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Rencontre avec Lou Ferreira et le Cercle Esthétique et Philosophique Wildien…

 

Rencontre avec Lou Ferreira, philosophe, dramaturge et présidente du cercle Esthétique et Philosophique Wildien, une association récemment créée, prônant l’Esthétisme et l’Art pour l’Art.

Vous venez de créer le Cercle Esthétique et Philosophique Wildien : pouvez-vous nous présenter votre association ?

Cette association est née d’une première expérience. J’ai été un temps, la présidente de la Société Oscar Wilde que j’avais co-fondée en 2006. Ensuite, après une thèse de philosophie soutenue en 2011 intitulée « Oscar Wilde : Esthétique et philosophie de la provocation », je me suis dit que ce qui m’intéressait finalement le plus n’était pas tant le personnage -dont j’avais l’impression d’avoir fait le tour-, que ce qui restait de son esprit aujourd’hui. Je me suis demandée pourquoi beaucoup de jeunes qui n’ont pas lu ses œuvres aimaient Oscar Wilde, je me suis demandée pourquoi il avait à ce point marqué autant son époque que la nôtre depuis les années 1940 – 50.
Dans les années 60, il a explosé dans tous les milieux : littéraire, musical (le rock), au théâtre et au cinéma. Et donc je me suis dit qu’il fallait garder de tout ça, l’esprit d’Oscar Wilde c’est-à dire ce besoin de provoquer mais pour construire à la fois une œuvre d’art et se construire soi-même comme des êtres à part, originaux, différents dans une époque où tout est uniformisé.

Doit-on comprendre que l’association tournera uniquement autour d’Oscar Wilde ?

Non, absolument pas. Oscar Wilde, je l’ai dit dans l’introduction et l’accueil de notre blog, est notre phare, c’est une lumière, un modèle, mais lui-même disait « ne me copiez pas », c’est sans intérêt, sans imagination. Il avait raison. Je crois qu’il faut sortir de ce côté admiratif qui ne m’intéresse plus du tout, il faut absolument élargir à d’autres auteurs du XIXe siècle, parce que j’ai, il est vrai, une grande sensibilité, une grande préférence pour le XIXe siècle au cours duquel beaucoup de choses se sont jouées, peut-être plus qu’à d’autres siècles, mais c’est moi qui le perçois comme ça, dans tous les domaines.
Wilde a tout compris de ce siècle-là et comprenait ce qui s’annonçait, j’en suis convaincue. Il ne faut pas uniquement parler de lui, en son nom, mais aller voir ailleurs, aller regarder les étoiles ailleurs pourvu que ce soit hédoniste. Je ne parle pas uniquement d’hédonisme sexuel mais de vivre pour les plaisirs pourvu que ce soit polémique, libertaire, humaniste.
Lorsqu’il a écrit L’âme de l’homme sous le socialisme, et dans toutes ses pièces, il y avait énormément de combats derrière ses mots, donc je ne veux pas faire une grande place au politique, je veux faire une place aux idéaux libertaires à partir du moment où ils aboutissent à une création : livre, pièce de théâtre, musique, etc. Pourvu que ça s’inscrive dans cet esprit de tolérance, d’envie de sortir de son quotidien, d’être différent et l’envie de faire de sa vie, si ce n’est une œuvre d’art, au moins quelque chose d’autre. Quelque chose qui fasse du bien à soi et aux autres.

Donc le Cercle ne tournera pas uniquement autour de la littérature ou des écrivains ?

Non, pas uniquement, il va s’élargir. Par exemple je connais un philosophe qui a fait sa thèse sur le rock et la philosophie. Il lit des textes et joue du rock dans différents pays. Dans la vie, il est simplement professeur de philosophie. J’aime découvrir de telles personnalités, je me dis qu’il a compris qu’il fallait faire autre chose que répéter bêtement ce que tout le monde a mâché depuis des siècles. Il réinvente, il fait autre chose à partir de ça et donc quelqu’un comme lui a sa place dans le Cercle. Même s’il n’en fait pas partie.

Vous tenez également un Salon Littéraire depuis plusieurs années…

Oui, je ne pourrais pas du tout expliquer comment c’est venu, mais le jour ou j’en ai eu l’idée ça a été très brutal, alors évidemment ça a du certainement mûrir en souterrain, j’ai été nourrie de plusieurs choses dans mon imaginaire de petite fille, je passais mon temps à voir les mêmes couleurs et les mêmes gens, je n’admirais que les films dits « d’époque » et lorsque j’ai eu un appartement, j’étais dans le 5ème, il était très beau, je suis arrivée et mon imaginaire a entendu des gens s’amuser, rire… Alors j’ai regardé les amis qui m’accompagnaient pour la visite et je leur ai dit qu’il me fallait absolument cet appartement car j’allais y créer des Salons Littéraires. C’était en 2007, je les ai tout de suite mis en place. Nous sommes en mars 2012 et c’était en mars 2007, cela fait donc cinq ans que ça dure.

Est-ce que ces Salons sont liés à l’association ou est-ce une entité à part ?

Pour le moment, les Salons Littéraires existent et, depuis cinq ans, ils ont toujours fonctionné en dehors de la Société Oscar Wilde précédemment et du Cercle aujourd’hui. Mais il est évident qu’il y a de plus en plus de monde et qu’il va falloir que je fasse non pas une sélection (j’ai horreur de ce mot-là), mais je ne pourrai pas accueillir des centaines de personnes. Donc à un moment donné, le Salon sera sans doute amené à être fréquenté par les membres de notre association qui viendront pour écouter les poètes, les auteurs d’ouvrages, qu’ils soient philosophiques ou autres, tous les artistes ; les comédiens, les chanteurs, les pianistes. Ce Cercle fera la publicité de tous ceux qui innovent, notamment dans un esprit fin-de-siècle, dans un esprit décadent mais bienveillant, dans un esprit libertaire mais non violent. Il n’est pas encore rattaché au Cercle Wildien mais c’est un « plus » à venir, une organisation qui doit être finalisée. Ca se prépare à merveille je dois dire…

Le Salon Littéraire de Lou Ferreira – Mars 2012

Il existe déjà deux associations sur Wilde en France : le Cercle Oscar Wilde et la Société Oscar Wilde. Pourquoi en créer une troisième ?

Le Cercle des amis d’Oscar Wilde est, normalement, toujours dirigé par Franck Ferrand, un homme merveilleux avec lequel je me suis toujours très bien entendu. La Société Oscar Wilde et le Cercle des amis de Wilde ont organisé ensemble le Wilde Day, le 17 janvier 2011.

La Société Oscar Wilde que j’ai co-fondée et dont le Président actuel est David Charles Rose et la co-présidente Danielle Guérin est vraiment très intéressante, sérieuse aussi.. David Charles Rose est un personnage dans l’univers wildien, on ne connait pas Wilde sans passer par lui, il faut le savoir. Il a fondé The Oscholars et tout le travail de pensée qu’il a élaboré depuis plus de dix ans avec de nombreux universitaires, est faramineux et de grande qualité.
Tout autant que le plus grand spécialiste en France de Wilde : Pascal Aquien
Danielle Guérin continue à diriger la revue de la Rue des Beaux-Arts. Ces associations s’occupent exclusivement de tout ce qui touche à Oscar Wilde, et bien sûr, ils peuvent s’intéresser à d’autres auteurs mais ils le rallient la plupart du temps à Wilde.
Je veux uniquement que son esprit domine notre association. Je ne vais pas nécessairement faire beaucoup de travail ou d’articles sur Wilde. Je vais vraiment m’intéresser aux gens qui ont envie de faire de leur vie une œuvre d’art, quelque chose de plus universel et qui regroupe autant les intellectuels que les gens qui souhaitent passer un bon moment et de s’amuser… et qui savent s’amuser.

Dans le cadre de cette association, qu’allez-vous proposer de plus par rapport aux associations existantes sur le XIXe siècle ?

J’ai été inspirée par les Salons littéraires et leurs succès constant. Nous organiserons des soirées à thèmes, la prochaine sera « dandys et victoriennes » fin avril. Le but est de donner aux esthètes fin-de-siècle et aux dandys dans l’âme l’envie de revêtir leurs plus beaux habits et de se retrouver, le temps d’un soir, dans une communauté d’esprit qui ne soit pas sectaire. Que tous les participants, quelle que soit leurs origines ethniques, sociales, culturelles etc. y trouvent leur place pourvu qu’ils aiment le Beau et ne se prennent pas non plus les pieds dans une mélancolie permanente pour faire « esthète » à la bile noire…

Vous vivez aujourd’hui à Angers, est-ce que ces activités se dérouleront à Paris ?

Je vais créer également un Salon Littéraire à Angers. J’ai toujours vécu à Paris, je ne suis à Angers que depuis huit mois, la richesse culturelle y est impressionnante. Mais les deux villes sont des pôles importants, je vais donc créer un deuxième Salon, mais c’est à Paris que se situera l’essentiel de mes activités artistiques. Enfin, je verrai…

A côté de ces activités, vous enseignez la philosophie, vous écrivez des pièces de théâtres. Pouvez-vous nous en dire plus concernant vos activités d’écriture ?

A court terme, la pièce L’Ombre d’Oscar Wilde aura sa première le 1er mai prochain au Théâtre du Nord-Ouest dirigé par Jean-Luc Jeener. C’est un galop d’essai avec 10 dates ; ensuite la pièce voyagera. C’est une chance que le directeur ait aimé cette pièce même s’il n’est pas un grand admirateur d’Oscar Wilde. Les comédiens sont des professionnels, c’est donc un énorme travail.
Ma thèse, elle, sera bientôt publiée en deux ouvrages distincts dès la rentrée : le premier lié à la provocation chez Wilde et le second lié à son esthétique.

Il y aura aussi la lecture d’une autre pièce : Zweig mon amour que j’ai écrite à l’origine pour la fille de Marc Menant, Elodie Menant, excellente comédienne et pour son père dont j’aime particulièrement les ouvrages. Il y aura donc une lecture de cette pièce en juillet au Théâtre du Nord Ouest avec au moins deux dates. Elle sera mise en lecture par moi-même et Marie Véronique Raban, metteur en scène d’envergure qui participe régulièrement à mes Salons Littéraires. Elle sera montée ultérieurement.

Le mot de la fin ?

Je voudrais qu’on comprenne que cette association s’adresse à ceux qui aiment le Beau. Oscar Wilde disait : « nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles », je voudrais vraiment dire que cette association n’est pas pédante ou centrée sur des élites. Elle a un esprit libertaire au sens ou elle s’adresse au gens qui ont envie de regarder les étoiles, à ceux qui écrivent dans leur coin et qui ont peut-être envie de faire connaître leurs écrits. Je m’adresse autant à des gens connus qu’à des inconnus, ces silencieux qui ont souvent beaucoup de choses à dire, et je suis frappée par la qualité des êtres que j’ai rencontrés en cinq ans à travers le Salon, la qualité intellectuelle et artistique, leur profondeur humaine. Des artistes au sens noble du terme qui réinventent leur vie sans que personne ne les regarde. Je ne supporte pas que cette lumière ne se fasse pas. Ce n’est qu’un regard, en passant, mais c’est doux à vivre, quelque fois passionnant.
J’ai une fille, une adolescente de seize ans et en tant que mère, je pourrais vous dire que rien ne se tient au-dessus d’elle, bien sûr, je vous tiendrais ce discours. Mais j’ai envie de vous dire parallèlement que je ne considère rien au-dessus de l’Art non plus : on peut vivre grâce à l’Art mais on ne peut pas nécessairement vivre en utilisant l’autre comme une béquille.

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BIBLIOGRAPHIE :

 

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