Histoire

Le Musée de la Bataille Mai – Juin 40 de Semuy (Ardennes)

 

Originaire des Ardennes, j’ai été marquée toute mon enfance par les récits des Première et Seconde Guerre mondiale racontées par ma famille ou mes voisins. Au coeur des combats, le département a été ravagé pendant le conflit. Le week-end dernier, je suis allée visiter le Musée de la Bataille Mai – Juin 40 à Semuy avec un ami. J’ai pris les photos qui illustrent cet article mais le contenu rédactionnel a été entièrement réalisé par Arnaud Bertrand, passionné et collectionneur d’objets issus de la Seconde Guerre mondiale.

10 Mai 1940, les armées allemandes passent à l’offensive, mettant ainsi fin à près de 9 mois de « Drôle de Guerre ». Le 13, Guderian franchit la Meuse à Sedan et ses environs, enfonce les lignes françaises et sème la désorganisation dans les rangs.

Contrairement aux idées reçues, toutes les unités françaises n’ont pourtant pas cédé à la panique et la déroute. Les combats qui se déroulèrent dans les Ardennes furent parfois féroces. Et les soldats qui eurent à absorber le choc de l’attaque allemande y opposèrent une résistance courageuse et opiniâtre, particulièrement au regard des faibles moyens dont ils disposaient. C’est ce que l’on comprend en parcourant les 300 m² du musée de la Bataille « Mai – Juin 1940 » de Christian Dupont-Fromageot. Installée sous les combles de ce moulin à eau du XVIIIème siècle, l’exposition regorge de matériel patiemment rassemblé depuis près de 35 ans par ce collectionneur frénétique.

Une vitrine qui rendrait jaloux n’importe quel collectionneur !
Haut : Schirmmütze d’officiers allemands, SS (à gauche) et Wehrmacht (à droite)
Milieu : casques et poignards à lame rétractable de Fallschirmjäger (parachutiste)
Bas : casques et plaques de ceinturon de la SS, ainsi qu’une Eisenkreuz (Croix de Fer)

Fanions des 1er et 3ème bataillons du 148ème RIF (régiment d’infanterie de forteresse), mobilisé en 1939 dans la région. Les pièces préférées de M. Dupont-Fromageot.

L’espace s’articule autour des deux principaux belligérants, l’Armée française et la Wehrmacht. Au total une trentaine de mannequins entièrement équipés évoque des scènes de la vie quotidienne au détour des combats. Egalement présenté, un panorama quasi-exhaustif des armes utilisées durant le conflit, depuis le pistolet d’ordonnance français modèle 1892, jusqu’aux mitrailleuses, Hotchkiss ou MG 34 (et 42), en passant par les grenades de tous types, les obus de mortiers et même un imposant canon antiaérien (« Flak ») de 20 mm, complet sur son affût, entre autres pièces insolites.

Entre autres fusils exposés à l’arrière plan, Lebel et Mauser K98 à répétition, et Gewehr 43 semi-automatique. Mitrailleuses au premier plan : entre une Maxim MG08, issue de la 1ère guerre, et une MG34 sur affût antiaérien, trois MG42, version « lourde » sur trépied. Une des plus performantes de la guerre, capable de tirer 1500 coups à la minute, soit 25 coups à la seconde !

Derrière la pièce antiaérienne Flak 38 de 20mm, une silhouette typique de 1944, le Panzergrenadier SS en tenue bariolée « petits pois ».

Mais ce sont les objets isolés qui, paradoxalement, expriment avec le plus de force la réalité de la guerre. Comme ces dizaines de casques alignés, certains peints par leur propriétaire, identifiant ainsi un infirmier ou un aumônier, d’autres percés d’impacts, voire littéralement éventrés par les éclats d’obus.

Quelques uns des casques « Adrian » du musée…
De gauche à droite, un modèle de fouille (?), deux modèles belges, modèle 26 d’aumônier (FR), deux modèles 26 d’infanterie (FR) et modèle 26 d’infirmier (FR). Au premier plan, un casque de gendarmerie.

Derrière les vitrines, les effets personnels occupent également une grande place. A l’image de ces quarts, accessoire indispensable au bidon individuel, émouvants car gravés par les soldats au gré de leurs états d’âmes, ou de ces souvenirs à haute portée symbolique, papiers d’identité, photographies et décorations, remis par les vétérans allemands en « pèlerinage » et qui témoignent de l’amitié retrouvée.

Insolites, ces pots de crème Nivea « pour prendre soin de la peau, chez soi et après le sport », que de nombreux soldats allemands emportaient dans leur trousse de toilette…

La Première Guerre mondiale avait laissé dans les esprits un traumatisme lié à l’emploi des gaz. Aussi distribua-t-on dès le début du conflit des masques à l’ensemble de la population civile, y compris les enfants et les nouveaux nés.

Loin de chez eux, les soldats sombrent dans la nostalgie. Au premier rang dans leurs pensées les femmes, une épouse, une mère, une sœur peut-être…

Mais la collection sans cesse grandissante commence à se sentir à l’étroit. Le maître des lieux rêve d’une extension qu’il a déjà planifiée de façon très précise : 5 salles à terme, la reconstitution d’une tranchée de la Première Guerre mondiale et la présentation de véhicules dont une Kubelwagen (équivalent allemand de la Jeep) et des side-cars. A la faveur de sa localisation, au coeur du champ de bataille, pourront également être organisées des visites guidées sur sites.

Un projet ambitieux à l’échelle de ce petit musée privé qui a ouvert ses portes en 1991. Toutes les contributions seront les bienvenues afin de permettre sa réalisation. Un appel au don ou au mécénat est officiellement lancé !

Vitrine des objets offerts par les vétérans allemands en visite au musée.

Le Moulin de Waroux – 08130 Semuy Attigny. Tél : 03 24 71 23 16 ou 16 09
Email : chriswaroux@wanadoo.fr

Ouvert tous les jours de mai à septembre, de 10 heures à 19 heures.
Entrée adultes 4 euros, groupes 3 euros.
Tarif réduit (2 euros) pour les jeunes de 12 à 18 ans.
Gratuit pour les moins de 12 ans

Site Internet du Musée de la Bataille Mai – Juin 40

 

2 replies »

  1. Forcément, les ronds de serviette gravés, la poupée et la crème Nivea … Ces petites choses qui les rendaient si « humains » au final…. L’article est toujours aussi limpide et surtout inattendu……Je ne pouvais qu’aimer….(Et j’en connais de vieux ami qui vont apprécier… !)
    Merci beaucoup

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