Expositions

Sarah Bernhardt, invitée privilégiée du musée Maxim’s

 

C’est sous l’égide du merveilleux conteur qu’est Pierre-André Hélène que j’ai pu découvrir l’exposition temporaire Moi, Sarah Bernhardt entre excentricité et Art Nouveau.

L’histoire de Maxim’s commence en 1893 lorsque Maxime Gaillard, un garçon de café, crée ce qui n’est, au départ, qu’un petit bistro de quartier. Intriguée par l’enseigne à l’anglaise, Irma de Montigny entre chez Maxim’s et, emballée par l’accueil qui lui est fait, dit au patron « Je vais lancer votre bouchon ». Rapidement, elle revient avec ses amies, leurs admirateurs et popularise le café. On y retrouve Boniface de Castellane, Marcel Proust ou encore George Feydeau qui écrira La Dame de chez Maxim’s et qui dira d’une courtisane enceinte : « Elle n’avait jamais donné que la nuit, elle va enfin donner le jour. » Cette clientèle mondaine et élégante oublie en général de payer les factures et le café est revendu.
Eugène Cornuché, successeur de Maxime Gaillard, fait appel aux artistes de l’école de Nancy afin de créer un décor dans le style Art Nouveau, resté inchangé depuis.

Afin d’attirer la clientèle, Maxim’s affichait cinq ou six belles femmes dans les vitrines qui donnent sur le trottoir. C’est un lieu connu pour avoir été fréquenté par les courtisanes dans un premier temps puis par l’élite intellectuelle française.
Et M. Hélène de nous rappeler la définition de la courtisane sous le Second Empire : « Un billet en circulation qui a d’autant plus de valeur qu’il a de signatures » certaines d’entre elles pouvaient faire fortune.
La Belle Otero se retira de sa carrière de séduction en 1914 à la tête de quarante millions de francs or, amassés grâce à ses principes simples mais efficaces car elle disait : « La fortune vient en dormant mais surtout pas seule. »
Voici donc Maxim’s avant 1914.

A l’entre-deux guerre, la figure la plus connue de chez Maxim’s, est Sacha Guitry et ses épouses successives. A sa dernière épouse, Lana Marconi, il dira : « Les autres furent mes épouses, vous, vous serez ma veuve », une veuve étant pour l’auteur celle « qui ferme vos yeux et ouvre vos tiroirs. »

Dans les années 50, le lieu est fréquenté par Onassis, la Callas, Marlène Dietrich ou Zsa Zsa Gabor, mariée pas moins de neuf fois dont nous retiendrons d’autres bons mots : « Il est presque impossible de rendre heureux son propre mari ; c’est infiniment plus facile avec le mari d’une autre »
Aujourd’hui, les lieux appartiennent à Pierre Cardin. Le couturier collectionne les objets Art Nouveau depuis soixante ans et a ouvert sa collection privée au public dans l’appartement reconstitué d’une courtisane.

C’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir de superbes barbotines toutes en courbes et contre-courbes avec pour thèmes centraux la nature et la femme. L’Art Nouveau n’aura pas toujours été bien accueilli, il a été qualifié de « style nouille » en France. Les allemands iront encore plus loin en le qualifiant de « style ténia. »

Collection de barbotines

Vous pouvez admirer de superbes lampes Tiffany’s en pâte de verre cloisonnée, éléments incontournables de l’Art Nouveau.

L’exposition Sarah Bernhardt permet d’admirer des œuvres de Mucha comme ce bronze prêté par la petite-fille de l’artiste.

Bijoux portés par Sarah Bernhardt dans le rôle de Cléopâtre

Les débuts de Sarah Bernhardt sont obscurs puisque nous ignorons sa date de naissance exacte. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Sarah n’a pas essayé de se rajeunir par coquetterie. Elle a tenté de se vieillir afin de pouvoir embrasser le métier de comédienne malgré son jeune âge. C’est à quatorze ans, lors d’un spectacle de fin d’année, dans le rôle d’un ange, que Sarah trouve sa voie : elle sera comédienne. Elle entre au Conservatoire d’Art dramatique de Paris puis à la Comédie-Française. Un jour, en coulisses, sa sœur Régina lui rend visite et marche sur les pieds de Melle Nathalie. Celle-ci pousse violemment la jeune fille qui se cogne dans un mur et se met à saigner. Sur ce, Sarah gifle Nathalie et refuse de s’excuser. Elle est renvoyée.
Cependant, la gifle fait grand bruit et Sarah comprend qu’il faut faire parler d’elle, procédé qu’elle ne manquera pas d’utiliser tout au long de sa carrière.

A vingt ans, elle donne naissance à son seul enfant, un fils, Maurice Bernhardt, qu’elle a eut avec un prince belge. A sa majorité, le prince proposera à Maurice de le reconnaitre afin qu’il puisse hériter de son titre. Le jeune homme répondit qu’il était entouré de suffisamment d’aura avec le nom de sa maman.

Dans le salon, sur la table principale, nous contemplons une magnifique boîte à biscuits.

Boîte à biscuits de style Art Nouveau

Dans la même pièce se trouve un buffet d’Eugène Vallin. La structure est en courbes, les miroirs sont biseautés, la fleur asymétrique. Si vous regardez le travail de sculpture de plus près, vous pouvez remarquer une amande d’un côté et une nèfle de l’autre. Les matériaux utilisés ici sont le marbre et le chêne.

Buffet réalisé par Eugène Vallin

Une photo de l’intérieur de Sarah Bernhardt composé de plantes vertes, de plumes, de fourrures, de tapis… et un superbe miroir lui ayant appartenu. Sarah Bernhardt s’intéressait beaucoup au spiritisme et était capable de voir « des choses » dans ce miroir.

Intérieur de Sarah Bernhardt

Miroir ayant servi au spiritisme

Une grande réclame pour la Bénédictine. On retrouve dans le corps de la comédienne un mouvement de spirale auquel elle était très attachée (une façon de rappeler le S de son prénom). Cette œuvre a été réalisée par Louise Abbéma. On pense que les deux femmes ont entretenu des relations amoureuses, peut-être parce que Sarah Bernhardt est toujours très idéalisée dans les œuvres d’Abbéma y compris après qu’elle ait dépassé la cinquantaine.

Réclame pour la Bénédictine par Louise Abbéma

Les éléments du décor de la chambre ont été réalisés par Majorelle. Le lit a été sculpté dans la masse. Il s’agit de noyer, le bois le plus utilisé dans l’Art Nouveau.

Au mur, un portrait réalisé par Toulouse Lautrec.

Ce nécessaire de toilette a appartenu à Sarah Bernhardt. Les détails du miroir sont typiques de l’Art Nouveau : taille en biseau et asymétrie.
La brosse à vêtements est en réalité appelé un décrottoir et servait à nettoyer le bas des robes. Les poils d’origine provenaient d’un éléphant, animal sensé porter bonheur. Vous ne l’ignorez sans doute pas, Sarah adorait l’exotisme et possédait une grande ménagerie à Belle-Ile-en-Mer composée, entre autres, d’un alligator (de son petit nom Ali-Gaga), d’un boa et de deux tortues. La carapace de Ghrysargère était couverte de pierres précieuses, elle était suivie d’une tortue plus petite à la carapace nue, Zerbinette, qui était sa servante. Une anecdote qui en dit long sur l’excentricité de la jeune femme. Ghrysargère connut une fin tragique : Sarah étant ruinée, on récupéra la carapace afin d’éponger une partie des dettes.

Nécessaire de toilette ayant appartenu à Sarah Bernhardt. A droite, le décrottoir.

Sont exposées ici deux copies de robes de la Divine. L’une d’elle fut portée à l’occasion d’un rendez-vous avec le directeur de la Comédie-Française afin d’obtenir un rôle plus conséquent. Elle repartit cependant bredouille ce jour-là.

Robe portée lors d’un entretien avec le directeur de la Comédie-Française

Le deuxième lit de la collection est taillé dans du bois de citronnier et représente des pavots (symboles de l’opium et du sommeil) réalisés dans du bois de rose.

Une photo présente Sarah Bernhardt après son amputation de la jambe. Un incident, onze ans plus tôt, est à l’origine de cette opération : pour le final de Tosca, Sarah saute depuis le parapet et retombe sur un clou rouillé. Cela ne l’empêchera pas de continuer à jouer assise.

Sarah Bernhardt après son amputation

Sarah Bernhardt à la fin de sa vie

Une autre photo de Nadar restée célèbre la montre allongée dans un cercueil entourée de bouquets de fleurs et d’épis de blés. Sa jeune sœur, Régina, était tuberculeuse. Toutes deux dormaient dans le même lit sauf les soirs ou Régina était au plus mal. Sarah dormait alors dans la baignoire. Un jour, les médecins annoncèrent qu’il restait peu de temps à vivre à Régina et Sarah fit l’acquisition du cercueil. Régina survécut pendant de longs mois, voyant sa sœur s’endormir dans le cercueil dont elle savait qu’il lui était destiné. Cette photo fut un choc pour l’opinion.

Dans la dernière pièce du musée, le public apprend à faire la différence entre Art Nouveau et Art déco en établissant une relation avec la mode féminine de l’époque.
L’Art Nouveau correspond au port du corset, évoque les courbes et les contre-courbes. Puis Paul Poiret supprime le corset en 1906. C’est un précurseur de l’Art déco qui sera, quant à lui, marqué par la symétrie, la géométrie.

Vases de style Art déco

C’est également dans cette pièce que sont exposées les productions modernes utilisant l’image de Sarah Bernhardt.

Série de timbres à l’effigie de Sarah Bernhardt

Les objets Art Nouveau de cet article sont visibles au musée Maxim’s toute l’année. Tous les objets ayant trait à Sarah Bernhardt proviennent de collectionneurs privés ou de musées (à l’exception du nécessaire de toilette) et ne seront visibles que jusqu’au 15 mars 2012.

Sarah Bernhardt dans Théodora avec le diadème dessiné par René Lalique

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *