Anecdotes & Peinture

Le mystérieux oiseau d’Hiva-Ova ou comment Gauguin est venu en aide à la cryptozoologie

 

C’est en chinant récemment dans ma bibliothèque que j’ai retrouvé cette incroyable anecdote concernant l’oiseau mystérieux d’Hiva-Oa. L’un des nombreux dossiers de la cryptozoologie a, en effet, trouvé sa résolution grâce à l’art.
Tout d’abord, quelques mots concernant la cryptozoologie. Ce terme vient du grec κρυπτός « caché », ζῷον « animal » et λόγος « étude », soit « étude des animaux cachés » et désigne l’étude des animaux éteints ou supposés éteints. Le grand public est plus familier avec cette discipline à travers ses plus grands dossiers qui traitent de l’existence réelle ou supposée de certains animaux jugés inexistants par la science officielle tels que le monstre du Loch Ness, le Yeti ou encore le Chupacabra.
C’est en lisant un article de Michel Raynal intitulé Victoires de la cryptozoologie au XXe siècle que j’ai découvert l’existence d’un oiseau, inapte au vol, signalé par les Polynésiens et des voyageurs occidentaux, à Hiva-Oa, (actuelles îles Marquises) :

« D’après le vieux Lee (Henry Lie) qui en avait poursuivi un à cheval, et n’avait pu du reste le capturer, tant sa course était rapide, l’animal avait la grosseur d’un coq, son pelage (plumage) était violacé, son bec jaune ainsi que ses pattes, longues et fortes. Il ne possédait que des moignons d’ailes. »
Francis Mazière, Mystérieux Archipel du Tiki (1957)

Cette description a conduit Michel Raynal à supposer, dès 1981, que l’oiseau dont il est question ici était en réalité soit un takahe ou Porphyrio mantelli de la Nouvelle-Zélande, un oiseau que les Polynésiens auraient rapporté à bord de leurs pirogues lors de vagues migratoires, soit un rallidé inconnu apparenté au takahe.
Dès 1988, cette seconde hypothèse est confirmée avec la découverte d’ossements subfossiles d’un rallidé de la même famille ou Porphyrio paepae sur l’île d’Hiva-Oa.

Or cette île est également connue pour abriter la tombe d’un certain… Paul Gauguin. Et c’est ainsi que l’art va venir au secours de la science et faire rebondir ce mystère en 2000 avec la découverte (ou plutôt la redécouverte) du Sorcier d’Hiva-Oa, une toile de Gauguin peinte en 1902.

Paul Gauguin – Le Sorcier d’Hiva-Oa

Ce tableau représente le sorcier Haapuani en compagnie de deux femmes à l’arrière-plan. Mais l’élément le plus intéressant se trouve plus précisément en bas à droite du tableau. Nous pouvons clairement y voir un chien attaquant un petit oiseau qui ressemble beaucoup au portrait établi par Mazière.

Paul Gauguin – Détail de l’oiseau

Un takahe. L’oiseau mystérieux d’Hiva-Oa lui ressemblait beaucoup.

La ressemblance avec le takahe est frappante mais nous trouvons quelques divergences avec les témoignages écrits notamment au niveau des couleurs du bec et du plumage. De toute évidence, et selon les découvertes sur le terrain, c’est bien un Porphyrio paepae qu’a peint Gauguin en 1902. Il est donc certain que l’espèce était toujours en vie au début du XXe siècle et Michel Raynal signale des témoignages de sa survie au moins jusque dans les années 50. Aujourd’hui ce petit oiseau est une espèce éteinte ou supposée éteinte.
La présence du chien sur le tableau renforce la thèse des cryptozoologues car le petit oiseau était décrit comme difficile à capturer en raison de sa célérité, seuls les chiens étaient assez rapides pour l’attraper :

« […] un oiseau sans ailes était au milieu du sentier et nous regardait. Puis il détala plus rapidement qu’une poule et disparut en un éclair dans une sorte de tunnel entre les fougères épaisses. Nous avions entendu parler de ces oiseaux sans ailes, espèce étrange, inconnue des ornithologues. Les insulaires en avaient vu souvent, mais n’avaient jamais réussi à en attraper un, puisqu’ils plongeaient toujours à une folle vitesse dans des trous et des galeries. […] Nous fouillâmes tout un labyrinthe de galeries, qui zébraient le monticule, mais nous ne retrouvâmes pas l’oiseau mystérieux. »
Thor Heyerdahl, Fatu-Hiva, return to nature (1974)

Gauguin aura sans doute assisté à une capture du petit oiseau d’Hiva-Oa par un chien et l’aura représenté fidèlement. Se doutait-il alors que Le Sorcier d’Hiva-Oa aiderait un jour à résoudre l’une des énigmes de la cryptozoologie ? Rien n’est moins sûr. Une preuve de plus que des vérités inattendues peuvent parfois surgir d’un tableau, pour qui sait l’observer…

Pour un article plus détaillé, je vous renvoie au site de Michel Raynal.

 

1 reply »

  1. Rien n’est plus passionnant que le mystère….(selon moi), et cet article conserve -tout en le disant- un secret sur ce magnifique oiseau d’Hiva-Oa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *