A travers Paris

Le Manoir de Paris : une nouvelle façon d’aborder l’Histoire de la capitale.

 

« Premier musée hanté de France », ce sont ces quelques mots, aperçus au hasard sur Internet, qui ont attiré mon attention et m’ont fait découvrir l’existence du Manoir de Paris. Un concept à mi-chemin entre le musée vivant et l’attraction qui fait revivre aux visiteurs l’Histoire sombre de la Ville Lumière. Nichée au cœur d’un monument historique classé en 1981, j’étais très curieuse de découvrir cette maison hantée et comment ces histoires parisiennes, réelles ou issues du folklore, avaient été traitées. Rendez-vous est donc pris auprès d’Adil Houti, concepteur et maître des lieux.

La façade, incrustée d’éléments de céramiques, marque l’entrée de ce qui fut l’ancien magasin des faïenceries de Choisy-le-Roi (maison Boulenger), construit par Jacottin vers 1900.

La façade extérieure du Manoir de Paris

La façade en céramiques des anciennes faïenceries de Choisy-le-Roi

A l’intérieur de l’établissement, le vestibule, la cour, la salle de réception de la clientèle et, au premier étage, la grande verrière sont parvenus jusqu’à nous. De superbes céramiques peintes subsistent sur les murs.

Les fresques murales

La fresque de l’escalier

La loge du concierge

De 1978 à 1991, ces lieux ont abrité le musée de l’Affiche et de la Publicité dont les collections se trouvent aujourd’hui dans le Pavillon de Marsan.

Cependant, le visiteur égaré devra prendre garde à ne pas trop s’abîmer dans la contemplation de ces chefs-d’œuvre car des monstres rôdent. Aujourd’hui, l’ancienne faïencerie abrite le Manoir de Paris et ses terrifiants occupants. Et le nouveau maître des lieux, Adil Houti, jeune américain vivant à Paris, n’en est pas à sa première expérience de maison hantée. Il a déjà conçu deux de ces attractions aux Etats-Unis : la première basée sur les superstitions (chiffre 13, chat noir…) et la deuxième sur l’Apocalypse.
Très attiré par les lumières de Paris, M. Houti a désiré mettre en scène l’histoire de la ville en adaptant le concept des maisons hantées au public français, plutôt habitué aux trains fantômes dans ce domaine. Après six mois de travail acharné, du petit matin à la nuit, dimanches et jours fériés compris, le projet voyait le jour au numéro 18 de la rue de Paradis.

L’ancienne faïencerie qui abrite le Manoir de Paris

Pourtant, ces lieux historiques ne sont-ils pas un peu trop idylliques pour abriter de sanglantes légendes parisiennes ? Pas du tout m’assure M. Houti « ce lieu a attiré notre attention à cause de sa façade étrange et parce qu’un lieu classé monument historique était idéal pour abriter des fragments de l’Histoire de Paris. » Ces légendes, c’est lui-même qui les a choisies après de minutieuses recherches. Certaines sont inspirées de faits réels (le barbier et son ami pâtissier de la rue des Marmousets qui ont récemment inspiré le Sweeney Todd de Tim Burton, le crocodile des égouts…), d’autres sont issues de la littérature (le Fantôme de l’Opéra) ou du folklore.
Et si la majeure partie de ces monstres ne sont pas visibles de l’extérieur, certains se promènent parmi les visiteurs et s’amusent à leur faire peur. Un avant-goût de ce qui se passera ensuite dans les profondeurs de la bâtisse… Des zombies ? Non, M. Houti m’explique que les zombies n’existent pas au Manoir de Paris, les lieux se trouvent en réalité juste derrière la prison Saint-Lazare (ancienne léproserie) et dans l’enceinte de ce qui fut la Cour des Miracles. Ces monstres sont en réalité des lépreux. D’ailleurs, c’est le moment que choisi l’un d’entre eux pour s’avancer vers moi et me faire sursauter. Hurlement (le premier d’une longue série) « Je vous présente Gertrude » me dit mon hôte, amusé par ma réaction.

La charmante Gertrude…

Mais il est déjà temps de découvrir le parcours. Adil Houti me tend un guide de survie avant de me remettre aux mains d’Archibald dont le maquillage, le costume élimé et la démarche lourde sont on ne peut plus réussis.

Le Manoir de Paris : Archibald

Le temps de prendre en compte quelques règles de base qui ne « garantissent pas la disparition de clients, la perte de membres, de cheveux ou autres problèmes d’incontinence » et je suis jetée dans les ténèbres en compagnie de quelques compagnons d’infortune, sous le cri de « viande fraiche !! ».
Bien sûr, je ne vais pas vous raconter tous les détails du parcours qui dure en moyenne une trentaine de minutes mais force est de constater que le Manoir de Paris tient ses promesses tant du point de vue de la peur que du point de vue historique.
Le parcours s’ouvre sur des catacombes parfaitement reconstituées et chaque décor prouvera ce même soin accordé au détail. J’ai eu un faible pour celui de la station de métro désaffectée, criante de vérité, à cause des célèbres carreaux de grès émaillés blancs qui nous sont si familiers et qui ont tous été réalisés par… la faïencerie de Choisy-le-Roi ! Un hommage discret mais certain au passé historique du lieu. D’une salle à l’autre, il existe un mince fil conducteur : les catacombes, en sous-sol, mènent aux égouts et ceux-ci mènent au lac souterrain de l’Opéra et à son fantôme et ainsi de suite.

Le Cabaret – Copyright : Manoir H

A chaque tableau correspond une entité, un décor, une atmosphère, une époque différente avec toujours la même ambition : faire peur. Pour cela, nous sommes accueillis entre chaque tableau par des monstres plus vrais que nature : 25 au total sur plus de 1000 m2. Ce sont en réalité des comédiens professionnels qui s’en donnent à cœur joie, aussi quand l’un d’entre eux me susurre des mots doux (monstrueux, forcément monstrueux) à l’oreille, j’en suis tellement troublée qu’au moment de quitter la salle, je rate la première marche de l’escalier. Au-delà de l’aspect historique pour lequel j’étais venue à l’origine, le lieu remplit aisément son contrat. Au fur et à mesure du parcours, le visiteur sent l’angoisse monter, se prend au jeu et hurle à longueur de temps.

Le Comte – Copyright : Manoir H

Après trente minutes de ce traitement, nous arrivons au terme du parcours et nous retrouvons à nouveau notre hôte. Tout occupée que j’étais entre deux hurlements, j’ai manqué certains éléments au cours de ma progression comme l’authentique plan de métro des années 30 que me signale M. Houti.

Et qu’en est-il des effets dus au maquillage ? Chaque monstre prenant entre une demi-heure et une heure de travail, ils bénéficient tous d’une formation et des conseils d’un professionnel afin de se préparer seuls. Plus difficiles à gérer, les costumes ne sont pas toujours d’époque.
Je lui demande alors si, au terme du parcours, son Manoir a fait naître des vocations d’apprentis historiens ? Sourire de M. Houti qui avoue que certains visiteurs évoquent régulièrement l’idée d’aller découvrir les véritables catacombes ou les gargouilles de Notre-Dame après leur passage au Manoir… Excellente idée au demeurant.

Le Manoir – Copyright : Manoir H

En plus de son parcours historique, le Manoir de Paris organise des évènements spéciaux comme la Dark Night : le même parcours, dans le noir total avec pour seul guide un petit bâton lumineux et vingt monstres à vos trousses qui peuvent vous attraper… Brrrrrr…

Je remercie chaleureusement Adil Houti et toute son équipe pour leur accueil et leur disponibilité lors de cette visite.

Pour découvrir le site Internet du Manoir de Paris, consulter les jours et les horaires de visite, c’est par ici.

3 replies »

  1. Je ne connaissais pas du tout et ce n’est pas le type de lieu vers lequel je serais allée pour des reconstitutions historiques. J’ai hâte d’aller découvrir le Manoir du coup. Merci pour cette découverte.

    • C’est une excellente façon d’aborder l’Histoire de façon ludique. Ça change des trains fantômes qui ne sont jamais impressionnants. Dans le Manoir, on se prend au jeu même si on sait que tout cela n’est pas réel.
      Et l’équipe est plus que convaincante !

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