Histoire

Pompéi et le Vésuve : Histoire d’une tragique disparition

 

Il y a deux mille ans, Rome contrôle le plus grand empire que le monde ait jamais connu et pourtant l’une des plus grandes catastrophes naturelles de l’Antiquité ébranla ses certitudes.
S’il ne reste que des ruines de Pompéi, il subsiste des traces très émouvantes de la vie qui l’agitait : des fresques, des mosaïques, des objets, des moulages des corps des victimes et les écrits d’un jeune homme, témoin de la fin de la ville et de ses habitants.

Le Vésuve depuis Pompéi

Car, pour les Pompéiens, le Vésuve est une montagne dont ils ignorent la véritable nature et pour cause : le volcan est resté inactif pendant 1500 ans. Pourtant, voici ce qu’écrivait Strabon à son sujet bien avant l’éruption de 79 :

« La région est dominée par le Vésuve qu’occupent entièrement, sauf au sommet, de très belles terres de culture disposées tout autour. C’est une zone formée surtout de plaines, mais entièrement improductive, semblable à la cendre comme aspect, et elle montre des cavités poreuses dans les blocs de roche de couleur noire, comme s’ils avaient été brûlés par le feu. Ce qui porte à croire naturellement que la montagne est un ancien volcan, dont les feux, après avoir fait éruption par ces ouvertures comme par autant de cratères, se seront éteints faute d’aliment. »

Bacchus représenté comme une grappe de raisin au pied du Vésuve, dans la Maison du Centenaire

Déjà en 62, un violent tremblement de terre avait détruit de nombreux édifices privés et publics. Mais les séismes étaient si fréquents dans la région que tout le monde avait finit par s’habituer. De petites secousses telluriques se firent sentir dans les jours qui précédèrent mais aucun habitant ne sut interpréter ces signes avant coureurs.

Le 24 octobre 79 (le 24 août est longtemps restée la date officielle mais de récentes découvertes indiquent que l’éruption a eu lieu en réalité en automne : les habitants portaient des vêtements en laine, les vendanges avaient eu lieu, des braseros étaient allumés…), vers 13H00, le Vésuve entre en éruption. Le magma ne se change pas en lave mais en cendres. Projetées dans les airs, elles forment une colonne qui s’élève très haut dans le ciel. Les habitants n’ont jamais vu un tel phénomène et beaucoup d’entre eux, inconscients du danger, vont rester dans la ville au lieu de s’enfuir.

BBC – Pompeii, the Last Day

Quelques minutes seulement après le début de l’éruption, le panache de cendres et de gaz s’élève déjà à plus de quinze kilomètres dans le ciel. Il est visible de l’autre côté de la baie, à Misène, où réside Pline l’Ancien, commandant de la flotte romaine de la baie et dont la véritable passion est l’étude de la nature.
Le sommet du panache s’étale dans le ciel et le vent pousse le nuage au-dessus de Pompéi, plongeant la ville dans l’obscurité. Propulsées très haut dans le ciel, les cendres brûlantes se mélangent à l’air, se refroidissent, deviennent solides et retombent sous la forme de pierres ponces. Celles-ci ne mettent qu’une demi- heure avant de tomber sur la ville.
Aux pierres ponces se mêlent des projectiles plus dangereux : des blocs de roche ont été arrachés au volcan et retombent à 200 km/h. Une heure après le début de l’éruption, la situation est critique. Pris de panique, les Pompéiens essaient de s’enfuir.

Henri-Frédéric Schopin, Les Derniers Jours de Pompéi

Vers le milieu de l’après-midi, le Vésuve a déjà craché plus de cent millions de tonnes de cendres et de pierres ponces sur Pompéi. Plus elles s’accumulent, plus elles menacent la solidité des toits qui peuvent s’effondrer à tout instant.
D’après les témoignages des survivants, nous savons que les bateaux de l’amiral Pline avaient levés l’encre vers 17H00 afin de venir en aide aux habitants des villes menacées. Ils passèrent près d’une ville plus proche du volcan mais ne purent s’en approcher à cause des vents contraires. Pourtant, les habitants d’Herculanum s’étaient rassemblés à la fin de l’après-midi sur la plage dans l’espoir d’être secourus.
Pline ne s’arrête pas et fonce sur Pompéi. Enveloppé d’un nuage noir, incapable de voir quoi que ce soit, il est obligé de faire demi-tour et de faire route vers Stabies, le long de la côte. Les pierres tombent toujours sur Pompéi et, en s’accumulant, bloquent les issues, piégeant à l’intérieur des maisons ceux qui s’y sont refugiés.

Malgré son érudition, Pline est incapable de comprendre la gravité de la situation. Sur les pentes du Vésuve, alourdie par les roches plus denses, une partie de la colonne de fumée s’effondre et dévale la montagne. Des cendres bouillantes et des roches en fusion forment une sorte d’avalanche. C’est ce que les vulcanologues appellent une coulée pyroclastique. Cette vague se dirige droit sur Herculanum en brûlant tout sur son passage. La chaleur est si intense que la mort est instantanée, les malheureuses victimes étant littéralement carbonisées. Quand l’éruption s’arrête enfin, Herculanum et ses victimes se retrouvent enfouies sous des dizaines de mètres de débris volcaniques.

K. P. Brjullov, Le Dernier Jour de Pompéi (1828 1834)

Un destin similaire attend Pompéi mais, au matin du 25 octobre, la pluie de pierres reste la principale préoccupation des habitants.
Le pire reste encore à venir. Un violent séisme marque le début d’une nouvelle phase de l’éruption. Au cœur du volcan, la chambre magmatique explose et déclenche une autre coulée pyroclastique qui se dirige, cette fois, sur Pompéi. Par miracle, la coulée perd de son intensité à proximité des murs nord de la ville. Pompéi est épargnée mais un nuage de gaz toxiques apporté par la coulée se répand rapidement dans les rues et les maisons : un mélange mortel composé de dioxyde de carbone et de dioxyde de souffre.
A la base du panache de fumée, une nouvelle vague de roches et de cendres explose qui écrase et brûle tout sur son passage en dévalant les pentes. A plus de 100 km/h, il ne faut que quelques minutes à cette coulée pour atteindre Pompéi. C’est cette dernière vague qui sera la plus meurtrière. Pourtant la mort ne fut pas immédiate : les victimes meurent par suffocation à mesure que leurs poumons se remplissent de fluides.
Après dix-huit heures d’éruption, le panache s’effondre complètement sur sa base. Fasciné, Pline l’Ancien ne tente pas de sauver sa vie. Il s’effondre dans la contemplation du volcan, entouré par les gaz que transportait le nuage.

Mort de Pline l’Ancien, P. Mattei

Une dernière coulée déferle à travers la baie de Naples. Celle-ci tua des milliers de gens qui s’étaient réfugiés dans la campagne épargnant un jeune homme dont les écrits nous permettent de comprendre ce qui s’est passé :

« Pendant plusieurs jours on avait eu comme préliminaire des secousses de tremblement de terre moins effrayantes, parce que habituelles en Campanie; mais cette nuit-là elles prirent une telle force que tout semblait non plus trembler, mais se retourner. […]
C’était déjà la première heure du jour et la lumière était encore incertaine et comme malade; déjà les bâtiments se lézardaient autour de nous et bien que nous fussions à découvert, l’étroitesse du lieu nous menaçait de dangers sérieux et inévitables en cas d’écroulement.
C’est seulement alors que notre sortie de la ville fut décidée; une foule suit, consternée et (telle est la forme que la frayeur donne à la sagesse) préférant l’idée d’autrui à la sienne propre; il se réunit une grande troupe qui presse et accélère notre marche. Une fois en dehors des endroits bâtis, nous nous arrêtons et alors nous éprouvons bien des surprises, bien des frayeurs. Les voitures que nous avions fait emmener, quoique le terrain fût parfaitement uni, avançaient tout de travers et, même calées par des pierres, ne restaient pas sur place.
De plus nous voyions la mer retirée et comme repoussée par les secousses de la terre. En tout cas le rivage était élargi et une foule d’animaux marins échoués sur le sable mis à sec. De l’autre côté, une nuée noire et effrayante, déchirée par des vapeurs incandescentes formant des sinuosités et des zigzags s’ouvrait pour donner de longues traînées de feu; ces dernières ressemblaient à des éclairs, mais elles étaient plus grandes. […] Peu de temps après, la nuée descendait sur la terre, couvrait la mer; elle avait enveloppé et dérobé Caprée, caché la pointe qui s’avance à Misène. […] A ce moment, de la cendre, mais encore peu serrée; je me retourne: une traînée noire et épaisse s’avançait sur nous par derrière, semblable à un torrent qui aurait coulé sur le sol à notre suite. […] A peine étions-nous assis et voici la nuit, comme on l’a, non point en l’absence de la lune et par temps nuageux, mais bien dans une chambre fermée, toute lumière éteinte. On entendait les gémissements des femmes, les vagissements des bébés, les cris des hommes; les uns cherchaient de la voix leur père et leur mère, les autres leurs enfants, les autres leurs femmes, tâchaient de les reconnaître à la voix. Certains déploraient leur malheur à eux, d’autres celui des leurs. Il y en avait qui, par frayeur de la mort, appelaient la mort. […] Une faible clarté reparut; nous la prîmes non pour le jour, mais pour le signal de l’approche du feu. Heureusement ce feu s’arrêta à une certaine distance et de nouveau les ténèbres, de nouveau la cendre en abondance et lourde; nous nous levions de temps en temps pour la secouer, sans quoi nous aurions été couverts et écrasés sous son poids. […]
Enfin la traînée noire dont j’ai parlé s’éclaircit et s’évanouit à la manière d’une fumée ou d’un brouillard; puis brilla le vrai jour, même le soleil, mais avec la teinte jaunâtre qu’il a lors des éclipses. Aux regards encore mal assurés, les objets s’offraient sous un nouvel aspect, couverts d’une cendre épaisse comme d’une couche de neige. »

Pline Le Jeune, Lettres, traduction A.-M Guillemin, Les Belles Lettres, Paris, 1927.

Sa description de l’éruption et des nuées ardentes parut si étrange que personne ne le crut. Ce n’est qu’à l’époque moderne que la science lui rendit justice. Nous savons aujourd’hui que les éruptions volcaniques peuvent se dérouler exactement comme il l’a décrit. En hommage, les vulcanologues les ont baptisés éruptions pliniennes.
En dix-huit heures, le Vésuve a craché plus de dix milliards de tonnes de pierres ponces, de roches et de cendres. Une mission de sauvetage fut lancée par Rome mais les dégâts étaient beaucoup trop importants. La ville sombra dans l’oubli pendant 1500 ans. Redécouverte par hasard à l’occasion d’un chantier, les fouilles ne commencèrent qu’au XVIIIe siècle. Elles se poursuivent encore aujourd’hui. Par agglomération, les cendres ont formé une sorte de capsule temporelle conservant temples, rues, objets… Pourtant, le plus émouvant ce sont les moulages des victimes dont certaines ont laissé des indices sur leur identité.
Aujourd’hui, le Vésuve domine toujours la baie de Naples de ces 600 m de diamètre pour 200 m de profondeur (suite à l’éruption de 1944). Son sol fertile produit un vin au nom évocateur, le Lacryma Christi et attire toujours plus de personnes sur ses flancs. Trois millions d’âmes vivent dans son ombre ce qui en fait l’un des volcans les plus surveillé au monde. Selon les experts, des éruptions de cette ampleur ne peuvent se produire que tous les deux mille ans. La prochaine serait donc pour bientôt…

Le Vésuve depuis Naples

Pour en savoir plus : Le Dernier Jour de Pompéi et Les Mystères de Pompéi, documentaires réalisés par Peter Nicholson pour la BBC.

 

11 replies »

    • Oui, c’est prévu. Y es-tu allée ?
      Je me demandais si c’était une reconstitution des ruines ou si les maisons pompéiennes avaient été reconstituées dans leur splendeur initiale ?
      Dès lundi, j’ajouterai un article de ma visite à Pompéi.

  1. Je n’ai que 10 ans, je trouve cette histoire passionnante et j’aimerais en savoir plus ! je crois que quand je serais grande je serais vulcanologue.
    Victoria

  2. Je n’ai lu que le début mais cet article est tres utiles pour un exposée sur l’ éruption de 79
    Je suis allée a pompéi récamment et cet article complete mon exposé.

  3. Moi je suis passionnée pour cette histoire depuis longtemps donc je voulais en savoir plus et merci car j’ai cru que j’étais vraiment à la destruction de Pompei

  4. Je trouve que c’est horrible toutes ces personnes mortes en souffrant autant !
    Je suis heureuse de ne pas avoir été à leurs places… Je les plains les pauvres…
    Mais l’histoire est passionnante j’aimerais moi aussi en savoir plus ! 😀

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *