Expositions

Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde au musée d’Orsay

 

Le courant Esthétique nait dans le sillon du Préraphaélisme qui s’inspire, quant à lui, de l’art du Moyen-âge. L’Esthétisme cherche à s’opposer à l’art académique et aux contraintes imposées. Aussi il n’y aura jamais d’Ecole Esthétique. Pour les artistes qui composent ce mouvement, il faut retrouver la pureté d’avant Raphaël. Si John Everett Millais, William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti composent le groupe fondateur du Préraphaélisme, Edward Burne-Jones et William Morris sont les figures de proue de l’Esthétisme, rejoints plus tard par Lord Frederic Leighton et George Frederic Watts.
Les esthètes veulent s’adonner à la recherche du raffinement et de la beauté dans l’art. Cette recherche du Beau va être totale et toucher la création artistique, la décoration intérieure, les meubles, les vêtements, les bijoux… C’est un véritable « Culte de la Beauté » qui va déferler sur l’Angleterre victorienne.
La source de l’Aesthetic Movement n’est pourtant pas anglaise mais française car c’est Théophile Gautier qui va le premier lancer la conception philosophique de « l’art pour l’art » qui va devenir en Angleterre Art for art’s sake. Selon cette idéologie, les œuvres d’art ne doivent plus raconter d’histoire, avoir de fin religieuse ou morale, apporter une amélioration mais apporter une satisfaction visuelle, tactile et sensuelle.
L’exposition se compose donc d’objets et d’œuvres d’art particulièrement éclectiques (même si ce nom désigne un autre mouvement artistique et ne s’applique pas ici.) Quel rapport avec Oscar Wilde me direz-vous ? Wilde est omniprésent dans cette exposition. Certes il y a peu d’objets qui s’y réfèrent au final mais ses aphorismes illustrent parfaitement en mots la recherche artistique.

Les premières salles tentent de restituer la diversité des influences de l’Aesthetic Movement et l’exposition débute avec une sculpture de Leighton, Le Paresseux (1). Leighton sera le seul artiste qui sera particulièrement apprécié au sein du mouvement. A un tel point qu’il sera anobli par la Reine Victoria. Dans sa composition, cette statue rappelle furieusement l’Age d’airain d’Auguste Rodin et son visage le David de Michel-Ange.
Remarquez la colonne vertébrale comme arrête dorsale. Leighton a voyagé à Paris et y a rencontré Ingres. Cette influence est marquée par la représentation allongée du corps. Nous sommes ici dans la représentation d’une synesthésie. L’abandon et la volupté du corps dans son étirement a pour seul but de flatter les sens.

1. Lord Frederic Leighton, Le Paresseux (1885)

A gauche de cette sculpture se trouve une superbe tapisserie : L’Adoration des Mages de Burne-Jones (2) réalisée à la demande de Guillaume Mallet à l’occasion de l’aménagement de sa maison du Bois des Moutiers. Cette tapisserie rappelle bien sûr celles du Moyen-âge comme La Dame à la Licorne et avoue clairement sa filiation avec le Préraphaélisme.
Les Esthètes cherchent à redonner ses titres de noblesse à l’artisanat. En effet, nous sommes alors en plein exode rural, les campagnes sont désertées au profit des villes et du travail dans les usines. La laideur pour ces artistes se trouve dans la mécanisation.
Cette tapisserie a appartenue à Yves Saint Laurent et a été offerte au musée d’Orsay par Pierre Bergé.

« L’industrie est la racine de toute laideur. »
Sentences philosophiques à l’usage de la jeunesse.

2. Edward Burne-Jones, L’Adoration des Mages (1887)

L’ordre chronologique n’est pas respecté au cours de l’exposition et nous pouvons ensuite admirer Dorigen de Bretagne. (3) Ce tableau est une fois encore plus représentatif du Préraphaélisme : l’anecdotique et le narratif sont présents et donc contraires aux valeurs véhiculées par le mouvement Esthétique.
Dorigen attend son amant parti en mer et craint que son bateau ne fasse naufrage sur les rochers.
L’orgue à gauche symbolise sa solitude (c’est un instrument dont on joue à deux à l’origine.) Un admirateur de Dorigen fera appel à un magicien qui enlèvera les rochers et fera ainsi en sorte que l’amant revienne sain et sauf de son long voyage. L’admirateur, alors en droit de demander la main de Dorigen, se refusera à le faire devant l’amour que se portent les deux amants. Illustration d’un conte chevaleresque et sujet très clairement préraphaélite.

3. Edward Burne-Jones, Dorigen de Bretagne (1871)

Une autre œuvre de Burne-Jones sous la forme d’un buffet bas (4). Il aurait commencé à peindre ce meuble un peu après son mariage afin d’embellir sa maison.
Les jeunes femmes représentées sont vêtues à la mode médiévale et nourrissent des animaux (des cochons à gauche, des perroquets au milieu et des poissons à droite.)
Le but de cette présentation d’œuvres de Burne-Jones en continu et de montrer dès le début de l’exposition la différence et la filiation entre le mouvement préraphaélite et l’Esthétisme et la multiplication des supports. Le beau doit être présent partout où se pose l’œil.

4. Edward Burne-Jones, Ladies and Animal’s Sideboard (1860)

Etude aux plumes de paon de Watts (5) dans la salle suivante est en parfaite adéquation avec l’Aesthetic Movement. Le paon est un emblème avec ses ocelles ressemblant à des yeux et ses superbes couleurs.
La jeune femme représentée est d’une grande sensualité, perdue dans sa rêverie et les différents éléments du tableau font appel aux sens. De plus, peindre un nu n’ayant aucun dessein mythologique ou littéraire était considéré comme une provocation.

« Tout art est immortel. Car l’émotion pour l’émotion est son objectif, alors que celui de la vie est l’émotion pour l’action. »
Le Critique en tant qu’artiste.

5. George Frederic Watts, Girl with a Peacock fan

Le titre du tableau de Whistler, Symphonie en Blanc n°1 (6) évoque la musique qui séduit l’auditoire sans histoire derrière.
Ce tableau a reçu de très mauvaises critiques et il a été dit que cette femme évoquait « la cruche cassée » (une femme qui aurait perdu sa virginité au lendemain de ses noces.) Il est composé de plusieurs nuances de blanc et la présence d’un lys, symbole de pureté (et de l’Esthétisme), rappelle les femmes dépeintes dans la peinture préraphaélite. Whistler évoque la beauté de la peinture pour ce qu’elle est. Au cours des années qui suivront, il continuera à exploiter cette analogie en créant plusieurs Symphonies, Harmonies et Nocturnes qui mettent l’accent non plus sur le sujet mais sur la façon dont il est traité.

« A mon avis, Whistler est, assurément, un des plus grands maitres de la peinture.
Et je me permets d’ajouter que cet avis, Mr Whistler lui-même la partage tout à fait. »

Dans la Pall Mall Gazette.

6. James McNeill Whistler, Symphonie en Blanc n°1 (1862)

John William Waterhouse traite ici un sujet médiéval et un épisode de la vie de Sainte Cécile (7). Un passage de sa légende affirme qu’en allant au martyre elle entendit une musique céleste ce qui en fit la patronne des musiciens. Nous sommes encore une fois en présence d’une synesthésie : la musique jouée par les anges (ouïe), le drapé des étoffes (toucher), l’eau (goût), le rosier (l’odorat.)

7. John William Waterhouse, Saint Cecilia (1895)

Le modèle de Rossetti pour Bocca Baciata (8) fut sa maîtresse Fanny Cornforth avec qui il vécut après le suicide de sa femme Elizabeth Siddal par ingestion de laudanum. Le titre du tableau qui évoque la bouche qui vient d’être embrassée contient déjà l’idée de volupté. Les modèles préraphaélites sont souvent de belles jeunes femmes à la longue chevelure rousse. Pourtant le roux était porteur d’une signification dépréciative, il s’agissait de la couleur de cheveux des prostituées. Il n’y a aucun élément symbolique pouvant participer à la lecture ou à la compréhension du tableau. Il s’agit d’une représentation de la beauté féminine.
Nous aurons l’occasion d’évoquer à nouveau Fanny un peu plus loin dans l’exposition.

8. Dante Gabriel Rossetti, Bocca Baciata (1868)

La salle suivante est une évocation du japonisme, très forte source d’influence pour les artistes de l’époque. Dans l’art japonais, il n’existe en effet aucune hiérarchie de genre et il est question de représenter la nature à la perfection (ce qui rappelle le travail de John Ruskin.) Avec les Lange Leizen (9), Whistler met en scène une femme à la figure allongée entourée de porcelaines bleues et blanches.

9. James Abbott McNeill Whistler, Pourpre et rose les Lange Leizen (1864)

Juste à côté et tellement minuscule qu’elle passerait presque inaperçue, la délicate carte de visite de Murray Marks (10).

« Je crains que vous n’ayez entendu parler de moi, par l’entremise de vos journaux à l’imagination quelque peu débridée comme… d’un jeune homme… pour qui la pire difficulté qui fût était de mener une existence digne de sa porcelaine bleue –paradoxe dont l’Angleterre ne s’est jamais remise. »
Lors d’une conférence aux Etats-Unis.

10. Carte de visite de Murray Marks (1875)

En face, une projection vidéo de la Peacock Room (11), parfait exemple de ces intérieurs dédiés à la beauté. A l’origine, Frederick R. Leyland, riche armateur originaire de Liverpool, commanda à Whistler des décorations murales pour sa salle à manger. Whistler décora les murs de paons d’or et s’acquitta si bien de sa tâche que le prix monta bien au-delà de ce qui était prévu. Leyland refusa de payer la note et une dispute s’ensuivit entre les deux hommes. Whistler dessina alors les deux paons en train de se battre que vous pouvez voir sur le mur du fond (12) Il peignit également The Gold Scab (13), considéré comme la première caricature peinte. Nous pouvons y voir Leyland sous la forme hybride d’un paon et d’un faune. Les bourses sur le piano font référence à l’argent qu’il n’a jamais versé. Il est assis sur une maison car, suite à cette histoire, Whistler fut contraint de revendre sa propriété.
Autre observation : sur la deuxième photo de l’illustration 11, vous pouvez voir des chenets en forme de tournesols également visibles dans cette exposition. Le tournesol étant le troisième emblème (avec le lys et les plumes de paon déjà cités) de l’Aesthetic Movement.

11. The Peacock Room

12. Fighting Peacocks

13. James Abbott McNeill Whistler, The Gold Scab (1879)

Dans la pièce suivante, vous pouvez admirer une œuvre de Tissot (14). Les décorateurs se sont inspirés de ce tableau pour créer l’atmosphère de cette pièce d’exposition.

« A une époque où la laideur et la raison prévalent, les arts empruntent non pas à la vie, mais aux autres arts. »
Plume, pinceaux, poison.

14. James Jacques Joseph Tissot, Jeunes femmes regardant des objets japonais (1869)

A proximité, nous trouvons un meuble (15) qui à l’origine devait être un entourage de cheminée. Les portes n’ont été ajoutées que plus tard. Ses formes rappellent les meubles du Japon.

15. Godwin, Whistler, Harmonie en jaune et or

Juste à côté, un fauteuil réalisé par Lawrence Alma-Tadema (16) très clairement inspiré par la Grèce antique par son jeu de rinceaux traités en marqueterie d’ébène et d’ivoire ainsi que les motifs utilisés : des pattes de lions en guise de pieds, des têtes de canards sur les côtés. La suite de l’exposition vous permettra de pouvoir l’admirer sous un angle différent : l’envers est richement travaillé avec, entre autres, un paon faisant la roue.
Derrière le fauteuil, un superbe paravent japonisant (17) qui fait écho au tableau de Tissot.

16. Lawrence Alma-Tadema, Fauteuil (1884-86)

17. W.E. Nesfield – James Forsythe, Paravent (1867)

Le superbe buste Clytie de Watts (18) complète cet ensemble. N’hésitez pas à l’admirer sous tous les angles possibles afin d’en apprécier la délicatesse.
Amante du dieu Soleil, la nymphe Clytie est supplantée dans le cœur de ce dernier par Leucothoé. Elle en avise alors le père de sa rivale qui, se jugeant déshonoré, l’enterre vivante. Loin de regagner l’affection de son amant, elle s’attire sa colère et son ressentiment. Désespérée, elle s’assoit nue sur les rochers pendant neuf jours, suivant du regard son bien-aimé. Jaunie par l’éclat du soleil, elle finit par se transformer en tournesol.
Ici son buste est posé au cœur d’un tournesol, la position de son corps évoquant celui des Esclaves de Michel-Ange.

18. George Frederic Watts, Clytie (1867-68)

A l’opposé, un buffet réalisé par Godwin (19). Il s’agit d’un meuble réalisé en dix exemplaires pour la réalisation duquel Godwin fera appel à la mécanisation contrairement aux percepts de l’Arts and Crafts. Cela montre à quel point les personnalités étaient diverses au sein du mouvement tout comme les supports utilisés.
Ce buffet, présenté à l’Exposition universelle de 1878 à Paris, est étonnamment moderne et pourrait orner un salon contemporain sans le moindre problème.

« Nous pouvons pardonner à celui qui fabrique un objet utile, pourvu qu’il ne l’admire pas.
La seule excuse valable, quand on créé un objet inutile, c’est de l’admirer intensément.
L’art tout entier est parfaitement inutile. »

Le Portrait de Dorian Gray.

19. Edward William Godwin, Buffet (1865-75)

Dans la pièce suivante, les œuvres sont toutes représentatives de l’influence grecque qui marqua le mouvement et de cette idée de Beauté qui doit supplanter tout le reste.
La jeune mariée de Syracuse de Leighton (20) a été réalisée afin de décorer sa maison. Costumes, décors, fleurs, tous les éléments font appel à la beauté. Il n’y a pas de narration : c’est la beauté qui importe.

20. Lord Frederic Leighton, La jeune mariée de Syracuse (1865-66)

Le Tepidarium d’Alma-Tadema (21) en est un parfait exemple : par définition un tepidarium est la partie des thermes où l’on peut se reposer et se sécher entre les salles réservées aux bains froids et chauds. La fourrure n’a donc rien à y faire mais sa fonction est de remplir l’espace d’un point de vue purement esthétique. De plus, elle fait appel au toucher, les fleurs à côté à l’odorat…

« Le public est merveilleusement tolérant. Il pardonne tout, sauf le génie. »
Le Critique en tant qu’artiste.

21. Le Tepidarium, Lawrence Alma-Tadema(1881)

C’est dans la pièce suivante que nous faisons notre première rencontre avec Oscar Wilde à travers l’une des photographies prises par Napoleon Sarony (22).
Nous sommes alors en 1882 et Wilde va partir aux Etats-Unis pour une série de conférences sur l’esthétisme.
Il y sera très caricaturé à cause de ses cheveux longs et de sa tenue vestimentaire : costumes de velours, pantalons raccourcis et bas de soie. Un costume similaire à celui de la photo est présenté dans une vitrine.
Les robes esthétiques quant à elles se portent sans corset. Le corset représente le carcan du monde victorien. La femme qui porte des robes esthétiques à l’époque est une femme « libérée » puisqu’elle les porte sans corset, la poitrine simplement soulignée par une ceinture.

« Une cravate bien nouée est le premier pas sérieux que l’on fait dans la vie. »

22. Napoleon Sarony, Oscar Wilde (1882)

Cette femme, Mme Luke Ionides (23), dont le mari était un riche mécène, est habillée à la manière esthétique : le corset est supprimé, la poitrine soulignée. La boucle de ceinture représente les trois vertus théologales : Charité, Foi et Espérance. Le collier d’ambre éloigne le mauvais sort.
Cette mode esthétique était une façon d’affirmer sa liberté, son détachement par rapport aux conventions dans l’Angleterre victorienne.

23. William Blake Richmond, Mme Luke Ionides (1882)

Aux vêtements exposés s’ajoutent quelques bijoux : une broche (24) ayant appartenu à Edith, la femme de William Holman Hunt et une broche en forme de cœur (25) que Rossetti offrit à Fanny Cornforth (la jeune femme de Bocca Baciata) puis à Jane Morris (son autre muse dont nous reparlerons à la fin de l’exposition.)

24. Carlo Giuliano, Broche et parure pour cheveux (1875-95)

25. La broche coeur, Rossetti

Les Dormeurs et la Gardienne de Simeon Solomon (26) sont une introduction à la décadence de l’Esthétisme. La beauté androgyne des personnages dont nous ne savons pas réellement s’ils sont homme ou femme peut être vue comme une référence à l’homosexualité.
A l’époque, « l’amour qui n’ose pas prononcer son nom » n’est pas complètement bridé. Ceux qui sont pris sur le fait sont seulement soumis à payer une amende, sans plus.

« Ce qu’il y a d’intéressant chez les gens du grand monde, c’est le masque que porte chacun d’eux et non la réalité qui se cache derrière. »
Le Déclin du mensonge.

26. Simeon Solomon, Les Dormeurs et la gardienne (1870)

Nous entrons à présent dans la section textile de l’exposition avec des motifs qui évoquent la lourdeur des tapisseries médiévales (27 & 28)

« Jusqu’à présent, et dans une certaine mesure, l’homme a été esclave du machinisme.
Chose tragique, dès qu’il a inventé une machine pour faire son travail, il a commencé à mourir de faim. »

L’Âme humaine.

27. Morris and Co, Dove and Rose (1879)

28. Arthur Silver, Peacock (1887)

C’est l’occasion de mieux voir une œuvre dont je n’ai pas encore parlé car la première fois que vous la croisez c’est dans un passage étroit très fréquenté.
De ce côté, vous pouvez enfin admirer le Portail des quatre saisons, une superbe grille ouvragée. Un travail de dentellière en fer forgé réalisé par Thomas Jeckyll. L’éclairage permet d’en admirer l’ombre portée au sol. Ce travail de ferronnerie a été réalisé pour l’Exposition universelle. Elle se compose d’un décor antiquisant. Le bas du portail présente le détail des quatre saisons.

Les objets créés par Dresser sont étonnants de modernité (29) et préfigurent ce que sera le design au XXe siècle. Plusieurs objets sont ainsi présentés dont cette théière qui évoque l’Art déco.

« La nature est toujours en retard sur son temps.
Il faut un grand artiste pour être foncièrement moderne. »

Dans la conversation.

29. Christopher Dresser, Théière (1879)

Nous entrons dans la dernière salle d’exposition : la décadence du mouvement Esthétique marquée, dans les années 1890, par la publication de Salomé et du journal littéraire The Yellow Book et les deux catastrophiques et retentissants procès d’Oscar Wilde.
Lors de ses procès, il répéta ses idées selon lesquelles tout bon art est essentiellement amoral et cristallisa sur lui la haine des courants réactionnaires à cause de son comportement toujours plus provocateur. On considère ainsi que la violente mise en accusation de la figure la plus médiatique et représentative du courant Esthétique et ce qui en découla, marqua le déclin du mouvement.

Dans un coin de la pièce, les livres que « le monde déclare immoraux » et leurs illustrations.
Nous y trouvons, entre autres : Le Prince heureux et autres contes, la couverture pour le Sphinx d’Oscar Wilde et les illustrations de Lysistrata d’Aubrey Beardsley.
Un peu plus loin, L’Apogée : illustration pour Salomé d’Oscar Wilde y est cité comme le parfait exemple de cette décadence.

« Les livres que le monde déclare immoraux sont ceux qui lui font voir sa propre honte. »
Le Portrait de Dorian Gray.

Nous croisons à nouveau le chemin de Jane Morris dans Le Rêve éveillé de Rossetti (30). Aujourd’hui, Jane est considérée comme la véritable muse de Rossetti, celle qu’il a le plus aimée. Sur cette peinture, elle porte une robe esthétique.
Cette œuvre aurait du s’appeler Vanna Primavera (Le Printemps) mais Rossetti mit plus de temps que prévu à la réaliser et le feuillage verdoyant de l’été ne se prêtait plus guère à ce titre.
Rossetti aimait accompagner certains tableaux de poèmes. Ici le sonnet est écrit directement sur le cadre et l’une des strophes évoque : « She dreams ; till now on her forgotten book » De quoi rêve-t-elle ? Nous ne le saurons jamais : aucune valeur narrative.

30. Dante Gabriel Rossetti, The Day Dream

Le Solstice d’été de Moore (31) est très intéressant. L’Esthétisme y figure pleinement : la tenue orange, couleur de prédilection des artistes du mouvement, l’intérieur antique, la beauté omniprésente… Mais avec le personnage central aux yeux clos, nous entrons dans le domaine du rêve, de l’onirique et cela préfigure déjà le Symbolisme.

31. Albert Moore, Solstice d’été (1887)

Au centre de la pièce, trône Eros d’Albert Gilbert figurant sur un pied, grande nouveauté à l’époque car le poids du bronze ne pouvait permettre ce genre de position. La statue a ici été réalisée en aluminium. De sa flèche, il pointe sa femme et l’œuvre qui clôt l’exposition : Le Bain de Psyché de Leighton (32). Psyché ou l’œuvre qui caractérise l’Aesthetic Movement par excellence : la beauté idéale contemplant son propre reflet dans l’eau.

« Un homme capable de dominer la table d’un diner londonien peut dominer le monde entier.
L’avenir appartient au dandy. Le règne des précieux est imminent. »

Une femme sans importance.

32. Frederick Leighton, Le Bain de Psyche (1879)

Toutes les citations de cet article sont d’Oscar Wilde. Les photos illustratives sont extraites des sites Internet des différents musées auxquels ces œuvres appartiennent. Tous droits réservés.

BIBLIOGRAPHIE :

Le catalogue d’exposition en français se compose uniquement des photos des oeuvres, je le déconseille si vous désirez en apprendre plus sur la période :

Le catalogue en anglais est bien plus complet, avec des textes détaillés et de belles illustrations… Il est aussi plus chez et difficile d’accès si vous ne maîtrisez pas la langue de Shakespeare :

 

7 replies »

  1. Je viens de voir cette belle expo, et ce « reportage » est remarquablement réalisé. On y retrouve une grande partie des oeuvres essentielles, choisies et commentées avec discernement. Bravo.

  2. […] L’une des plus belles aquarelles de cette exposition est celle d’Anna Alma-Tadema, fille de sir Lawrence Alma-Tadema, agée de seize ou dix-neuf ans à l’époque et qui, de toute évidence, avait hérité du talent de son père. Une fois encore, nous retrouvons un intérieur très éclectique emprunté au Japon et au XVIIe siècle hollandais, pays de naissance d’Alma-Tadema père. Le lit de repos avec sa fourrure et le lustre de bronze sont des œuvres de l’artiste. Le sol est recouvert d’une natte. Dans la pièce de gauche, un parasol japonais ou une lanterne en papier est suspendu au plafond. Le tout est dans l’esprit du « Culte de la Beauté » propre au mouvement Esthétique de l’époque. Il n’est pas sans rappeler le Leighton House Museum ou la récente exposition du musée d’Orsay. […]

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