Expositions

« Mémoires d’Opiums » au Louvre des Antiquaires

 

Depuis le 1er septembre et jusqu’au 27 novembre 2011 à lieu, au Louvre des Antiquaires, l’exposition « Mémoires d’Opiums », la toute première dédiée aux rites et pratiques autour de l’opium au cours du XIXe siècle.

En 1637, le dernier Empereur Ming interdit la consommation de tabac et les fumeurs se tournent peu à peu vers l’opium. Cette pratique est ensuite importée par les voyageurs de la Chine jusqu’en Europe. C’est sur l’initiative de Dominique et Eric Delalande que cette exposition a pu voir le jour. Le nombre des collectionneurs dans ce domaine étant relativement restreint, ceux-ci ont très aimablement prêté des pièces exceptionnelles.

Parmi les objets exposés, le visiteur peut admirer un grand nombre de pipes très ouvragées et taillées dans différents matériaux.
Ci-dessous des pipes en porcelaine, pièces rares car leur la matière n’est guère propice à fumer l’opium. Dans la même vitrine, vous pouvez également admirer des pipes en écaille.

La collection de pipes en ivoire est impressionnante tant par leur nombre que par la qualité des décors. Certaines sont cloisonnées d’ébène ou d’argent.

L’os, au même titre que l’ivoire ou la corne, était un matériau conducteur de fumée et donc apprécié. Mais la matière la plus adéquate pour les pipes d’opium reste le bambou, qui est aussi la plus abordable. Cette matière première courante et bon marché est « anoblie » par des plaquettes et des cloisonnements précieux.

Le modèle au cobra est inhabituel : le tuyau de cette pipe pouvait être râpé après usage afin de servir à des infusions contre les ulcères à l’estomac.

Quelques pipes courtes (40 cm environ) sont également exposées. Elles étaient essentiellement utilisées en Chine du Nord et se terminent par une main sculptée.

Les pipes en émaux cloisonnés sur le métal étaient très appréciées mais ce revêtement n’était jamais utilisé pour chemiser l’intérieur. Afin de ne pas dénaturer le goût de la fumée, les matières privilégiées étaient le cuivre, le laiton, le baitong ou la corne.

Si les pipes se révèlent être les objets centraux de cette exposition, les objets annexes servant au rituel de l’opium sont également très bien représentés.
Ici, différents fourneaux dont la fonction était de volatiliser la fumée qui se dégageait de la boulette d’opium.

Les cache-lumière, quant à eux, servaient à atténuer la lumière diffusée par la flamme de la lampe.

Ce portique est un autre objet très rare. Outre sa fonction première de support, il avait un but ostentatoire en soulignant la richesse de son propriétaire.

Tout ce matériel était apporté au fumeur directement sur un plateau dont nous pouvons admirer plusieurs ensembles.

Ensemble en cuivre et laiton.

Ensemble en émaux cloisonnés.

Ensemble en argent. La Chine ne possédait aucune mine d’argent. La matière d’apparence argentée (se référer à la photo du premier ensemble mentionné plus haut) est du baitong : un mélange de laiton et de nickel, ressemblant à l’argent. Cet ensemble n’en est que plus précieux.

Tout le matériel du fumeur se retrouve dans ce nécessaire de voyage. Les différents éléments sont scindés en deux et maintenus afin d’éviter la casse.

Concernant le rituel, vous n’en saurez pas plus et le visiteur ne verra pas d’opium. A travers cette exposition, la famille Delalande ne souhaite pas faire l’apologie de la drogue et nous rappelle que les collectionneurs sont avant tout passionnés par l’objet en tant qu’œuvre d’art et non par son usage.

Inhérente au XIXe siècle, cette pratique est surtout l’apanage des artistes et des écrivains et répond à la fascination contemporaine pour l’Orient. Baudelaire, Thomas de Quincey, Mallarmé, Théophile Gautier, Verlaine… sont des consommateurs réguliers et de nombreux écrits en portent la trace.

« Tandis que Dorian grimpait les marches tremblantes, une forte odeur d’opium vint à sa rencontre. Il poussa un profond soupir et ses narines frémirent de plaisir. Un jeune homme à la chevelure d’un jaune clair, penché au-dessus d’une lampe, allumait une pipe longue et fine… Des choses grotesques étaient étendues sur des matelas, en loques, dans des postures bizarres. Les membres tordus, les bouches ouvertes, le regard terne le fascinaient… .Il savait sous quels cieux étranges, ces hommes souffraient et quel enfer morne leur apprenait le secret d’une espèce de joie nouvelle. »
Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray.

« Elle enfonce l’aiguille à même la drogue avant d’en faire grésiller sur la flamme une goutte de marron odorant et mouvante qui gonflait… Avec une attentive lenteur, elle suit la cuisson de la boule qu’elle roulait contre le verre en vue de la réduire. Elle saisit la pipe, en chauffe le fourneau sur la flamme et porte le bambou à ses lèvres, aspire une longue bouffée dont elle ne rejette la fumée qu’après avoir posé la pipe sur le plateau et appuyé la nuque sur l’oreiller de porcelaine. A mesure qu’elle tirait sur le bambou, une pâleur surprenante altérait son visage et ses traits se creusaient voluptueusement. »
Francis Carco, La Lumière Noire.

Durant une cure de désintoxication, Jean Cocteau révèle que « le remède est devenu despote. » et décrit les symptômes du sevrage : douze jours sans sommeil, crampes, sueurs, morve et larmes, « l’apocalypse de la nuit étoilée. »
Jean Cocteau, Opium.

Le clou de l’exposition : le décor reconstitué d’une fumerie d’opium.

Suite aux nombreux ravages qu’elle entraine, cette drogue est interdite en Chine en 1906. Elle va entrainer la fermeture des fumeries d’opium et la dispersion des objets nécessaires à sa consommation.

Le visiteur pourra compléter sa visite en allant visiter la galerie de Dominique et Eric Delalande (30 allée Boulle dans la galerie) spécialisée dans les objets de marine et de sciences, les objets du tabac et de l’opium, les cannes de collection et les objets érotiques.

Si vous désirez en apprendre plus sur l’opium et ses objets, vous pouvez vous procurez Mémoires d’opiums de Dominique Delalande, ouvrage de référence, en vente au sein de l’exposition ou en cliquant sur l’icône ci-dessous.

BIBLIOGRAPHIE :

 

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