Expositions

La Comédie-Française s’expose au Petit Palais

 

Je me permets de revenir sur cette magnifique exposition La Comédie-Française s’expose alors que celle-ci vient tout juste de fermer ses portes au Petit Palais. Retour sur l’histoire passionnante du Théâtre-Français.

Acte I : 1680, date fondatrice d’une institution, la Comédie-Française

L’exposition s’ouvre sur une maquette de la salle Richelieu avant sa rénovation en 1974. Le plan du théâtre est alors à l’italienne. La particularité de la Comédie-Française consiste en l’alternance de pièces de théâtre représentées, alternance rendue possible grâce aux cintres qui permettent de stocker les différents décors. Aujourd’hui, la salle reste presque inchangée si ce n’est le nombre de sièges qui a augmenté.

En 1548, la Société des Confrères de la Passion et de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ construit une salle de spectacle à l’Hôtel de Bourgogne afin d’y présenter des mystères. Mais un arrêt du Parlement leur défend de jouer des pièces religieuses. La confrérie se tourne alors vers la farce, genre qui va rencontrer un grand succès.

Pieter Janz Quast, Les Farceurs dansants

Plus tard, apparaitront les premiers éléments d’un décor. Notez sur le deuxième tableau, les nombreuses petites chandelles au bord de la scène. Ce sont en fait des marqueurs de temps : une chandelle étant l’équivalent d’un acte.

Anonyme, Les Farceurs français et italiens depuis 60 ans et plus peints en 1670

Parmi les grands acteurs de l’Hôtel de Bourgogne (troupe rivale de celle de Molière), nous retrouvons Montfleury qui œuvre dans le registre noble ou encore Floridor.

Antoine Durand, Montfleury (1645)

Baron, repéré par Molière, quittera la troupe à la mort de son ami pour rejoindre celle de l’Hôtel de Bourgogne. Son jeu reste très sobre. Il quittera temporairement la scène pour y revenir à la mort de Louis XIV. A 67 ans, il continuera à jouer des rôles de jeune homme tout en restant assis pour raisons de santé.

Jean-François de Troy, Baron

La troupe rivale de celle de l’Hôtel de Bourgogne est dirigée par Molière. Ci-dessous, il est peint de son vivant dans le rôle de César (La Mort de Pompée, Corneille). Cependant, Molière n’excellait pas dans la tragédie.

Nicolas Mignard, Molière dans le rôle de César (la Mort de Pompée, Corneille)

Une pièce essentielle vient compléter cette partie de l’exposition consacrée aux origines de la Comédie-Française : le fauteuil dans lequel Molière a joué Le Malade imaginaire. Contrairement à la légende, Molière n’est pas mort sur scène et il n’a pas non plus été kidnappé sur ordre du roi pour être enfermé dans un masque de fer…
Lors de la quatrième représentation, Molière se sent mal et est ramené chez lui par La Grange, le régisseur de la troupe. Il décèdera quelques heures plus tard à son domicile. Ce soir-là, il était habillé en vert, détail qui explique peut-être l’idée répandue parmi les comédiens que cette couleur porte malheur. Autre explication plausible : le vert était une couleur obtenue grâce à l’arsenic et finissait par provoquer des maladies chez les acteurs.

Fauteuil dans lequel Molière a joué dans « Le Malade imaginaire » (1673)

Acte II : L’institution et ses demeures

A la mort de Molière, en 1673, les comédiens du Marais rejoignent sur ordre royal la troupe des comédiens de Molière, et cette nouvelle troupe s’installe à l’Hôtel Guénégaud. Puis en 1680, un édit de Louis XIV ordonne la fusion de la troupe de l’Hôtel Guénégaud et celle de l’Hôtel de Bourgogne. C’est ainsi qu’est fondée une troupe unique et permanente : la Comédie-Française qui hérite de l’exclusivité des textes de Molière, Corneille et Racine. Même s’il est décédé depuis sept ans, Molière est considéré comme le fondateur spirituel de cette troupe qui s’installe rue des Fossés-Saint-Germain.
Les jetons de présence en argent font leur apparition afin de récompenser l’assiduité des comédiens aux assemblées où se décident toutes les affaires de la troupe. Au dos de ce jeton, une ruche, symbole de la créativité foisonnante et la devise de la Comédie-Française « Simul et singulis » (être ensemble et être soi-même.)

Jeton de présence en argent

En 1770, les comédiens s’installent dans la salle des machines du jardin des Tuileries. C’est précisément à ce moment que les expressions « côté jardin » et « côté cour » voient le jour, la salle donnant effectivement d’un côté sur la cour du bâtiment, et de l’autre sur le jardin.

Le théâtre étant de plus en plus populaire, il est parfois difficile de trouver une place dans la salle. Les grands personnages de l’époque prennent donc l’habitude de monter sur scène et les comédiens doivent jouer dans la cacophonie la plus totale. Cette habitude ne disparaîtra qu’en 1759 après une lutte de longue haleine menée par le grand comédien Lekain.

Anonyme, Représentation théâtrale avec spectateurs sur la scène (1640-1660)

Sur ce tableau représentant la célèbre bataille d’Hernani, vous pouvez voir la salle Richelieu avant le lever du rideau. Les spectateurs sont encore debout au parterre. On reconnait Théophile Gautier à son gilet rouge à gauche. Au premier plan, portant les cheveux longs et des vêtements excentriques en signe d’appartenance à la mouvance romantique, les partisans d’Hugo sont agités.
On la décrira plus tard comme la bataille des « chevelus » contre les « genoux » (en référence aux crânes dégarnis des anciens). Les jeunes romantiques occupant la salle depuis le matin, avaient pique-niqué sur place. Quand les esprits s’échauffèrent, quelques reliefs de ce déjeuner fusèrent ça et là. A partir de cet évènement, les spectateurs furent invités à laisser cannes et parapluies au vestiaire.

Albert Besnard, La bataille d’Hernani (1909)

Dans ce second tableau, vous pouvez voir Emile Zola, debout, entouré par d’éminents personnages du monde littéraire : Charles Gounod, Ernest Renan, Arsène Houssaye, Charles Garnier, Alphonse Daudet, etc.

Edouard Joseph Dantan, Un entracte à la Comédie-Française un soir de première, en 1885

C’est notamment grâce au grand comédien Talma que le théâtre tel que nous le connaissons aujourd’hui voit le jour. A ses yeux, la seule diction ne suffit pas à faire un bon comédien. Il faut y ajouter les mouvements du corps, la manière d’occuper la scène, les expressions du visage. Il a donné son nom à l’un des étages de la Comédie-Française car, dans cette noble institution, on ne parle jamais de premier, deuxième ou troisième étage, mais des étages Talma, Préville, Samson, Rachel et Mademoiselle Mars, du nom d’acteurs célèbres.

Pierre-Jean David D’Angers, Talma méditant le rôle de Sylla (Sylla, Jouy) (1837)

Acte III : Le répertoire : des œuvres et des hommes

La salle suivante offre une très belle exposition de bustes et sculptures : Molière par Jean-Antoine Houdon, Alexis Piron (premier buste entré à la Comédie-Française) ou Corneille par Jean-Jacques Caffieri (réalisé en échange d’une entrée à vie.) Ces sculptures sont généralement offertes ou commandées pour la décoration du théâtre.
Peut-être plus surprenant pour le spectateur moderne, la présence de Voltaire, l’auteur le plus joué de son époque. Ses pièces ne sont plus exploitées depuis les années 60 car jugées ennuyeuses. Il a pourtant joué un rôle majeur dans les évolutions successives du théâtre français. Il aida notamment à faire descendre les spectateurs de la scène.

Jean-Antoine Houdon, Voltaire (1781)

Si les écrivains sont majoritairement représentés, les acteurs ne sont pas en reste et sont immortalisés par les plus grands portraitistes de leurs époques.
Melle Duclos, si elle joue le rôle d’Ariane, n’en est pas moins habillée en robe de cour. Il n’y a alors aucune vraisemblance du rôle. Les comédiennes jouent même très souvent avec leurs propres bijoux ce qui conduit à plus d’un vol.
Melle Duclos est couronnée par un petit ange qui porte le masque de la comédie (Thalie) et un poignard, symbole de la tragédie (Melpomène). Il s’agit, bien sûr, d’une allusion aux qualités de comédienne de la jeune femme, aussi douée pour la comédie que pour la tragédie.

Nicolas de Largillière, Mlle Duclos dans le rôle d’Ariane (Ariane, Thomas Corneille) (1712)

Au milieu des tableaux et des diverses sculptures, le visiteur croise parfois des objets insolites comme ce manuscrit de souffleur de La Folle Journée ou La Mariage de Figaro. Si les souffleurs ont déserté les soupiraux, ils existent toujours aujourd’hui mais dans les coulisses, côté cour.

Le portrait de Marivaux rappelle au visiteur que cet auteur écrivit dix pièces qui n’eurent aucun succès de son vivant. Voltaire lui reprochait d’ailleurs de « peser des œufs de mouche dans des balances de toile d’araignée. » Revanche du destin, Marivaux est devenu, aujourd’hui, l’auteur dont le répertoire est le plus joué et le plus apprécié.

Louis-Michel Van Loo, Marivaux

Acte IV : L’histoire d’une troupe

Que serait la Comédie-Française sans ses acteurs et actrices de renom ? La talentueuse Rachel par exemple, se fait remarquer grâce à sa voix. Elle a une diction très pure, très simple. A elle seule, elle va bouleverser la façon dont on voyait les pièces de Racine. Mais ses relations avec la Comédie-Française ne seront pas des plus harmonieuses. Elle se livrera à de nombreux caprices et chantages afin d’obtenir des traitements de faveur.

Francisque Duret, Rachel dans le rôle de Phèdre (1865)

On peut admirer quelques uns de ses bijoux dont la tiare qu’elle portait dans Phèdre.

Diadème porté par Rachel dans le rôle de Phèdre (1843)

Melle Mars, quant à elle, incarnait les premiers rôles féminins et apparaissait sur scène avec ses propres bijoux.

Gabriel J. Thomas, Melle Mars dans le rôle de Célimène (1865)

Adrienne Lecouvreur mourut en 1730, au sommet de sa gloire. Maîtresse de Maurice de Saxe, on soupçonne sa rivale, la duchesse de Bouillon, de l’avoir empoisonnée. Les acteurs étant toujours considérés comme une caste en dehors de la communauté des Chrétiens (même s’ils sont adulés de leur vivant), ils sont souvent enterrés à la sauvette. Adrienne sera inhumée de nuit dans le marais de la Grenouillère. Ceci révoltera Voltaire, grand admirateur de la comédienne, qui lui consacrera une ode.

Charles-Antoine Coypel, Portrait d’Adrienne Lecouvreur dans le rôle de Cornélie (La Mort de Pompée, Pierre Corneille) (1700-1730)

Si Lekain fut l’un des plus grands acteurs de son temps, il ne jouissait pas d’un physique très avantageux. Il devint néanmoins extrêmement populaire peut-être parce qu’il contribua à faire évoluer le théâtre. C’est lui qui obtint la libération de la scène par les spectateurs. C’est également lui qui tenta d’imposer un costume plus vraisemblable sur scène.

Simon-Bernard Lenoir, Lekain dans le rôle d’Orosmane (Zaïre, Voltaire)

L’exposition n’aurait pas été complète sans la grande Sarah Bernhardt surnommée « la Voix d’or », « la Divine » ou encore « la Scandaleuse ». Elle entre à la Comédie-Française grâce à l’amant de sa tante et y reste un an à peine, virée à la suite d’une retentissante gifle donnée sur scène à Melle Nathalie. Elle se rendra célèbre sur la scène de l’Odéon avant d’être rappelée par la Comédie-Française. Célèbre également pour son regard, il suffit de voir le tableau de son rôle dans Ruy Blas pour comprendre son titre de « Reine de l’attitude. » Certains diront qu’elle ne chantait pas mais qu’elle « bêlait. » Son amputation à l’âge de 71 ans ne lui fera pas renoncer à la scène puisqu’elle continuera à jouer assise. Une superbe broche créée par René Lalique lui ayant appartenu est également exposée.

Georges Clairin, Sarah Bernhardt dans le rôle de la reine (Ruy Blas, Victor Hugo) (1879)

Philippe Parrot, Sarah Bernhardt (1875)

Avec l’apparition de la photographie, l’exposition prend un tour différent. Les comédiens sont alors idéalisés en noir et blanc grâce aux Studios Harcourt. A opposer aux séries réalisées par Andres Serrano.

Acte V : Molière mis en scène

Dans la dernière salle, un mur constitué de l’accumulation des maquettes d’études de décor. Sur un autre mur, on évoque Molière à travers l’ensemble de figures qu’il représente : l’écrivain, le comédien, l’homme.

Pierre-Antoine-Augustin Vafflard, La Mort de Molière (1806)

La Comédie-Française se compose de soixante sociétaires et pensionnaires dont nous croisons les portraits avant de sortir, histoire de nous rappeler une dernière fois que la Comédie-Française, c’est avant tout l’histoire d’une troupe.

Il est nécessaire de rappeler que toutes les œuvres présentes lors de cette exposition appartiennent à la Comédie-Française. Celles-ci sont consultables sur leur base de données La Grange en ligne qui répertorie cet extraordinaire patrimoine.
Les photos qui illustrent cet article ne sont pas de moi mais ont été extraites de ce site. N’hésitez pas à aller le consulter.
Vous trouverez d’autres photos de cette exposition ici (notamment d’objets évoqués mais non reproduits dans cet article.)

 

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