Anecdotes & Peinture

Evelyn De Morgan, Médée.

 

Photographie d’Evelyn De Morgan

Evelyn De Morgan fut l’une des nombreuses femmes artistes attirées par le style prérapahélite, à l’instar de Kate Bunce, Eleanor Fortescue-Brickdale et Marie Spartali Stillman. Elle commence à étudier le dessin à l’âge de quize ans avant de pursuivre ses études aux écoles South Kensington et Slade. Ses premières expositions datent des années 1870, d’abord à la Dudley Gallery et plus tard à la Grosvenor Gallery. Elle est particulièrement influencée par George Frederick Watts (1817-1904), qui affirmait que son oeuvre « dépassait de loin celles de toutes les femmes et de beaucoup celles de la plupart des hommes. » Lors de ses multiples séjours en Italie c’est chez Botticelli qu’elle puise son inspiration.

Evelyn De Morgan, Flora (1894)

Nous pouvons très nettement voir l’influence des contours nettement définis de Botticelli dans le tableau de Flore ainsi que dans sa Médée. En 1887, Evelyn De Morgan épouse le designer et céramiste William De Morgan.

Evelyn De Morgan, Portrait de William De Morgan (1893)

A partir de la fin des années 1880, elle expose surtout des sujets allégoriques à la New Gallery. Ses peintures, parmi lesquelles Le Martyre chrétien et L’Adoration de Mammon , recèlent souvent un message moral ou social.

Evelyn de Morgan, The Worship of Mammon (1909)

Médée est l’une de ces femmes de la Bible ou de l’Antiquité dont le caractère bien trempé séduit l’artiste. La Vierge Marie, Ariane, Cassandre et Hélène de Troie figurent parmi les personnages qu’elle choisit comme sujets.
Médée est exposée à la New Gallery en 1890 accompagnée d’une citation du Life and Death of Jason de William Morris :

Jour après jour
Elle voyait les jours heureux s’éloigner
Et plus ce bonheur l’abandonnait
Plus elle redevenait la sorcière
Ourdissant des œuvres malfaisantes
Qu’elle avait été autrefois.

Evelyn De Morgan, Medea (1889)

Evelyn De Morgan peint la malfaisante sorcière après son abandon à Corinthe par son époux, Jason. Méditant sa vengeance, elle s’avance pieds nus dans un corridor orné de marbre, vêtue d’une robe cramoisie. La peintre avait fait un séjour à Rome en 1875, et sa dette à la statuaire classique est évidente dans le drapé du vêtement de Médée. La couleur même est symbolique de sa royauté, de son martyre et de la trahison de Jason. Les roses rouges aux pieds de la jeune femme représentent aussi bien l’amour que le sang versé.
Dans sa main droite, elle tient une fiole de poison destinée à Glauce, la fille du roi Créon de Corinthe et sa rivale en amour. Dans la tragédie d’Euripide représentée sur scène pour la première fois en 431 av. J.-C, Médée enduit la robe de Glauce d’un poison qui la brûlera à mort. Médée ira jusqu’à tuer deux de ses propres enfants en présence de leur père. Elle échappera à la fureur de Jason en s’enfuyant sur un chariot tiré par des dragons ailés.

Evelyn De Morgan représente Médée comme une femme qui souffre, alors que Frederick Sandys choisit de mettre en évidence sa nature vindicative. Dans cette œuvre, exécutée plus de vingt ans avant la précédente, la magicienne est montrée au moment où elle imbibe les fils de l’étoffe du redoutable poison. Parmi les ingrédients mélangés dans son chaudron, nous pouvons distinguer des crapauds aux yeux de perle en train de copuler et une statuette de la déesse égyptienne Sakhmet.

Frederick Sandys, Medea (1868)

La peinture de Sandy fut acceptée par la Royal Academy mais ne fut pas exposée au public, sans doute parce que son sujet était considéré comme trop sinistre.

Extraits de Préraphaélites, Heather Birchall, éditions Taschen.

 

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