Histoire

Marie-Antoinette à Versailles : le Hameau de la Reine

 

Ayant passé le week-end dernier au Château de Versailles, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui d’une petite partie du jardin secret de Marie-Antoinette : le Hameau de la Reine.

Lorsque les visiteurs sont amenés à découvrir le Hameau, ce qui ne manque pas de les frapper à chaque fois, c’est l’aspect « Disneyland » du lieu.

C’est en 1774 que Louis XVI offre le domaine de Trianon à Marie-Antoinette qui désirait avoir une résidence privée. En effet, d’origine autrichienne, elle ne supporte pas les dures lois de l’étiquette à la cour de Versailles et elle est férocement attachée à constituer une séparation distincte entre les obligations liées à son statut de Reine et sa vie privée.

Cherchant un refuge dans la vie paysanne, la Reine demande à l’architecte Richard Mique de lui ériger douze chaumières autour d’un étang artificiel.

Ce qu’il y a d’amusant à observer ces petites maisons, c’est que tout est en trompe l’œil. L’architecture est faite de fausses briques, de faux colombages qui donnent cette impression de décor de théâtre et qui renforcent l’idée d’une vision idéalisée voire fantasmée de la vie à la campagne.

La Reine n’a jamais dormi au Hameau. C’est essentiellement un lieu de promenade. Elle vient y jouer au billard, au tric trac avec ses amis et instaure une règle qui veut que l’on entre et sort d’une pièce sans protocole.

Longtemps tombé en désuétude, ce petit Hameau a été restauré et réouvert au public le 1er juillet 2006.

Le Moulin :

Ce Moulin a une fonction purement esthétique. La roue n’est qu’un élément de décor qui n’a jamais été reliée à une meule. Un lavoir se trouve sur le côté du bâtiment.

Le Moulin

Le Moulin 2

Le Boudoir :

C’est dans cette « petite maison de la Reine » que Marie-Antoinette se retirait seule dans le petit salon qui compose le lieu. Le toit est recouvert de roseaux et non de chaume. Il est entouré d’un jardin clos.

Le Boudoir

La Maison de la Reine & la Maison du Billard :

On reconnait aisément la Maison de la Reine car c’est la seule chaumière dont le toit est composé de tuiles.
Elle est reliée à la Maison du Billard par une petite galerie de bois décorée de treilles et de pots de fleurs en faïence au chiffre de Marie-Antoinette (un A et un M entrelacés). Ces deux bâtiments se composent de plusieurs salons de jeux, d’une vaste salle à manger et d’une antichambre. Même si ces constructions se voulaient être un retour à la nature, leurs intérieurs étaient très richement meublé par les grands maîtres ébénistes du temps : Georges Jacob et Jean-Henri Riesener.

La maison de la Reine & La Salle du Billard

Escalier de la Maison de la Reine

Le Réchauffoir :

La cérémonie du Grand Couvert ennuyait profondément Marie-Antoinette qui n’avait pas un gros appétit. Au Hameau, les soupers seront simplifiés. Les convives se voient quand même proposer « trois potages, deux grosses pièces, douze entrées, quatre rôtis, deux moyens entremets, quatorze petits entremets et deux plats de pâtisseries ». Tous ces mets sont préparés dans le réchauffoir, situé juste derrière la Maison de la Reine « qui comprend une vaste cuisine ainsi que plusieurs pièces utilisées comme resserres et garde-manger ». On y trouve également la lingerie, l’argenterie et la salle des valets de pied.
Extraits du livre Le Hameau de la Reine de Thierry Deslot.

Le Réchauffoir

Le Colombier :

Ce bâtiment abritait les volailles et les pigeons. Les poules n’étaient pas destinées à la consommation sauf exceptions. Dans ce cas, il fallait spécifier sur le menu Poule de la Reine.

Le Colombier

La Maison du Garde :

Le premier occupant de cette maison fut le suisse Jean Bersy qui habita ces lieux avec sa famille. Non loin de là se trouvait un jeu de boules.

La Maison du Garde

La Ferme :

Si le Hameau était un décor plus qu’un véritable village, il n’en avait pas moins une véritable vocation agricole. Valy Bussard sera le premier fermier désigné par la reine pour veiller sur les animaux qui vivaient ici. A l’origine, cette ferme, un peu à l’écart du Hameau, abritait un cheptel varié de huit vaches, un taureau, dix chèvres, des moutons, des porcs, des lapins et une serre aux fromages. Tous ces animaux avaient été importés de Bulle, en Suisse, car ce pays était alors considéré comme une campagne modèle. Les plus belles races étaient sélectionnées. Le bouc était blanc, propre et la Reine avait spécifié qu’il devait être gentil. Une fois encore, il s’agissait là d’une vision rêvée de la vie à la campagne mais à cent lieues des véritables préoccupations des paysans de l’époque.
La ferme a été restaurée en 1993 par la Fondation Assistance aux Animaux pour y abriter une ferme pédagogique.

Les clapiers à lapins

Les chèvres

Les cochons

Les ânes

La Ferme du Hameau de la Reine

Le puits est aussi un trompe l’œil car il n’est relié à aucune source d’eau.

Le puits de la Ferme

Au domaine, il y avait également des vignes mais, contrairement à la légende, Marie-Antoinette ne consommait pas de vin. Elle ne buvait que du lait et de l’eau de la ville d’Avray qui lui était spécialement livrée tous les jours. Afin de restituer le paysage viticole, 1900 pieds de vigne ont été plantés en 2003 avec la même technique que celle utilisée au XVIIIème siècle.

Les vignes

La Laiterie de Propreté :

A l’origine, il existait deux laiteries : la première dite « de préparation » dans laquelle étaient préparés les fromages et laitages. On trayait les vaches, barratait la crème et on y préparait le lait. Cette laiterie n’existe plus aujourd’hui. La deuxième laiterie est celle dite « de propreté » dans laquelle la Reine et ses amis viennent déguster les préparations issues des produits de la ferme. Marie-Antoinette avait l’habitude de boire un verre de lait frais chaque matin y compris pendant sa captivité à la prison du Temple (on apportait spécialement le lait de Versailles dans une charrette).

La Tour Marlborough & la laiterie

Tour de Marlborough :

La mode à l’époque est à l’Angleterre. En 1783, nous sommes un an après la victoire des insurgés, avec l’aide de l’armée française, contre les Anglais pour la Guerre d’Indépendance de l’Amérique. La mode est aux ritournelles et aux vers dont le but est de tourner en ridicule les Anglais et Baumarchais va écrire Malbrough s’en va-t-en guerre. Cette chanson sera popularisée par la nourrice des enfants de France : Geneviève Poitrine. L’un des couplets donne « Madame à sa tour monte » et c’est ainsi que l’on a pensé que cette tour pouvait devenir la Tour Marlborough.

La Tour Marlborough & la laiterie

La Tour Marlborough

Au pied de cette tour, il y avait autrefois une pêcherie où était préparé le poisson. Marie-Antoinette aimait offrir à ses convives les poissons les plus frais et encore aujourd’hui, nous trouvons des carpes et des brochets dans ce petit étang, en plus d’un majestueux couple de cygnes blancs.

Les poissons de l'étang

Les cygnes et la Maison de la Reine

L'un des cygnes

La Grange :

La Grange a aujourd’hui disparue mais elle servait pour les bals et autres fêtes organisés au Hameau. Un bal ouvert au public avait également lieu tous les dimanches.

Vue d'ensemble du Hameau de la Reine

Une petite digression. Si vous avez l’occasion d’aller à Versailles et que vous désirez vous restaurer, je vous recommande de quitter le Domaine de la Reine pour retourner au Château et de vous arrêter au salon de thé du Grand Café d’Orléans. Quel rapport avec Marie-Antoinette me direz-vous ? Elle adorait le chocolat et c’est elle qui a créé la charge de « Chocolatier de la Reine ». Je vous recommande donc le chocolat chaud à la noix de coco. Il est servi bien battu, bien mousseux et c’est le meilleur chocolat qu’il m’ait été donné de goûter. Si vous en avez le temps, n’hésitez pas.

Chocolat chaud à la noix de coco

 

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