Musées

Un Soir au Musée Delacroix

 

Hier soir, le musée national Eugène Delacroix ouvrait ses portes au public afin de célébrer son tout premier afterwork. Une centaine de personnes a ainsi pu découvrir les collections à travers une visite guidée de trente minutes et partager un verre dans l’agréable petit jardin.

L’actuel musée se situe dans le dernier appartement et atelier occupé par le peintre. L’artiste avait été chargé dès 1847 du chantier de l’une des chapelles de l’église Saint-Sulpice. Sérieusement malade, il s’était installé dans ce logement afin de ne pas avoir à parcourir de trop longues distances vis-à-vis de son lieu de travail. Il s’installa dans la rue de Furstenberg le 28 décembre 1857 et y resta jusqu’à sa mort.

Entrée du Musée Eugène Delacroix

Dans les années 30, l’atelier fut menacé de disparaitre afin de céder la place à un garage. Une association composée des grands artistes de l’époque (notamment Maurice Denis et Paul Signac) se réunit afin de le sauver et obtint son inscription à la liste des monuments historiques. En 2004, il est rattaché au Louvre. La collection que nous pouvons admirer aujourd’hui a été acquise petit à petit grâce aux achats, aux dons et aux dépôts du Louvre. C’est la raison pour laquelle les oeuvres qui se trouvent au musée Delacroix changent régulièrement mais sont toujours en rapport avec le célèbre peintre.
Le conservateur nous signale au passage qu’il faut imaginer un intérieur typiquement XIXe, très dense. Quelques meubles d’origine sont présents, ils ont pu être identifiés et rachetés grâce aux descriptions qui en ont été données dans l’inventaire posthume.

Table de peinture

Table de peinture

Palette et pinceaux Delacroix

Détail palette

Delacroix était le petit-fils de Jean-François Oeben, grand ébéniste sous Louis XV. En secondes noces, sa grand-mère épousa Jean-Henry Riesener, autre célèbre ébéniste de la reine Marie-Antoinette. On trouve donc dans la pièce qui fut jadis la chambre à coucher du maître, des portraits de quelques uns de ses cousins dont Léon Riesener. La toile a servi à peindre une étude pour un autre tableau aussi, si vous le regardez à l’envers, il présente d’autres personnages.

Portrait de Léon Riesener - Delacroix

C’est également dans cette pièce que se trouve le portrait de Jenny Le Guillou, sa fidèle gouvernante, qui veilla toute sa vie à ce que le maître puisse travailler en paix, barrant quelquefois la route à des amis ou des personnes qui avaient convenu d’un rendez-vous par avance.

Portrait de Jenny Le Guilloux - Delacroix

Il existe deux autoportraits de l’artiste. Le plus célèbre se trouve au Louvre et il est connu de tous car il figurait sur les anciens billets de 100 francs.

Delacroix - Autoportrait

L’autre se trouve à la Galerie des Offices à Florence. Dans le musée se trouve un petit portrait de Delacroix peint par Thalès Fielding et un autre du même Fielding par Delacroix. Les deux hommes devinrent proches après avoir partagé le même atelier et ils gardèrent chacun le portrait de l’autre en guise de souvenir.

Portrait D'Eugène Delacroix - Thalès Fielding

Portrait de Thalès Fielding - Eugène Delacroix

La bibliothèque a été dépouillée de ses œuvres originales à la succession. Nous avons cependant une liste de quelques uns des livres que possédait Delacroix ainsi que la collection complète du Magasin Pittoresque dont quelques exemplaires (qui ne sont pas ceux qui lui ont appartenu) figurent dans une vitrine à titre illustratif.

Richard-Parkes Bonington se lia avec Delacroix qu’il rencontrait régulièrement dans les salles du musée du Louvre. Il était très doué à rendre en peinture les effets de l’aquarelle. Ici, il cède à la tendance historiciste en choisissant un sujet issu du XVIIe siècle.

Anne d'Autriche et Mazarin - Richard-Parkes Bonington

Delacroix vouait également une grande admiration à Shakespeare que nous retrouvons dans le tableau Roméo et Juliette au tombeau des Capulet. Il a également traité de nombreux sujets extraits d’œuvres littéraires.

Roméo et Juliette au tombeau des capulet - Delacroix

Il maitrisait parfaitement la technique lithographique. Ci-dessous la gravure la plus connue de Delacroix.

Cheval effrayé sortant de l'eau - Delacroix

En traversant une petite passerelle, nous arrivons dans l’atelier de Delacroix. Contre le mur faisant face à la porte d’entrée se trouve un coffre aux allures orientalistes rapporté d’un voyage au Maroc en 1832 en même temps qu’une série d’objets qu’il a réutilisés dans ses compositions (ce sera d’ailleurs le sujet d’une exposition prévue en 2013).

Coffre rapporté du Marox - Delacroix

Notre guide attire notre attention sur une acquisition récente représentant la copie d’une veste grecque ou turque, deux personnages issus des Caprices de Goya ainsi que des reliures. Cette esquisse a été réalisée au moment de la réalisation de Scène des massacres de Scio et la Mort de Sardanapale. Elle a d’abord appartenu au critique Philippe Burty, puis à un grand collectionneur de l’œuvre de Delacroix et enfin à une famille.

Etudes de reliures, de veste orientale et de figures d'après Goya - Delacroix

Le Christ au jardin des Oliviers a été la première commande de Delacroix. Il s’agit de l’esquisse d’une toile pour l’église Saint-Paul-Saint-Louis. Elle a reçu des critiques mitigées car on trouvait que le personnage du Christ était moins abouti que ceux des anges.

Le Christ au jardin des Oliviers - Delacroix

Delacroix était un ami de Gorge Sand qui l’invitait tous les ans à la rejoindre, elle et Chopin, à Nohant dans le Berry. L’Education de la Vierge a été exécuté par le peintre lors de son séjour en 1842 et le destinait à l’église du village.

L'Education de la Vierge - Delacroix

Exposé au Salon de 1845, Madeleine au désert est un tableau qui a beaucoup troublé Baudelaire qui écrivit à son sujet : « Voici la fameuse tête de la Madeleine renversée, au sourire bizarre et mystérieux, et si naturellement belle qu’on ne sait pas si elle est auréolée par la mort, ou embellie par les pâmoisons de l’amour divin. »

Madeleine au désert - Delacroix

Une petite collation était organisée dans le jardin à la fin du parcours. L’occasion de partager un verre et ses impressions avec les autres visiteurs au son de la guitare. Le jardin sera rénové cet hiver afin de le rendre plus ressemblant avec celui d’antan. Les travaux seront probablement terminés en 2013. En plus de l’aménagement du jardin, le musée annexera bientôt le rez-de-chaussée de l’immeuble afin de s’agrandir.

Vue sur le jardin et l'atelier

Musique dans le jardin

Le chef de file des Romantiques était un fin lettré qui tenait un journal ainsi qu’une correspondance très riche. Ce journal a été réédité l’année dernière et vous pouvez vous le procurer dans les bonnes librairies. La Sorbonne et le Musée du Louvre mettent également en ligne au fur et à mesure la correspondance de Delacroix que vous pouvez retrouver ici.
Pour le site officiel du musée, les jours, horaires et tarifs des visites, cliquez ici.

Un grand merci au musée national Eugène Delacroix ainsi qu’à son conservateur Monsieur Christophe Leribault pour cette visite très agréable.

 

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