A travers Paris

L’Hôtel de la Païva, splendeur d’une courtisane – L’étage

 

Suite de la visite de l’Hôtel de la Païva (la première partie est disponible ici.)

Je vous emmène à présent dans les étages et pour ce faire, il nous faut passer par le chef-d’œuvre de la demeure : un escalier taillé dans l’onyx, matériau semi-précieux, extrait d’une carrière spécialement exploitée à cet effet en Algérie. Cet escalier a bien sûr été créé dans une intention purement ostentatoire afin de dire le niveau de fortune auquel la Païva était parvenue. Il fera dire à Emile Augier : « Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés » (variation d’un vers célèbre de Racine dans Phèdre.) Il est éclairé par des torchères en bronze ciselé.

A mi-parcours se trouve un superbe relief de marbre blanc représentant Amphitrite, œuvre de Léon Cugnot.

A l’étage, nous pouvons voir que la forme courbe de l’escalier est reprise au sol grâce à la polychromie du marbre.

En levant les yeux vers la coupole vous pouvez admirer des femmes représentant Rome, Venise, Naples et Florence, créations de Pierre Bisset ainsi qu’une inscription en latin : « Une cohorte d’amis frappent à la porte. Une maison célèbre. Les portes se referment. Seuls, ceux qui sont invités sont venus. Peu y rentreront. »

Dans les niches, trois statues de marbre blanc représentant Virgile (Ernest Barrias), Dante (Jean-Paul Aubé) et Pétrarque (Léon Cugnot), illustration des goûts clinquants de la maîtresse de maison et de ses prétentions culturelles.

A droite du palier du premier étage, la bibliothèque du comte fermée à la visite.

Juste en face se trouve la salle de bain. Malheureusement j’ai très peu de photos de cette pièce qui était encombrée par les costumes du film. Aussi, je vous encourage à chercher quelques photos sur internet car elle vaut vraiment le coup d’œil.
Typique du Second Empire, la décoration orientale mauresque était très à la mode : moucharabieh au plafond, miroirs à facettes, faïences d’Iznik… et encore de l’onyx. Le sol est en onyx ainsi que le lavabo disposé au-dessus de la cheminée afin d’y faire chauffer l’eau et la console placé sous la fenêtre qui aurait servi de table de massage à la marquise.
Depuis son rachat par le Traveller’s Club, cette pièce sert de salon / salle à manger privé. Aussi la baignoire est recouverte d’une banquette avec des chaises. Difficile donc de voir correctement ce petit bijou.

Celle-ci a été réalisée dans un seul bloc d’onyx. L’intérieur est recouvert de bronze argenté et surplombé par trois robinets dont on dit qu’ils étaient incrustés de turquoises. Mais à quoi donc servaient ces trois robinets ? On suppose que l’un était pour l’eau chaude, l’autre pour l’eau froide et du troisième coulait… le champagne ! On touche là les légendes et les on-dit de la vie des courtisanes du XIXe siècle. Le champagne n’étant guère conseillé pour la peau, on a également parlé de lait d’ânesse. En réalité, il semble que la marquise ait été friande d’infusions, il aurait donc plutôt servi pour des extraits de tilleul ou autres plantes. Au final, ce troisième robinet a surtout fait couler l’encre.

Crédit photo : Olivier Hallot

La chambre à coucher est d’un style néo-gothique. Elle sert aujourd’hui de salle à manger au Club. Le plafond est à clés pendantes avec, en son centre, la couronne comtale de Donnersmarck. Vous pouvez y voir la trace du vestige d’un lustre.

L’alcôve est surplombée d’un ciel de lit représentant la déesse Aurore.

Opposée à l’alcôve, une cheminée de malachite verte à l’image du Palais de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (n’oublions pas que la marquise était d’origine russe.)

Un mot sur le lit de la Païva. J’ai trouvé sur internet cette illustration.

Impossible cependant de savoir si ce lit est bien l’original de la marquise et ce qu’il est devenu. Inspiré du thème de Vénus sortant des eaux si cher au XIXe siècle, il correspond au caractère extravagant de sa propriétaire. Plausible qu’il soit authentique.
Toujours concernant la chambre, Les Goncourt ont mentionné dans leur journal l’existence de deux petits coffres : « […] la femme, au milieu de son effort de grâce, a je ne sais quoi d’inquiétant d’une femme d’affaire en sa personne, avec des absorptions et des absences, où on dirait que son attention vous quitte pour aller aux deux petits cabinets de sa chambre : qui sont des coffres-forts de pierres précieuses, […] »

Jalousée, la marquise de Païva ne profite de son hôtel qu’une dizaine d’année.
En 1870 éclate la guerre franco-prussienne. Le comte et sa femme ont déjà quitté Paris et rejoint le château de Neudeck en Silésie. Lui-même s’engage dans l’armée prussienne et administre la Lorraine pendant quelque temps.
A la fin de la guerre, ils reviennent à Paris et sont frappés par la vague de germanophobie. La tradition orale veut que La Païva ait été sifflée par la salle alors qu’elle assistait à La Périchole d’Offenbach en 1872, et que son époux ait obtenu pour elle un dîner en présence du Président Thiers pour laver l’affront. Blanche est de fait suspectée pendant quelques années d’espionnage ce dont aucun document n’atteste. Son mari par contre sera étroitement surveillé.

A partir de 1882, la santé de Blanche se dégrade sérieusement. Pensant que la vie parisienne lui est néfaste, Guido lui demande de se rendre au château de Neudeck dès l’automne afin de favoriser son rétablissement. Elle ne reverra jamais l’hôtel qui faisait sa fierté et meurt le 21 janvier 1884.
Son mari en est profondément affecté et déclare lors de l’enterrement qu’il ne se remariera jamais, il envisage même de faire entièrement démonter l’hôtel de Païva afin de le faire transporter en Allemagne, projet qui s’avère impossible.

Adolphe Joseph Thomas Monticelli, Une Soirée Chez La Païva

Hélas, la chair étant faible (ce n’est sans doute pas la marquise qui l’aurait contredit sur ce point), il se remarie en 1887 avec Catherine de Slepsow. Celle-ci détestant l’hôtel, il est revendu à l’ancien cuisinier du tsar qui le transforme en restaurant. A sa faillite, il est repris par le Traveller’s Club.

La mort de Blanche ne mit pas un terme aux histoires extraordinaires que l’on colportait à son sujet. Ainsi on raconte qu’elle fut inhumée dans un cercueil de verre. Mieux encore : le comte Henckel von Donnersmarck aurait ordonné à sa nouvelle épouse de ne jamais se rendre dans l’une des pièces du château. Pièce dans laquelle il s’enfermait lui-même pendant des heures. Un jour, l’épouse découvrit la clé sur la serrure et, piquée par la curiosité, entra dans la pièce avant de s’effondrer au sol dans un hurlement d’effroi. Le corps sans vie de la marquise de Païva trônait dans la salle, conservé dans une cuve d’alcool. Le comte n’avait pu se résoudre à se séparer d’elle…

BIBLIOGRAPHIE :

 

12 replies »

  1. Bonjour Aurore,

    Merci pour ce double article tellement complet, instructif et croustillant (excellente citation du Figaro). Voilà qui donne effectivement envie de visiter.

    Au plaisir de vous lire à nouveau.
    Alexandre

  2. Bonjour,

    J’aime beaucoup ce que vous faites.
    Ce qui serait encore génial c’est de couvrir l’expo sur les araignées qui a lieu actuellement !
    Merci d’avance.

    • Bonjour,

      Pour visiter l’Hôtel de la Païva, il faut obligatoirement passer par un guide conférencier.
      Je vous conseille le site Guideapolis pour vos réservations de visites guidées, ils sont très sérieux.

      Bonne visite. 🙂

  3. C’est le plus bau diaporama sur l’hôtel que j’ai vu jusqu’à ce jour, le plus intéressant et documenté aussi. Merci de ce voyage pour les yeux et l’esprit pour ceux qui, loin de Paris, et n’y venant que pour des raisons professionnelles ne peuvent vivre ces moments.

  4. Merci beaucoup pour cette visite et la qualité de vos commentaires, desquels certains conférenciers du site devraient s’inspirer. Car ils n’ont rien à voir avec la visite que j’ai pu suivre dans l’hôtel qui semblait tellement pauvre à côté de la vôtre.

    • Merci pour votre compliment qui me va droit au coeur.
      Concernant les guides conférenciers, il est vrai qu’il existe de grandes disparités au sein de la profession. Certains prennent leur métier au sérieux, lisent, accumulent les informations et sont passionnants. D’autres malheureusement sont là uniquement pour l’argent et n’y connaissent rien. Souvent, ils mentent aux visiteurs avec un extraordinaire aplomb. Il faut donc faire attention quand on choisit une visite guidée.

  5. Vu votre e diaporama. Cela donne vraiment envie d’aller visiter…
    J’espère seulement avoir un bon guide (et surtout je « repotasserai » vos 2 diaporamas…
    merci beaucoup encore pour votre travail
    Je vais surtout bien noter l’adresse de votre blog !!!

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