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Dans les rues de Pompéi : les commerces

 

Au IIe siècle av. J.C., la préparation du pain au sein du foyer fut presque entièrement remplacée par une production industrielle. C’est ainsi que la ville de Pompéi vit fleurir des boulangeries et il en existait environ une trentaine lorsque la cité disparut aux yeux des hommes. Pourtant, la Maison du Four ne fut transformée en boulangerie qu’après le tremblement de terre de 62. Au moment de l’éruption, elle n’était toujours pas achevée. Vous pouvez y voir quatre meules en lave alignées et de petits murs bas utilisés comme plan de travail.

Le four présente deux ouvertures : une pour alimenter le feu, l’autre pour enfourner le pain. Dans l’écurie attenante, les restes d’un mulet, utilisé pour faire tourner les meules, ont été retrouvés. Tout le cycle de fabrication se déroulait au même endroit : moulage du grain, pétrissage et cuisson des pains. La vente était assurée à un comptoir sur place ou par des vendeurs ambulants.

Les tabernae étaient de petits commerces destinés à la vente de produits au détail. On pouvait y trouver des produits agricoles et artisanaux comme diverses variétés de céréales, du vin, des tissus… Elles étaient essentiellement gérées par des affranchis qui travaillaient pour le propriétaire des lieux. Un excellent moyen pour ces anciens esclaves d’accéder à un certain équilibre financier.
A Pompéi, au gré de vos pas, vous pouvez découvrir les vestiges de la Taberna Hedones ou de la Taberna Fortunatae.

Les thermopolia ont longtemps été considérées comme des tavernes. En réalité, c’était surtout des espaces de restauration rapide.
Les comptoirs en forme de L sont souvent revêtus de plaques de marbres. Des dolias (des jarres en terre cuite), qui permettaient de garder les aliments chauds, y sont encastrées.

Le thermopolium le plus connu de Pompéi est celui de Vetitius Placidus dit Thermopolium du Laraire car il doit son nom à la fresque superbement conservée sur le mur du fond. Dans l’un des conteneurs, les archéologues ont retrouvé 3 kg de pièces de monnaie pour une valeur de 680 sesterces, soit la recette de la dernière journée de travail.

On trouve onze fullonica à Pompéi. La plus connue étant celle de Stephanus (du nom issu des inscriptions électorales sur la façade) car c’est la mieux conservée. Ces lieux étaient destinés au lavage, détachage et dégraissage des tissus neufs mais ce bâtiment servait également de teinturerie.
De façon assez surprenante, ce commerce était basé sur l’urine humaine car ce « précieux » liquide (l’empereur avait fini par imposer une taxe dessus) était utilisé pour traiter les tissus. Celui-ci était récolté dans de petites amphores en terre cuite placées aux alentours de la foulerie.
Les tissus étaient foulés aux pieds dans un premier temps. Ensuite, ils étaient lavés avec de l’urine puis rincés. Afin de leur rendre leur blancheur, ils étaient soufrés et frottés avec de la terre d’Ombrie. Enfin, ils étaient pressés avant d’être rendus aux clients. Le prix pour le lavage d’une tunique était de quatre sesterces.

Ce travail fastidieux était accompli par des esclaves sous la surveillance d’affranchis. Plusieurs squelettes furent retrouvés au sein de la foulerie. L’un d’eux (le propriétaire ?) portait une importante somme d’argent s’élevant à 1089,5 sesterces. Ses économies ne lui furent d’aucune utilité face à la colère du Vésuve.

Au cours de fouilles, une tannerie fut également mise à jour au sud de la ville, près de la Porte de Stabies. Celle-ci mérite d’être mentionnée ici car il en existe moins d’une dizaine connues dans tout le monde romain. Cette tannerie est également célèbre car c’est précisément à cet endroit qu’a été découverte la célèbre mosaïque Memento mori que l’on peut aujourd’hui admirer au musée de Naples.

Au carrefour de deux rues secondaires de Pompéi, vous trouverez un bâtiment devant lequel la foule s’amoncelle pour la visite. Et ce lieu de curiosité n’est autre que… le plus grand lupanar de la ville. A l’origine, lupanare est un dérivé du mot latin lupa, la louve. Il désignait le cri de la louve en chaleur qui rappelait les invitations des prostituées aux clients depuis les balcons de ces lieux de plaisir.

La prostitution était courante à Pompéi. En plus des lupanars, elle s’exerçait au premier étage des tavernes et des auberges ou dans de petites chambres donnant sur la rue.
Le lupanar se compose de cinq petites pièces au rez-de-chaussée, chacune contenant un lit en maçonnerie sur lequel reposait un matelas.

Les murs sont ornés de fresques érotiques : une effigie du dieu Priape et des scènes d’accouplement.

Des mots sont gravés dans la pierre, certains vantant les mérites du lieu et des femmes qui y travaillent, d’autres composés de suggestions, de remarques sur les pratiques sexuelles ou encore de jolis noms d’oiseaux comme fututor ou fellatrix (la traduction est ici inutile…)
Les prostituées étaient toutes des esclaves. Les clients étaient des esclaves ou des Pompéiens issus de la classe sociale défavorisée. Les prix variaient de 2 à 16 as (1 as équivalant à peu près à un demi-sesterce) selon la prestation.

Pompéi était donc une cité prospère d’un point de vue commercial, sa situation géographique et portuaire n’étant pas étrangère à ce succès. La ville disparue s’étendant sur une superficie de 64 ha, nous aurons l’occasion d’évoquer bien d’autres de ses aspects.

 

7 replies »

  1. Vivement la suite !

    Il est saisissant de voir à quel point les tavernes sont semblables à nos comptoirs de bistrot… Par contre, le système de laverie est quand même particulier !

    Bonne semaine,
    Alexandre

    • Ce qui m’impressionne toujours, c’est de voir le degré de modernité de la société romaine. Nous n’avons rien inventé, nous avons seulement automatisé notre environnement. Et avoir l’opportunité d’admirer et de toucher tous ces vestiges du passé est incroyablement émouvant.

      Excellente semaine à vous également. 🙂

  2. Excellent article ! Professeur de latin, j’emmène mes élèves à Pompéi dans six semaines; leurs recherches pour les travaux de groupe les ont amenés à lire votre article. Grâce à lui, leur perception de la prostitution dans l’Antiquité est claire et ils vont considérer cet aspect de la civilisation romaine sans tabou ni gêne. Merci et à bientôt pour d’autres aventures antiques !

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