la forteresse remparée et bastionnée au XVIe siècle fut intégrée dans la ligne de fortifications défensives conçue par Vauban, le célèbre architecte militaire français. Aujourd’hui, le Château de Sedan est considéré comme le plus grand château du moyen-âge en Europe avec une surface de 35 000 m2 sur sept étages et des murs de plus de 7 m de large.

Le château-fort reste la propriété de l’armée française pendant plus de trois siècles. En 1962, la Ville de Sedan le rachète pour un franc symbolique.

Il est classé au titre des monuments historiques depuis le 4 janvier 1965.

Salle au Rocher

Dans les années 1420, Evrard de la Marck, un riche seigneur allemand prit la décision de bâtir un château fort. Ce château primitif, de forme triangulaire, a été agrandi par la suite. Le promontoire sur lequel il fut construit, servit de carrière. Nous pouvons voir encore aujourd’hui qu’un côté de cette salle est constitué de roche à l’état brut.

La Salle au Rocher et sa roche à l’état brut

Au fil de l’évolution de la construction, il est devenu le plus grand château fort d’Europe du Moyen Age, avec ses 35 000 m2 de superficie.
En fait, nous nous trouvons ici dans la casemate inférieure du bastion du Roi, dont la construction s’est terminée vers 1573. En cas d’alerte, les soldats tiraient sur les assaillants par les embrasures.

Les embrasures

Casemate supérieure du Bastion du Roy

Ici, les soldats manipulent des canons à crochets. Pour permettre la décompression de l’air et l’évacuation des fumées, des ouvertures ont été aménagées dans la voûte. Ainsi, les bastions étaient des ouvrages très efficaces. Le château de Sedan est doté de quatre bastions construits aux quatre angles. Ils ont été élevés dans le fossé.

Reconstitution de soldats manipulant des canons à crochets

La distance entre chaque bastion a été calculée en fonction de la portée des armes. De la sorte, on pouvait croiser les tirs et défendre efficacement la portion de muraille comprise entre les deux. De plus, la forme en pointe des bastions éliminait les angles morts.

Le Grand Châtelet

Cette entrée du château a été plusieurs fois modifiée au cours des siècles. Sur les murs percés de meurtrières qui bordent cette terrasse, des dates sont gravées et témoignent de la grande période de travaux entreprise par l’armée. D’ailleurs, la porte actuelle surmontée de l’inscription « Quartier Turenne » date de la même époque, début XIXe. Une plaque commémorative rappelle que le château a été utilisé par les Allemands comme prison et lieu d’exécution.

Le Grand Châtelet percé de meurtrières

Les dates de la période des travaux sont gravées dans la pierre

La porte actuelle datant du XIXe siècle

La plaque commémorative

Mais remontons le temps… jusqu’au XVe siècle. Au-dessus de l’entrée actuelle, un bas-relief représente les armes des La Marck. Il est placé au-dessus de la porte, en fait la deuxième entrée du château, qui était alors orientée différemment. Cette entrée date de Jean, fils d’Evrard. L’accès principal d’un château étant toujours un point vulnérable, il fit construire, afin de le protéger, un châtelet triangulaire d’où les gardes pouvaient surveiller les allées et venues et décider d’actionner ou non le pont-levis.

Les vestiges du blason des La Marck

Le Palais des Princes

Au début du XVIIe siècle, Henri de la Tour d’Auvergne est alors Prince de Sedan. Il l’est devenu par son mariage avec Charlotte, la dernière des La Marck qui meurt peu de temps après. Souffrant de goutte, il décide de faire construire cette résidence au goût de l’époque et beaucoup plus confortable que le vieux château.

Le Palais des Princes

La Terrasse Sud

De cette terrasse, nous pouvons voir cinq générations différentes de fortifications. Tout d’abord, dominant la terrasse, la grande muraille médiévale toute droite. Elle appartient au château primitif d’Evrard de la Marck.

La grande muraille appartenant au château primitif

La tour ronde, quant à elle, marque le point de contact entre deux époques. Cette tour est appelée « la grosse tour » : elle est, en fait, constituée de deux tours l’une dans l’autre. La « petite », à l’intérieur, était la tour d’angle du château primitif. Elle se trouve ainsi englobée dans la grosse tour, ce qui représente un diamètre de plus de 7 m à la base.

La « grosse tour »

La troisième génération visible est celle des remparements de la fin du XVe siècle. Ils étaient destinés à protéger efficacement les murs du Moyen-âge contre l’artillerie. En effet, les canons avaient gagné en précision, en portée et en puissance grâce à une nouvelle poudre. Les boulets étaient en fonte et percutaient de toute leur masse. Des murs de 4,60 m d’épaisseur devinrent des remparts de 26 m de large ! Le sommet fut aménagé en terrasses sur lesquelles les canons pouvaient être facilement manœuvrés.

Les canons d’époque sont au sommet des remparements de la fin du XVe siècle

La tour que le visiteur a traversée date de 1500. C’est une tour d’artillerie qui disposait d’au moins deux salles superposées dotées de canonnières.

La tour d’artillerie date de 1500

La quatrième génération de fortification concerne le bastionnement : à gauche, le bastion du Roi, à droite, le bastion des Dames.

Les remparts avec, au bout, le bastion des Dames

Vue d’ensemble des remparts depuis le bastion des dames

Enfin, la cinquième génération est représentée par les trois grandes ouvertures voûtées du côté du bastion des Dames. Elles datent du XIXe siècle et servaient à abriter les canons.

Les ouvertures voûtées servaient à abriter les canons

A l’angle du bastion des Dames, l’échauguette servait d’abri au veilleur.

L’échauguette servait d’abri au veilleur

Si l’on regarde vers la ville, on remarque qu’à l’époque, celle-ci était séparée du château fort par un formidable fossé qui allait des remparts jusqu’au trottoir d’en face.

Le fossé

Le Bastion des Dames

Le bastion des Dames date de la même époque que le bastion du Roi. Il tire son nom du fait que les dames du château venaient s’y promener.

L’angle du château médiéval auquel le bastion a été accolé est formé par deux tours jumelles que l’on voit bien ici. Elles datent du château primitif et c’est là que se situait à l’origine, l’entrée principale. Cette entrée était protégée par un châtelet. Cependant, lorsque Jean de la Marck agrandit le château de son père et transféra la porte d’entrée à l’ouest, l’ancien châtelet n’eut plus sa raison d’être. Il fit alors élever à la place une tour d’artillerie très performante avec trente-deux postes de tir en englobant le châtelet. A son tour, la tour d’artillerie sera englobée dans les travaux de bastionnement du XVIe siècle.

Les tours jumelles vues depuis le bastion des Dames

Les Tours Jumelles

Voici donc l’entrée du château bâti par Evrard de la Marck entre 1425 et 1430. Le visiteur ayant franchi la porte du châtelet se présentait ici, ou plus exactement 7 m plus bas, car le niveau d’entrée a été relevé. Imaginez cette porte si haute et étroite encadrée par les deux tours.

L’entrée du château primitif entre les deux tours jumelles

L’entrée actuelle. La niche sous la voûte abritait peut-être une statue.

De cette large fente dans la maçonnerie, juste au-dessus de la porte, pouvait tomber une grosse pierre : c’est l’assommoir.

L’assommoir

Franchissons la porte. A droite, nous remarquons l’énorme gond supérieur de l’ancienne porte. Au dessus, nous pouvons voir une longue fente dans la voûte : c’est de là que tombait la herse. L’anneau de fer que l’on voit à côté supportait une barre qui maintenait la herse levée.

Le gond supérieur de l’ancienne porte

L’ancien passage de la herse et le montant qui permettait de la garder levée

Perspective entre le passage de la herse, l’anneau de fer et le gond

Première Salle de Garde

Les tours jumelles jouaient un rôle défensif important et servaient à protéger efficacement l’entrée du château. En cas d’échec, les défenseurs disposaient encore d’autres ressources. En effet, pour accéder à cette salle, il fallait monter une échelle qui menait à une ouverture aménagée dans le plancher. Au pied de cette échelle était toujours disposée une motte de paille. Si les assaillants avaient réussi à forcer l’entrée, le garde pouvait simplement y jeter une torche enflammée et l’accès était ainsi condamné.

Les archers pouvaient tirer depuis les meurtrières afin de défendre le château

La seconde partie de cet article est disponible ici

 

5 replies »

  1. Très belle visite illustrée !
    Je suis passionné par cette bâtisse qui regorge de trouvailles techniques pour se défendre : le Château-Fort de Sedan n’a jamais été pris par l’ennemi pendant cinq cents ans !
    Cependant, Sedan est une ville des Ardennes, non de Champagne…
    Bonne continuation !

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