Musées

La Collection Farnèse du musée archéologique de Naples

 

La Collection Farnèse tire son nom d’une grande famille romaine qui a constitué l’une des plus importantes collections d’œuvres d’art et d’antiquités d’Italie. Cette collection vit le jour avec Alexandre Farnèse, futur pape Paul III. Au fil du temps, elle s’est enrichie de pièces rachetées, confisquées à d’autres collections ou offertes par voie testamentaire. La famille Farnèse a également financé de nombreuses fouilles archéologiques à Rome, source d’innombrables trésors.
Vers 1730, la famille Farnèse se retrouva sans héritier et la Collection passa d’Elisabeth Farnèse à son fils Charles III, roi de Naples, issu de la famille des Bourbon. Son fils, Ferdinand IV, prit la décision de transférer les œuvres au musée de Naples qu’elles occupent encore aujourd’hui au plus grand bonheur des amateurs d’art.

Comme toutes les collections de l’époque Renaissance, la Collection Farnèse inclut une série de portraits représentatifs de l’histoire de Rome à travers ceux qui l’ont initiée. Ici, le buste de Caracalla illustre le parfait exemplum à ne pas suivre.

Ce buste de l’Empereur Caracalla est l’un des plus réputés parmi les collections du XVIe siècle. La beauté de cette statue est indéniable d’un point de vue technique : remarquez le travail délicat sur les boucles de cheveux. Mais l’artiste a également tenté de rendre compte de l’état psychologique du personnage à la fois fier et inquiet, le regard perdu dans le vide.
Cette sculpture montre bien le côté sombre de l’empereur et sa sinistre réputation. Cette statue a été réalisée vers 212, peu de temps après le meurtre de Géta, le propre frère de Caracalla avec lequel il était contraint de partager le pouvoir. Ce buste faisait partie d’une statue complète découverte lors des fouilles des Thermes de Caracalla à Rome. Elle a été cassée et réduite au seul buste à cause de son mauvais état de conservation.

Buste de Caracalla (212)

Corps vêtu d’une cuirasse et tête de Marc Aurèle
Corps : 41-54 ; Tête : 160-170

Antinoüs est un jeune homme connu dans l’Antiquité pour avoir été le favori et l’amant de l’Empereur Hadrien. Il meurt noyé dans le Nil à l’âge de vingt ans dans des circonstances restées troubles.
Inconsolable, Hadrien va diviniser son amant disparu et les sculptures à son effigie vont se multiplier à travers l’Empire.
Antinoüs apparait toujours sous les traits d’un jeune homme à la beauté idéalisée.

Antinoüs – Bacchus (2e siècle ap. J.-C.)

Le buste dit de Brutus est un excellent exemple de la façon dont les collections de marbres anciens fonctionnaient afin de compléter leurs galeries d’importants personnages historiques.
Même si nous savons aujourd’hui qu’il n’existe aucun portrait de Brutus ; au XVIe siècle, un bronze issu de la collection Carpi dit Brutus Capitolin passait pour un portrait fidèle à l’original. En conséquence, ce bronze servait de modèle pour la confection d’autres sculptures.
Des archives prouvent que ce buste faisait partie de la collection dès ses débuts. La tête a clairement été retravaillée afin d’être plus ressemblante au bronze capitolin. Le buste en albâtre fleuri est issu de l’époque moderne.

Buste dit de Brutus (1er siècle ap. J.-C.)

Aphrodite de type Dresde-Capitole (2e siècle ap. J.-C.)

Cette statue est entrée dans la Collection Farnèse à travers le testament laissé par Marguerite de Parme. A l’origine, elle se trouvait à la Villa Madama dans l’une des niches du vestibule.
Les caractéristiques relatives à cette statue sont le bras gauche reposant sur la colonne et les jambes croisées. Cette typologie est utilisée dans les deux sanctuaires dédiés à la déesse, l’un à Athènes, sur la rivière Ilissos, l’autre à Daphni.
Ce modèle ne semble pas avoir été très populaire dans la société romaine car la statue du musée de Naples est la seule connue à ce jour.

Aphrodite inclinée (2e moitié du second siècle ap. J.-C.)

Cette statue fait partie (non sans poser quelques problèmes) d’une série de copies de type Giustini portant sur la représentation d’Asclépios, appelé ainsi d’après le torse appartenant aux musées du Capitole à Rome. Cette statue d’un personnage massif, drapé d’une toge, le côté droit s’appuyant sur un bâton serait largement inspirée de l’Asklepieion d’Epidaure daté du 4e siècle avant J.-C.
Il semblerait que celui-ci date de l’époque hadrianique et soit une adaptation libre de l’original.

Asclépios de type Giustini (2e siècle ap. J.-C.)

Cette statue taillée dans le porphyre était connue à Rome dès le début du XVIe siècle sous le nom de « Rome Triomphante ». La famille Farnèse l’acheta aux Sassi. Les inventaires les plus anciens de la maison Farnèse précisent que la tête, les mains et les pieds se composaient d’une texture faite de métal ou de bronze. Ces parties furent enlevées et remplacées par celles en marbre blanc que nous pouvons voir actuellement, travail réalisé par Carlo Albacini après le transfert de la statue à Naples en 1805.
Là encore, cette statue a largement été inspirée par un modèle du 4e siècle avant J.-C. Le dieu porte un long chiton, retenu par une ceinture en dessous de la poitrine et se trouve assis sur un rocher. Il tient une lyre dans sa main droite et un plectre dans la gauche.
Il est possible que cette statue ait été offerte à un temple par l’empereur, seul personnage capable de se procurer un matériau aussi précieux que le porphyre en quantité nécessaire à cette réalisation.

Apollon assis tenant une lyre (2e siècle ap. J.-C.)

Cette très belle statue en albâtre (la tête, les mains et les pieds en bronze sont des restaurations de G. Valadier datant du XIXe siècle), représente la déesse Artémis, reine de la nature et des animaux dont le culte se déroulait au sanctuaire d’Ephèse.
Sur sa tête (datée de l’époque moderne tout comme la couronne à l’aspect de murs d’enceinte) se tient un voile qui se déploie dans son dos. De face, il apparait comme un disque sur lequel semblent flotter des têtes de lion et de griffon. Autour de son cou, la déesse porte un pectoral en forme de demi-lune entouré d’une guirlande d’immortelle et d’un collier composé de motifs ressemblant à des glands. A l’intérieur est représentée une scène complexe en relief. Quatre figures féminines ailées portant des palmes et des couronnes, symboles de victoire, convergent vers le centre. Entrelacés à ces figures, nous retrouvons certains signes du zodiaque : Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer et Lion. Le buste de la statue est recouvert de quatre rangs de protubérances arrondies interprétées à tort comme les seins de la déesse. En réalité, elles représentent les scrotums des taureaux, victimes des sacrifices.
Sur un chiton composé de manches, la déesse porte un fourreau étroit, l’ependytes, qui dans la réalité serait lié dans le dos par une ceinture nouée. Il est recouvert de formes carrées surmontées de têtes animales (lions, griffons, chevaux, taureaux et une abeille.) Sur les côtés, se déploient de larges fleurs, des sphinx et d’autres figures ailées, émergeant nues de bourgeons d’acanthe.

Artémis d’Ephèse (2e siècle ap. J.-C.)

Cette statue, à l’origine dans la Collection del Bufalo, rejoignit la Collection Farnèse en 1562.
Vers le milieu du XVIe siècle, Taddeo Zuccari utilisa cette statue comme modèle pour son Apollon du Parnasse à Rome. Avant de rejoindre la Collection Farnèse, la statue subit plusieurs restaurations qui influencèrent notre interprétation concernant son apparence originelle. Une lyre fut ajoutée suggérant une représentation d’Apollon alors qu’il s’agit en réalité de Pothos, la personnification du désir pour un amour absent physiquement.
En essayant d’identifier le modèle original, de nombreux spécialistes l’attribuèrent à Skopas de Paros même si quelques experts ne sont pas d’accord avec cette interprétation.
La tête n’est pas celle d’origine mais date de la même période. C’est la réplique d’un portrait idéalisé d’Alexandre le Grand, réalisé par le sculpteur athénien Leochares.

Pothos (2e siècle ap. J.-C.)

Eros avec dauphin (2e siècle ap. J.-C.)

Aphrodite Capitoline (2e siècle ap. J.-C.) d’après un original grec

Pan et Daphnis (fin du 2e siècle ap. J.-C.) d’après un original attribué à Héliodore

Apollon avec lyre (1er siècle ap. J.-C.) d'après une statue du Temple d'Apollon, oeuvre de Timarchidès

Apollon avec lyre (1er siècle ap. J.-C.) d’après une statue du Temple d’Apollon, oeuvre de Timarchidès

Cette sculpture se compose d’un torse de style classique, inspiré du travail de Polyclète. Elle a ensuite été complétée par la tête d’Antinoüs, le jeune favori de l’empereur Hadrien. Le lieu de la découverte du torse est inconnu mais, selon des documents, la tête est issue de la Collection Bembo. Après avoir intégrées la Collection Farnèse, les parties les plus anciennes furent complétées et un petit récipient ajouté afin de rappeler la figure d’Hermès servant l’ambroisie à Psyché. Cette restauration fut immédiatement sujette à l’admiration de tous comme le prouve une lettre du Cardinal de Granvelle à Fulvio Orsini. La parfaite fusion des différentes parties du corps donnèrent longtemps l’illusion d’une sculpture d’une pièce. De récentes restaurations révélèrent différentes qualités de marbres et permirent de comprendre les réelles origines de cette œuvre.
Les jambes et les bras que nous pouvons admirer de nos jours sont l’œuvre de Carlo Albacini à la fin du XVIIIe siècle.

Antinoüs (2e siècle ap. J.-C.)

Figure dionysiaque (2e siècle ap. J.-C.) d’après un original grec attribué à Praxitèle

 

6 replies »

  1. Chère Aurore,

    Tous les amours de Wilde sont ici réunis. Nos rêves sont multiples et multipliés par dix lorsqu’on s’arrête sur ton blog…..
    Les esthètes vont mieux et l’art pour l’art a décidément un sens universel et philosophiquement fondateur : on vit mieux !
    Merci
    LOU

  2. Merci de me faire revivre l’émerveillement que j’ai ressenti lors de ma visite, voici une semaine, au musée archéologique de Naples. Peu de visiteurs à cette époque de l’année : nous avons pu parcourir les salles en toute sérénité. J’y retournerai certainement car je n’ai pas pu tout voir.

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