A travers Paris

Visite du Palais académique en Sorbonne

 

Il y a quelques semaines de cela, j’ai été contactée par le Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle de la Sorbonne qui invitait quelques uns de ses anciens élèves pour une visite guidée des lieux habituellement fermés au public. J’ai accueilli la nouvelle avec joie m’étant souvent demandé comment accéder aux trésors cachés de l’université.

L’entrée du Palais académique se trouve rue des écoles et n’ouvre ses portes qu’une fois par an, lors des journées du Patrimoine. Le Palais a été reconstruit à la fin du XIXe siècle, sous le Second Empire, par un élève de Charles Garnier, Henri-Paul Nénot. Nous sommes accueillis dans le grand vestibule qui se partage en deux galeries, l’une dédiée aux Lettres, l’autre aux Sciences. Ainsi, les deux colossales statues dans le hall représentent-elles Homère (par Eugène Delaplanche) et Archimède (par Alexandre Falguière). De chaque côté, des plaques de marbre rouge égrènent les noms de généreux donateurs.

Le grand vestibule. A droite : la statue d’Homère par Eugène Delaplanche.

La cour de la Sorbonne, bien connue des étudiants, a été le point de départ de la construction de l’édifice. Au XVIIe siècle, la Sorbonne subit un aggrandissement conséquent jusqu’au Grand Amphithéâtre. Au XIXe siècle, l’édifice est reconstruit et accorde une large place à la Science en accueillant parmi les professeurs, Louis Pasteur ou Pierre et Marie Curie. Une révolution quand on sait que l’hémicycle était alors réservé aux hommes.

Plan du rez-de-chaussée de la Sorbonne

En 1968, la Sorbonne sera ouverte à tous. C’est d’ailleurs un haut lieu de contestation depuis le XIIIe siècle.
Quatre autres universités possèdent des locaux au sein de l’établissement et utilisent son nom : Paris I, Paris III, Université Paris-Sorbonne et Université Paris Descartes.
La bibliothèque abrite 42 km de rayons de livres. Les incunables ont été mis à l’abri en raison de leur fragilité et sont consultables sur demande. C’est lors des manifestations de 2006 que la bibliothèque a connu les plus importants dégâts de son histoire, beaucoup de livres ayant été brûlés ce qui n’était pas arrivé lors de la Révolution française ou lors des évènements de mai 1968.

Le portail du Grand Amphithéâtre est particulièrement intéressant à observer. Nous pouvons y voir un mât, un globe terrestre, une dame représentant la Maison Sorbonne rayonnant sur le monde, les palmes académiques. Ce portail est un symbole de la Sorbonne.

Portail du Grand Amphithéâtre, symbole de la Sorbonne

Au-dessus de nos têtes, le sigle RF (la reconstruction se poursuivra jusqu’à la IIIe République) côtoie les fleurs de lys de l’Ancien Régime.

République Française

Les fleurs de lys

Deux escaliers en fer forgé permettent d’accéder au premier étage : celui des Sciences et celui des Lettres. Ils sont tous deux ornés de médaillons représentant les villes ayant une université en 1889 dont Alger qui, à l’époque, était française. Les rampes sont surmontées d’une sphère représentant les signes zodiacaux.

L’escalier des Lettres

Le médaillon représentant Alger

La sphère aux signes zodiacaux

Entre les deux escaliers, la Corbeille de la Sorbonne et un vitrail aux armoiries de Paris (propriétaire des murs) surplombent le visiteur.

Le vitrail aux armoiries de Paris

Au premier étage, les murs sont recouverts de toiles marouflées (et non de fresques) évoquant les grands moments de l’université de Paris depuis la concession de Saint-Louis jusqu’à l’inauguration de la nouvelle Sorbonne. Elles sont entourées de colonnes à l’architecture grecque, allusion à l’établissement en tant que temple de la connaissance.

Les toiles marouflées, côté escalier des Lettres

D’un côté, une statue de la République par Léon Alexandre Delhomme réalisée en 1889, au moment de l’Exposition Universelle. Marianne tient un glaive retourné (symbole de tolérance) dans la main gauche et une Minerve (déesse des Arts et des Sciences) dans la droite. Elle porte le bonnet phrygien et une couronne de laurier sur la tête. Nous pouvons également voir une ruche, une corne d’abondance et les livres de la connaissance à ses côtés.

Statue de la République – La Sorbonne

Au cours du XIIe siècle, les étudiants se présentent à Paris sans aucune structure pour les accueillir. Abélard quitte l’île de la Cité afin de s’installer sur la montagne Sainte-Geneviève pour y fonder une école de rhétorique et de théologie. Le latin est imposé comme langue officielle.
En 1257, Robert de Sorbon, alors chanoine de Saint-Louis, se voit remettre la charte de création du collège : la Sorbonne est née. Le roi Philippe Auguste décide d’organiser les écoles en regroupant des maîtres et des étudiants en une communauté appelée universitas et en leur allouant une certaine autonomie. L’université acquiert alors une personnalité morale et reçoit des privilèges notamment la franchise universitaire et l’appellation en Sorbonne et non à la Sorbonne.

Abélard sur la montagne Sainte-Geneviève

Un peu plus loin, une porte s’ouvre sur l’appartement officiel du recteur de l’Académie de Paris. C’est ici que trône fièrement le portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne. Parmi les autres objets d’art, nous découvrons un portrait du Maréchal de Richelieu, le cabinet particulier du Cardinal en ébène et ivoire ainsi que les masses des universités, toujours utilisées lors des cérémonies. Elles sont en argent massif et représentent les Lettres, les Sciences, la Médecine, la Pharmacie et le Droit.

Appartement officiel du recteur de l’Académie de Paris. Crédit photo : Olivier Jacquet.

Les masses des universités. Crédit photo : Olivier Jacquet.

De cette salle, nous passons directement au grand Salon de Réception. Son superbe plafond en caissons représente les armoiries des villes ayant un lycée en 1885. C’est dans cette pièce que l’on remet aujourd’hui les épées d’Académiciens et les diplômes de docteur honoris causa.

Le Grand Salon de réception

Le plafond en caissons et pendentifs du Grand Salon de réception

Le Salon est décoré à ses deux extrémités par les peintures de Benjamin-Constant illustrant le mythe de Prométhée : Prométhée enchaîné, symbole du passé et Prométhée délivré, symbole de l’avenir.

Le mythe de Prométhée, ici enchaîné

Le Salon débouche sur la salle de réunion des recteurs. Les chaises qui trônent autour de la table sont frappées aux armes de la Sorbonne avec les trois fleurs de lys et non les palmes académiques. Sur les murs, se trouvent les noms des recteurs qui se sont succédés depuis la Révolution française ainsi que deux imposantes peintures.

La salle de réunion des recteurs

En ressortant de cette pièce, nous retrouvons les toiles marouflées mais côté des Sciences. La première fait référence à Lavoisier et sa doctrine pneumatique. Nous pouvons voir, en arrière du personnage, la première esquisse.

Lavoisier et sa doctrine pneumatique et les traces de la première esquisse

Nous redescendons le grand escalier des Sciences pour découvrir la Salle des Autorités, à l’arrière du grand Amphithéâtre. C’est le lieu de réunion avant les grandes cérémonies et on y pratique le protocole comme au Moyen-âge.

La Salle des Autorités

Les peintures qui ornent cette salle sont de style pointilliste et datent de 1920. Vous pouvez y admirer les toiles d’Hélène Dufau (seule femme ayant participé au décor de la Sorbonne) : Astronomie et Mathématique, La Géologie, La Zoologie, La Radioactivité, Le Magnétisme et les toiles d’Ernest Laurent : La Poésie, L’Histoire, La Philosophie, L’Eloquence.

L’entrée vers l’Amphithéâtre est surplombée du sceau et de la devise de l’université « Ici et partout sur la terre » datant du XIIIe siècle. Les statues de la pièce représentent la Faculté des Lettres (Léon Fagel) et la Faculté des Sciences (Jules Blanchard).

Sceau et devise de l’université depuis le XIIIe siècle

Jules Blanchard, La Faculté des Sciences

Nous rejoignons la cour de la Sorbonne et nous nous dirigeons vers la Chapelle connue pour abriter le tombeau du Cardinal de Richelieu. Les murs extérieurs ont été restaurés mais l’intérieur est en attente de restauration.
S’il s’agit bien d’une chapelle, construite aux frais du Cardinal, le lieu offre les dimensions d’une église.
A l’origine, les murs étaient recouverts de marbre rose et blanc, de peintures de Philippe de Champaigne, de grandes tapisseries… tous ces éléments ont malheureusement disparu sous la Terreur.

La chapelle de la Sorbonne

La coupole est entourée de quatre médaillons représentant les universités de Paris par François Flameng : Les Lettres, les Sciences, le Droit et la Médecine. Au fond, vous pouvez apercevoir un orgue, inutilisable car non entretenu depuis 1885.

Les médaillons de François Flameng et l’orgue en arrière plan

Le tombeau, exécuté par François Girardon, ne sera livré qu’en 1694 soit cinquante-deux ans après la mort du Cardinal. Il le représente dans ses derniers instants, se laissant aller, soutenu par la Foi. A ses pieds, la Science est en pleurs. Il a les yeux tournés vers l’autel et sa main sur le cordon de l’Ordre du Saint Esprit. Lors de la Révolution française, le corps a été profané.
Le chapeau du Cardinal est suspendu au-dessus du tombeau ; selon la tradition, lorsque le cordon lâchera, le chapeau tombera et l’âme du cardinal montera, évènement considéré comme l’instant où l’âme du défunt Cardinal entrera au Paradis.

Le tombeau du Cardinal

Le cardinal de Richelieu dans les bras de la Foi

La Science pleure la mort du Cardinal

Le chapeau du Cardinal surplombant le tombeau

Je tiens à remercier notre guide (passionné et passionnant) pour cette visite, ainsi que le Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle de la Sorbonne pour cette charmante invitation.
Sachez également que les lieux sont ouverts à la visite sur rendez-vous.
http://www.sorbonne.fr/visiter-la-sorbonne.html

 

2 replies »

  1. N’importe quoi, aucun livre de la bibliothèque n’a été brûlé en 2006 !!!!!!!!
    Des dégâts ds les bibliothèques de départements, peut-être, mais PAS à LA bibliothèque !!!!!!!
    Faut arrêter ces légendes urbaines !!!!!!!

    Buzzie

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