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Théâtres romantiques au musée de la Vie romantique

 

Les Théâtres romantiques, c’est la nouvelle exposition que nous propose le musée de la Vie romantique niché au cœur du quartier de la Nouvelle-Athènes. Un cadre idéal puisque ce quartier, proche de la rue de la Tour-des-Dames, est toujours très actif du point de vue de l’activité théâtrale. Jusqu’au 15 juillet 2012, vous pourrez y admirer une centaine d’œuvres prêtées pour l’occasion par le musée Carnavalet.

La présentation vidéo de l’exposition par Daniel Marchesseau

En 1871, un violent incendie ravage l’Hôtel de ville et les collections de sa bibliothèque. Afin d’en créer une nouvelle, Jules Cousin offre sa propre collection qui est bientôt installée à l’hôtel Carnavalet pour en faire un musée de la ville de Paris. En 1880, le musée ouvre ses portes et offre aux visiteurs une salle archéologique et une salle dédiée à la Révolution française. En 1889, une section dédiée au théâtre est créée lors de l’Exposition Universelle, preuve d’un grand intérêt du public pour ce domaine. Une salle costumes et théâtre est ouverte dans l’Hôtel Le Peletier. Le musée cherche alors à acquérir deux importantes collections, celle d’Edouard Pasteur et celle de Jules Sambon. La dernière est achetée à Drouot par un italien et devient la propriété du Théâtre de la Scala. Carnavalet acquiert donc la collection d’Edouard Pasteur soit deux cent œuvres environ.

Les œuvres que vous pouvez actuellement admirer au musée de la Vie romantique se focalisent sur la période romantique et s’étendent de 1800 à 1870. Le théâtre est alors en pleine mutation avec la révolution romantique et donne parfois lieu à des débats passionnés (souvenez-vous de la bataille d’Hernani.) Ces mutations incessantes sont également dues à la succession des différents régimes politiques. Après un décret sur les genres qui devaient être propres à chaque établissement en 1807, une liberté totale est finalement accordée aux théâtres en 1864.

La première salle d’exposition se focalise sur les portraits et propose de faire connaissance avec les grands auteurs, compositeurs et comédiens de la période romantique.

Parmi eux, François Ancelot (portrait par Virginie Ancelot) qui, en 1819, écrit Louis IX, une tragédie en cinq actes qui connait un grand succès auprès des royalistes et lui rapporte la protection de Louis XVIII ainsi qu’une pension de 2000 livres. Une autre tragédie, Maria Padilla, lui vaudra un fauteuil à l’Académie française en 1841.

Eugène Scribe (par Emile Lecomte-Vernet) écrit son premier ouvrage à 19 ans et produira plus de cinq cent pièces au cours de sa vie, explorant tous les genres.

Etienne Henri Méhul rencontre un grand succès sous la Révolution et est surtout connu pour son Chant Du Départ. Ses sujets ont été repris par la peinture (il existe plusieurs versions de l’histoire d’Antiochus et de Stratonice chez Ingres) A sa mort, Chérubini rendit un chaleureux hommage à son grand talent et à son style « large et clair, tendant plutôt vers les expressions fortes que vers celles qui ne demandent que de la grâce et de la douceur : c’était plutôt le Michel Ange que le Raphaël de la musique ».

Antoine-Jean Gros, Etienne Henri Méhul (1799)
© Musée Carnavalet Roger-Viollet

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Antiochos et Stratonice (1840)

Georges Bizet (par Félix Giacomotti), dont la scandaleuse Carmen connut quand même 45 représentations avant d’être retirée de l’affiche, est également présent.

Parmi les comédiens, nous retrouvons bien sûr Talma (par Jacques-Augustin Pajou), tragédien préféré de Napoléon et précurseur du romantisme à travers son jeu d’acteur ; Rosalie Dugazon (par Henri-François Riesener) qui a laissé son nom à une catégorie vocale (un mezzo-soprano léger) ; Mlle Duchesnois (par François Gérard) ou encore la grande tragédienne Rachel dont la maigreur affichée allait à l’encontre des canons de l’époque et qui fera dire à Alfred de Musset : « La taille de mademoiselle Rachel n’est guère plus grosse qu’un des bras de mademoiselle George ! » ; Mounet-Sully (par Louis-Edouard Fournier) qui se fera remarquer dans le répertoire classique puis romantique, acclamé pour sa beauté et sa présence physique ; Mlle Mars qui interprètera un grand nombre de rôles dans les drames de la nouvelle école alors qu’elle ne les aimait pas ce qui rendra les répétitions extrêmement difficiles.

F. O’Connell, Rachel dans le rôle de Phèdre
© Musée Carnavalet. Roger-Viollet

Dans les vitrines de la grande bibliothèque, une reproduction de l’Académie royale de musique, rue Le Peletier (par Duclaux), lieu de création de la quasi-totalité des chefs-d’œuvre du Romantisme. L’attentat contre Napoléon III en ces lieux lancera la construction de l’Opéra Garnier.

Dans la seconde partie de l’exposition, nous découvrons la salle Le Peletier (par Jules Arnout), vue de l’intérieur. Sur scène, le Ballet des Nonnes de Robert le Diable. Cet opéra, considéré comme précurseur, a marqué les esprits de façon durable du fait de son imaginaire noir et de ses jeux de lumières obtenus grâce à l’éclairage au gaz. C’est une scène qu’on retrouvera d’ailleurs chez Edgar Degas.

Jules Arnoult, Intérieur de la salle Le Peletier pendant une représentation de Robert le Diable (vers 1854).
© Musée Carnavalet Roger-Viollet

Edgar Degas, Ballet de Robert le Diable (1872)

Cette première œuvre introduit parfaitement l’ensemble des décors de théâtre réalisés par Philippe Chaperon. Avec la période romantique, nous passons directement des décors anachroniques à la vérité historique, au décor local, réel. Ceux-ci auront un tel succès que certains critiques (dont Théophile Gautier) diront qu’ils sont plus attirés par les décors que par la pièce elle-même.
Il faut faire remarquer que pour certaines fééries comme les Mille et une Nuits (1881), il n’existe pas moins de 31 tableaux sur scène.

Philippe Chaperon, Décor de l’acte IV de Marie Thudor au théâtre de la porte St Martin en 1873.
© Musée Carnavalet. Roger-Viollet

La salle suivante s’ouvre sur un dessin à la mine de plomb d’Alice Ozy par Théodore Chassériau. Artiste dramatique très prisée, courtisane, elle fut également la muse du duc d’Aumale, la maîtresse de Napoléon III, Victor Hugo, Théophile Gautier… Sa beauté, son élégance et sa vie affective chargée ont malheureusement éclipsé son talent dans la mémoire des contemporains.

A ses côtés, la belle Eugénie Doche nous rappelle qu’elle a surtout été Marguerite Gautier, la Dame aux Camélias, pendant plus de 500 représentations.

Richard Buckner, Eugénie Doche

La part belle est donnée ici aux ballerines dont Marie Taglioni dans la Sylphide. L’arrivée du Romantisme dans la discipline va marquer l’apparition du chausson de satin, du tulle, de la nouvelle technique de danse sur les pointes qui donne une impression de légèreté avec l’idée de ballet fantôme initiée par Robert le Diable.

A l’opposé, nous trouvons la danse de la cachucha et son interprétation très sensuelle par Fanny Elsser, très différente des pas éthérés de Marie Taglioni.

Fanny Elssler dansant la cachucha dans le Diable boiteux
© Françoise Cochennec. Musée Carnavalet Roger-Viollet

Les trois plus illustres ballerines de l’époque romantique sont représentées dans Le Pas de quatre (par Alfred-Edouard Chalon) : Marie Taglioni dans La Sylphide, Fanny Elssler dans Le Diable boiteux et Carlotta Grisi dans La Jolie Fille de Gand.

Alfred-Edouard Chalon, Pas de quatre

La grande courtisane au destin tragique, Lola Montès, maîtresse du roi Louis Ier de Bavière s’est d’abord fait connaître comme danseuse espagnole à Londres et Berlin. Ses débuts ne connurent aucun lendemain : « On a très bien accueilli la femme de belle prestance, à l’œil vif, mais on a repoussé la danseuse, et Mlle Lola Montès ne reparaîtra plus à l’Opéra » (La Presse, 29 mars 1844). Théophile Gautier dira : « Nous pouvons dire que mademoiselle Lola a le pied petit et de jolies jambes. Quand à la manière de s’en servir, c’est autre chose. » Et selon Albert Vandam, britannique vivant à Paris : « Lola Montès n’avait de vraiment merveilleux que sa beauté et sa rare impudence : elle ne possédait pas l’ombre d’un talent et son éducation était nulle. »

Camille Roqueplan, Lola Montez
© Musée Carnavalet Roger-Viollet

Enfin, quelques planches de la Petite galerie dramatique de Louis Maleuvre sont présentées au public. Il s’agit d’un recueil des différents costumes d’acteurs, indications précieuses sur l’art du costume théâtral sous la période romantique.

La dernière salle est consacrée au « petits » théâtres de la période romantique. Vous pourrez notamment y admirer un portrait de Dinah Félix (par Eugène Giraud), l’une des sœurs de Rachel ; L’acteur Bouffé (par Victor Darjou) représenté dans ses rôles principaux.
L’œil est attiré notamment par un grand tableau du Mime Deburau (par Jean Pezous) qui surplombe l’ensemble. A ses débuts, Jean-Gaspard Deburau se fit connaitre par sa pantomime acrobatique avant d’investir son personnage de Pierrot. A sa mort, son fils Charles reprit sa succession et attira de nouveau les foules jusqu’à la démolition du Théâtre des Funambules. A ce sujet, je vous conseille de voir (ou de revoir) Les Enfants du paradis de Marcel Carné qui a su recréer cette atmosphère.

Jean Pezous, Le Mime Charles Deburau en costume de Pierrot
©Musée Carnavalet. Roger-Viollet

Parmi ces théâtres se trouve le Théâtre des Nouveautés (par Maurice-Sidoine Storez) construit à l’époque en face de la Bourse et dont la programmation est composée de vaudevilles, d’opéras-comiques (Berlioz y fut choriste quelques mois), de pièces satiriques et politiques. Celui-ci fit faillite en 1832 et disparut définitivement en 1869 lors de la percée de la rue du Quatre-Septembre.

Maurice-Sidoine Storez, Le Théâtre des Nouveautés (1828)
© Musée Carnavalet Roger-Viollet

Enfin, l’exposition se termine par une multitude de petits théâtres situés sur le Faubourg du crime, nom lié à tout ce qui se passait dans les théâtres et non dans la rue. Nous pouvons clairement y distinguer le Théâtre impérial, le Théâtre des Folies-Dramatiques, le Théâtre de la Gaîté ainsi que le Théâtre des Funambules.

Adolphe Martial-Potémont, Les Théâtres du boulevard du Temple (1862)

Si vous aimez particulièrement le monde du théâtre ou si vous êtes un amateur de tout ce qui concerne la période romantique, n’hésitez pas à vous rendre au musée de la Vie romantique. Pour ceux qui ont éventuellement visité La Comédie-Française s’expose au Petit Palais, cette exposition peut être vue comme un excellent complément.

BIBLIOGRAPHIE :

Vous pouvez vous procurer le catalogue de l’exposition en cliquant sur l’image ci-dessous :

 

5 replies »

  1. Et voilà chère Aurore, dès qu’il s’agit du théâtre et de quelques intrigues, je vois et observe l’architecture et les peintures sous un nouveau regard… Toujours plus riche et enivrant !

    Merci pour cela,

    Lou.F

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