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La Maison Cauchie, une splendeur Art Nouveau au cœur de Bruxelles

 

C’est sur les conseils de l’une de mes lectrices que je me suis rendue à la Maison Cauchie. Je l’en remercie une fois encore car grâce à elle, j’ai pu découvrir l’une des splendeurs Art Nouveau de Bruxelles.

La Maison Cauchie

Paul Cauchie rencontre sa future compagne Caroline Voet, surnommée Lina, sur les bancs de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Ils se marient et décident de construire une maison à leur image. Lina assure des cours d’art appliqué tandis que Paul dessine les plans de la maison, signe la décoration et le mobilier.

Aujourd’hui, la Maison Cauchie a été entièrement restaurée. Le sous-sol et l’atelier de Paul ont été aménagés en une galerie qui rassemble documents et photos illustrant la lente restauration de l’édifice ainsi que les œuvres de Paul et Lina Cauchie. Le rez-de-chaussée a retrouvé sa splendeur d’antan pendant que les étages étaient réaménagés en appartements modernes.

Quelques oeuvres de Paul Cauchie

Quelques oeuvres de Lina Cauchie

C’est presque un miracle si la Maison Cauchie est parvenue jusqu’à nous. Dans un état critique, après dix ans d’abandon, elle était menacée d’une destruction pure et simple. Heureusement, sous la pression de défenseurs du patrimoine, elle fut classée avant d’être rachetée par un couple, Guy et Léo Dessicy. Ceux-ci vont d’abord s’employer à rénover la façade, chef-d’œuvre d’Art Nouveau, dès 1980, année d’achat de la maison. Pendant quatre mois, la dépose et repose de fragments de sgraffites va être soigneusement orchestrée.

La cheminée avant la restauration : un travail titanesque !

Mais qu’est-ce exactement qu’un sgraffite ? Dérivé du terme italien sgraffiato, qui signifie « égratigné », il s’agit d’une technique de peinture proche de la fresque. Le sgraffite est donc une décoration murale obtenue par l’incision ou l’éraflement d’une couche d’enduit ou de mortier frais selon un dessin précis (au début surtout linéaire). Le fond, constitué de mortier coloré, est ainsi révélé.
La difficulté de cette technique consiste dans le fait qu’il faut travailler en une seule séance pendant que la couche de mortier est humide. L’usage du sgraffite dans l’Antiquité reste mal connu. Ce ne sera que pendant la Renaissance que cette technique deviendra vraiment populaire. Oublié pendant des siècles, le sgraffite est remis en valeur aux XIXe et XXe siècles.

Les sgraffites de la façade

Dans le cas de la Maison Cauchie, plus de cinquante-huit fragments de 50 x 80 cm ont été déposés, découpés au scalpel et remis en place au fur et à mesure sur un enduit fait de chaux et de sable résistant à l’humidité. Une première dans la technique de restauration des sgraffites que réalisèrent Marc Henricot et Walter Schudel.

La partie supérieure de la façade extérieure se compose de neuf muses disposées autour de la fenêtre ronde du dernier étage. La ferronnerie du balcon dessine un M et un A ce qui, dans l’art japonais, représenterait le ying et le yang.

Les Muses et le détail de la ferronnerie

Les Muses de la façade

Juste en-dessous, une cariatide soutient un cartouche « Par nous, pour nous » qui exprime clairement la démarche artistique du couple : la maison a été réalisée selon leurs idées, dans une démarche artistique, afin qu’ils puissent y vivre.

« Par nous, pour nous »

Au niveau du rez-de-chaussée, de chaque côté de la maison, se trouvent deux panneaux « publicitaires » détaillant les activités artistiques de ses habitants.

Détail du premier panneau latéral

Détail du deuxième panneau latéral

Après la mort de Paul, Lina abandonne définitivement son activité de professeur d’art. Les élèves continuent cependant d’affluer, ce qui l’oblige à recouvrir les deux panneaux de mortier afin de stopper les visites. Deux éléments de plus qu’il a fallut patiemment restaurer.
C’est précisément ces deux éléments qui nous rappellent que cette maison a été réalisée comme une immense affiche publicitaire permettant l’étalage de leurs talents. Cependant, en dehors de cette maison, on ne connait de Paul que trois autres réalisations architecturales : deux à Bruxelles et une à Duinbergen.

Dans la Belgique de la Belle Epoque, les artistes travaillant en couple ne sont pas rares. Le large éventail des services que propose le couple Cauchie favorise l’affluence d’une clientèle variée. Et Lina peut le seconder sans problème dans ses activités artistiques.

Portrait de Lina Cauchie

En 1979, Guy Dessicy et Hergé émirent l’idée de transformer la Maison Cauchie en musée Tintin. Malgré leurs efforts, le projet n’aboutit pas, mais l’idée fera son chemin dans les esprits et donnera naissance, quelques années plus tard, au Centre belge de la bande dessinée.

Mais une autre surprise attendait les nouveaux acquéreurs de la Maison Cauchie. A la mort de Paul, les locataires avaient recouvert les murs du rez-de-chaussée de papiers peints. Les travaux de rénovation révélèrent des pans entiers de murs entièrement décorés de sgraffites jusqu’alors inconnus. Lorsque toutes les réparations d’urgence furent achevées, la restauration de cette pièce put enfin commencer.

La découverte des sgraffites au sein de la maison

Les sgraffites intérieurs représentent les cinq sens.
Sur l’un des murs, un C et un P enlacés rappellent le cartouche de la façade et le caractère privé de la demeure.

Un sgraffite : le goût

Un sgraffite : la vue

L’ensemble formé par les sgraffites et le mobilier

La création de cette pièce revient entièrement à Paul Cauchie y compris en ce qui concerne le mobilier, marqué par la verticalité et les formes géométrique qui rappellent celles de la façade. Cette partie de la maison a été réalisée afin d’accueillir la clientèle.

La pièce intermédiaire. A gauche, la cheminée restaurée.

Le lambris en bas des murs est en lincrusta : « une toile de « lin » doublée de carton enduite d’un composé de poudre de bois et d’huile de lin et ensuite pressée, « incrustée », d’un motif ornemental. » (de petites vagues japonisantes dans ce cas précis)
Les vitrages ont été réalisés dans des tons verts et mauves. Le vert a été utilisé afin de fondre la vitre dans le parc verdoyant en arrière-plan, le mauve (une couleur dominante dans l’Art Nouveau) rappelle le motif du chardon et de l’Ecosse. Une façon pour Paul Cauchie de rendre hommage à son maître, Charles Rennie Mackintosh.

Le vitrage coloré.

Le vitrage entouré des sgraffites

A l’opposé, une autre vitre s’ouvre sur un large sgraffite au mur du patio.

La Maison Cauchie fait partie des musées bruxellois, elle est accessible au public le premier week-end de chaque mois de 10.00 à 13.00 heures et de 14.00 à 17.30 heures (dernière visite à 16.30 heures) ou sur rendez-vous pour les groupes. N’hésitez pas à consulter leur site Internet afin de mieux préparer votre visite des lieux

Je tiens particulièrement à remercier les propriétaires de la Maison qui se sont montrés très accueillants à notre égard et n’ont pas compté leur temps afin de nous faire partager leur passion pour les lieux.

Site Internet de la Maison Cauchie

 

4 replies »

  1. Superbe présentation, merci ! J’ai visité cette maison il y a longtemps et il est temps que j’y retourne. Toute ma reconnaissance aux propriétaires qui en ont pris soin, malgré tous les obstacles.

  2. […] Bruxelles est la ville dans laquelle a éclos l’Art Nouveau avec l’édification de l’Hôtel Tassel en 1893. Aujourd’hui, Bruxelles regorge littéralement d’immeubles, d’hôtels particuliers et autres bâtiments de style Art Nouveau. C’est au gré d’une balade dans les rues bruxelloises que j’ai découvert les façades des immeubles qui illustrent cet article. Si vous souhaitez découvrir une maison de style Art Nouveau plus en détail, je vous conseille de lire l’article que j’ai consacré à la Maison Cauchie. […]

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