Expositions

L’exposition Berthe Morisot du musée Marmottan Monet

 

Le musée Marmottan Monet organise depuis 8 mars et jusqu’au 29 juillet 2012, la première rétrospective de l’œuvre de Berthe Morisot (1841-1895) présentée à Paris depuis près d’un demi-siècle.
Cent cinquante peintures, pastels, aquarelles, sanguines et fusains, provenant de musées et de collections particulières du monde entier, aident à retracer la carrière de la plus illustre des femmes impressionnistes. Cette sélection permet d’évoquer le parcours de l’artiste dans sa globalité, de ses débuts vers 1860 jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 54 ans en 1895.

L’exposition s’ouvre à l’étage avec la présentation de quelques éléments du mobilier de Berthe Morisot. Une psyché de style Empire et une console, propriétés du musée Marmottan et éléments que le visiteur retrouve dans le décor des tableaux de l’artiste.
Néanmoins, l’essentiel de l’exposition se trouve dans les salles du sous-sol et s’ouvre sur un autoportrait de l’artiste qui se représente seule, en buste, le visage de face, palette et pinceau à la main comme de nombreux peintres avant elle. Berthe a 44 ans lorsqu’elle réalise ce tableau et est alors un membre à part du courant Impressionniste depuis une dizaine d’années. En tout, elle réalisera six autoportraits, souvent en compagnie de sa fille Julie.

Berthe Morisot, Autoportrait, 1885 – Huile sur toile – 61 x 50 cm – Musée Marmottan Monet, Paris
© musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse

Le Portrait de Berthe Morisot étendue est l’unique tableau peint par Manet que la jeune femme possédait. Celui-ci est considéré comme la plus belle et plus fidèle représentation de l’artiste qui avait 32 ans au moment de sa réalisation. Agacé par une erreur de perspective, Manet aurait raboté le tableau qui devait être plus grand à l’origine. Berthe Morisot conserva ce portrait toute sa vie. En 1890, elle le représente dans La Psychée ou Le Miroir, puis, en 1893, au second plan d’un portrait de Julie au violon.

Edouard Manet, Portrait de Berthe Morisot étendue (1873)

La passion de Berthe Morisot pour la peinture débuta presque par hasard lorsque sa mère lui offrit, à elle et ses sœurs, des cours particuliers afin qu’elles puissent offrir un dessin à leur père à Noël. Edma et Berthe persévérèrent dans cette voie. Elles copièrent d’abord les œuvres de Véronèse au Louvre puis furent initiées par Corot à la peinture en plein air.
Edma représente ici sa sœur en tant qu’artiste, peu de temps après qu’elles aient été reçues au Salon Officiel pour la première fois.

Edma Morisot, Portrait de Berthe Morisot peignant (vers 1865)

Néanmoins, après son mariage avec Adolphe Pontillon en 1869, Edma renonce aux beaux-arts et quitte Paris. Pour compenser cette perte, Berthe fait de sa sœur son principal modèle entre 1869 et 1873. Ainsi, lors d’un voyage à Lorient, Berthe peint Edma dans une attitude à la Emma Bovary.

Berthe Morisot, Jeune fille à sa fenêtre (1869)

Lors de vacances près de Fécamp, Berthe peint La Lecture : une figure féminine en plein air qui séduit la critique de par l’alliance entre le charme de la Parisienne et la nature. Ainsi, le critique Jean Prouvaire écrit : « Loin des coulisses, Mlle Berthe Morisot nous conduit dans les prés mouillés par la rosée marine. Dans ses aquarelles comme dans ses peintures à l’huile, elle aime les grandes herbes où s’assied, un livre à la main, quelque femme auprès d’un enfant. Elle confronte l’artifice charmant de la Parisienne au charme de la nature. »
Remarquez ici comment les formes (l’éventail et l’ombrelle), les textures (fleurs des champs et du chapeau) et les couleurs (vert de l’herbe et du ruban) se répondent les unes aux autres.

Berthe Morisot, La Lecture ou L’Ombrelle verte, v.1873 – Huile sur toile – 46 x 71.8 cm
The Cleveland Museum of Art – Gift of the Hanna Fund 1950.89

À partir de 1873-1874, cousines, amies et modèles professionnels posent pour des portraits
en toilette de bal (Milly dans le tableau ci-dessous.) Remarquez dans cette toile le rendu de l’étoffe précieuse du vêtement. Il s’agit des dernières études de noir car la palette de Berthe Morisot évolue ensuite vers des teintes pastel qui lui valent d’être comparée à Watteau, Bonington et Fragonard.

Berthe Morisot, Le Corsage noir (1878)

La Psyché ou Le Miroir est un excellent exemple de cette évolution. Il s’agit d’un tableau intime sur le thème de la toilette. Il représente une jeune fille en train de s’habiller et dont le modèle, Isabelle Lambert, mourra à l’âge de 15 ans. Le miroir est celui de Berthe que l’on peut voir au début de l’exposition. La palette est plus claire et se compose de blancs, d’argentés, de roses, de bleus… Les talents de coloriste de Morisot furent appréciés tout au long de sa carrière.

Berthe Morisot, La Psyché ou Le Miroir, 1876 – Huile sur toile – 65 x 54 cm
Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid
© Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid

En 1874, Berthe Morisot épouse Eugène Manet, le frère d’Edouard. Sa fille unique, Julie, qui nait en 1878, devient très naturellement son modèle de prédilection.
Eugène Manet à l’île de Wight est l’une des rares peintures de Berthe représentant son mari. L’année 1874 fut une année charnière dans la vie de Berthe Morisot : en avril, elle participe à la première exposition Impressionniste chez Nadar avec neuf toiles puis elle épouse Eugène le 22 décembre. Ce tableau est exécuté pendant leur voyage de noces. Le modèle est ici presque de dos, le regard tourné vers le cottage. Les effets de transparence, les matières, le reflet de la lumière, le traitement des voilages, de la baie vitrée et du veston d’Eugène sont autant de preuves du talent de la peintre.

Berthe Morisot, Eugène Manet à l’île de Wight (1875)

La naissance de Julie bouleverse la vie de Berthe. Ici, la petite est représentée à quatre ans dans la maison de Bougival pendant les beaux jours. Elle est habillée d’une robe blanche, un seau rouge à ses côtés. Cet élément rappelle Julie assise sur un arrosoir de Manet, son oncle. Cette toile ne fut pourtant pas réalisée au même endroit, ni le même jour. Exécutée peu de temps avant la mort du peintre, Berthe conservera cette toile toute sa vie en souvenir.

Berthe Morisot, Les Pâtés de sable (1882)

Edouard Manet, Julie Manet assise sur un arrosoir (1882)

Une quinzaine de peintures et de pastels représentant l’enfant, exécutés entre 1882 et 1888, sont regroupés au cœur de l’exposition. Julie est représentée en compagnie de son père, de sa cousine ou de sa nourrice Pasie. Souvent, il s’agit de scènes de la vie quotidienne pour lesquelles il n’est pas besoin de faire poser sa fille. Cette toile fut retrouvée roulée au fond d’une armoire à la mort de l’artiste. C’est Mallarmé qui lui donna son nom, La Fable.

Berthe Morisot, La Fable (1883)

La Fillette au jersey bleu est un ambitieux pastel, de grande taille représentant Julie à l’âge de huit ans. Berthe Morisot explore ici toute les possibilités offertes par la technique du pastel. Degas et Monet l’ont d’ailleurs beaucoup encouragée dans cette pratique qu’elle maîtrisait parfaitement. Admirez le velouté peau de pêche du visage puis l’utilisation du pastel comme crayon dans l’esquisse de certaines zones.

Berthe Morisot, Fillette au jersey bleu (1886)

Les scènes de canotage sont très prisées des Impressionnistes. Celle-ci fut peinte durant l’été 1879, lorsque Berthe Morisot demeurait à proximité du lac du bois de Boulogne. Il est clair que la peintre a pris place dans la barque auprès de ses modèles. Les personnages sont exempts de psychologie, le travail est axé sur les effets de lumière, le scintillement de l’eau. La tonalité est claire et chatoyante. Contrairement aux idées reçues, cette toile n’a pas été réalisée sur place, Berthe réalisait des dessins ou des aquarelles préparatoires avant de réaliser l’oeuvre finale dans le confort de sa maison.

Berthe Morisot, Jour d’été, 1879 – Huile sur toile – 45.7 x 75.3 cm – The National
Gallery, Londres
© Bridgeman Giraudon

Les paysages de Berthe Morisot sont moins connus. C’est pourtant un genre auquel elle s’est adonnée tout au long de sa vie et un aspect de son œuvre qu’elle prit soin de montrer à chacune de ses participations aux expositions impressionnistes. Réalisés près de chez elle, au bois de Boulogne ou au gré de ses séjours (en Normandie, à Bougival, à Nice, au Mesnil ou en Bretagne par exemple), ces tableaux évoquent les lieux qu’elle fréquenta et qu’elle aima.

Comme pour de nombreux autres tableaux, plusieurs dessins et aquarelles furent réalisés afin de fixer les tons de la toile définitive. C’est une approche très moderne qui accorde une place de choix au dessin, à la recherche autour de la dissolution des formes. Cette peinture annonce déjà Les Saules de Claude Monet.

Berthe Morisot, Soleil couchant sur le Bois de Boulogne (1894)

Faisant face aux paysages, l’exposition regroupe un exceptionnel ensemble de grands formats exécutés en 1891.
Ainsi, L’Oie est un panneau décoratif destiné à l’origine à l’hôtel particulier de la famille. Pour cette série, Berthe Morisot a longtemps observé les cygnes, les canards et les oies. Ces œuvres illustrent l’intérêt tardif des impressionnistes pour la peinture décorative sans recevoir cependant de commandes officielles.

Berthe Morisot, L’Oie (1885 et 1891)

Les trois versions du Cerisier, un tableau montrant Julie et sa cousine Jeannie cueillant des fruits dans le jardin de Mézy, sont pour la première fois réunies dans une rétrospective. Berthe Morisot s’est consacrée à cette série d’œuvres entre 1891 et 1893 depuis l’esquisse jusqu’au panneau grand format. « Ce qu’on ne voit pas au premier coup d’œil dans l’œuvre de Berthe Morisot, c’est la force qui l’anime; une force contenue, dirigée, canalisée vers l’expression au prix d’un harassant effort que son art dissimule. Le paradoxe de cette œuvre qui nous semble spontanée, enjouée, douce et harmonieuse, est qu’elle a été enfantée dans des circonstances douloureuses, avec un acharnement et un désespoir, difficiles à imaginer s’ils n’étaient attestés par tant de pages des carnets et des lettres d’une artiste toujours mécontente d’elle-même. »
La composition est un ensemble complexe que ce soit dans l’interaction des personnages entre eux ou dans la fusion entre les personnages et la nature. La gestuelle évolue ainsi que le rendu de la densité des corps et de la lumière.

Berthe Morisot, Le Cerisier, 1891 – Huile sur toile – 154 x 80 cm – Musée Marmottan Monet, Paris
© musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse

Les derniers portraits de Julie participent de la même veine et la montrent adolescente, jouant du violon dans l’appartement de la rue de Weber où elle s’installe avec sa mère en 1892 ou, dans un autre tableau, en compagnie de Laërte, le lévrier que lui avait offert Mallarmé qui deviendra bientôt son tuteur.
Julie a reçu une éducation musicale de qualité qui englobait la mandoline, le piano, le violon… Sur ce tableau, sa mère la représente à quinze ans dans le confort de la maison familiale. Il s’agit d’une peinture intéressante quant à la représentation précise de l’intérieur du peintre. Vous pouvez y reconnaitre le guéridon Empire, le portrait de Berthe par Manet ainsi que le portrait d’Eugène par Degas offert à l’occasion de leur mariage.

Berthe Morisot, Julie au violon (1893)

Avec le temps, Julie devient de moins en moins disponible. Berthe Morisot éprouve de plus en plus de difficultés à trouver des modèles : « Aujourd’hui, les petites filles suivent cinq à six cours par semaine, plus tard vont dans le monde, puis se marient et se doivent à leurs maris. Donc plus de modèles – plus de ces jolis moments d’oisiveté, d’alanguissements si pittoresques. On s’agite, on se trémousse, on ne comprend plus que rien ne vaut deux heures étendues sur une chaise longue ? Le rêve c’est la vie – et le rêve est plus vrai que la réalité. »
La Petite Marcelle sera le dernier tableau réalisé par Berthe Morisot qui s’éteint prématurément le 2 mars 1895 des suites d’une pneumonie.

Berthe Morisot, Marthe la fleur aux cheveux (1893)

Berthe Morisot, La Petite Marcelle (1895)

Bonne nouvelle, l’exposition a été prolongée jusqu’au 29 juillet 2012, il vous reste donc encore quelques jours pour aller l’admirer. Profitez-en, les musées sont moins encombrés et sources d’un peu de fraîcheur pendant l’été.

Musée Marmottan Monet
2, rue Louis-Boilly
75016 Paris

Ouvert du mardi au dimanche de 10H00 à 18H00
Nocturne le jeudi jusqu’à 20H00
Fermé au public le lundi, le 1er mai, le 25 décembre, et le 1er janvier

Site Internet du Musée Marmottan Monet

BIBLIOGRAPHIE :

 

7 replies »

  1. Bonne nouvelle, cette prolongation. Les occasions de voir réunies autant d’oeuvres de Morisot sont si rares. Merci pour ce billet qui donne vraiment envie de ne pas manquer cette rétrospective.

  2. Un magnifique article sur Berthe Morisot qui mérite d’être découverte par un plus large public… Cette exposition est un pas de plus.
    Merci Aurore !

  3. […] Auror’Art and soul est un blog wordpress qui résume, d’après l’exposition, la vie et l’oeuvre de cette artiste. L’article a été posté le 5 juillet 2012 par Aurore Mosnier, au moment où se déroulait l’exposition. Aurore tente de faire revivre l’exposition par un compte-rendu attentif de ce qui la composait. Nous savons grâce à elle que l’exposition présentait « cent cinquante peintures, pastels, aquarelles, sanguines et fusains, provenant de musées et de collections particulières du monde entier ».  […]

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