Littérature

17 janvier 2011 : The Wilde Day – Part II

 

Suite (et fin) de ces articles consacrés au Wilde Day du 17 janvier dernier – La première partie est disponible en cliquant sur ce lien.

Je vous avais laissés au beau milieu du cimetière du Père Lachaise. Un rapide voyage en métro plus tard et me voici à St-Germain-des-Prés, en direction de l’Hôtel, dernière demeure de l’écrivain. Mon avance d’une heure sur l’horaire m’autorise une pause déjeuner et je pousse la porte du petit restaurant voisin : La Charrette des Beaux Arts. Grand bien m’en a pris, la nourriture y était excellente et l’accueil très agréable (aspect suffisamment rare à Paris pour que ce soit notifié).

En attendant le plat et la suite des évènements, je me concentre sur le dossier de presse qui m’a été remis le matin même à l’ambassade d’Irlande. Et j’y apprends, entre autres choses, que Lou Ferreira, en plus d’être la Présidente du Cercle Oscar Wilde en France, tient un Salon Littéraire. Coïncidence, j’évoquais quelques jours plus tôt mon envie de voir fleurir ce genre de lieux à travers Paris. On m’avait alors répondu que de tels lieux n’existaient plus de nos jours.

Je remarque au passage que quelques unes des personnes présentes ce matin m’ont rejointes aux tables alentours mais ma pensée est essentiellement occupée par ce fameux Salon Littéraire. Le café me ramène les pieds sur terre et me permet de terminer la lecture du dossier de presse histoire d’en apprendre un peu plus sur les deux pièces qui vont nous être présentées.

Mais avant d’aller plus loin dans le récit de cette journée, laissez-moi vous présenter l’un des personnages phares de cette histoire : l’Hôtel.

La façade de l’Hôtel

« A l’origine, les 10 premiers numéros pairs de la rue des Beaux Arts situaient l’emplacement du Palais où la reine Margot (épouse répudiée d’Henri IV) vécut jusqu’à sa mort en 1615. Juste en face, au niveau du numéro 13 (emplacement actuel de l’Hôtel) se dressait une maison de villégiature, un charmant « Pavillon d’amour » qui avait été construit au dessus de caves aux belles proportions et dont le dessin est attribué à Claude Nicolas Ledoux. »
Extrait du dossier presse.

Appelé à l’origine Hôtel d’Allemagne, il fut rebaptisé Hôtel d’Alsace après la guerre de 1870. Lorsque Wilde vint s’installer dans cet hôtel, le Directeur de l’Etablissement s’appelait Dupoirier et se prit d’affection pour son client sans même savoir qui il était. D’ailleurs, pour tordre le cou à une légende tenace, cet hôtel n’était pas un misérable taudis.
Son statut de lieu emblématique naquit suite à sa rénovation en 1963 par l’architecte Robbin Wesbrook sous la direction de Guy Louis Duboucheron. De nombreuses célébrités fréquentèrent alors l’Hôtel et il figure aujourd’hui sur la liste des 101 meilleurs hôtels au monde. Amusante anecdote pour Oscar qui, peu de temps avant de mourir, affirma « Alas, I am dying beyond my means »

Nous voici donc au sein de ce lieu légendaire. En attendant la présentation des pièces de théâtre, je m’installe dans un des larges fauteuils du bar. Je m’imprègne de l’atmosphère cosy et feutrée des lieux, bercée par les éclats des voix des acteurs qui répètent derrière les lourdes tentures de velours cramoisis. Ils font revivre Oscar, le temps de quelques minutes, de quelques heures. Je l’imagine attablé avec nous, brouillant son absinthe, le regard perdu dans le vague, plongé dans la solitude de l’exil, lui qui aimait tant les mondanités.

Mais ma rêverie est interrompue : les rideaux s’ouvrent enfin et nous sommes invités à prendre place. Il ne manque plus que le maître de cérémonie de cet après-midi : Stéphane Bern. Mais celui-ci est en retard à cause d’un tournage. Franck Ferrand, se charge de nous présenter un extrait de L’ombre d’Oscar Wilde par Lou Ferreira.

L’intrigue de cette pièce se déroule dans le Salon d’Octave Mirbeau qui reçoit la visite d’un ami de Wilde : Franck Harris qui lui demande de réunir plusieurs signatures pour une pétition en faveur d’Oscar. Jules Renard, André Gide et Edmond de Goncourt refuseront. Rachilde et Laurent Tailhade prendront, quant à eux, la défense de l’écrivain. L’intérêt est de montrer à quel point cette affaire divisera les plus grandes personnalités du monde littéraire français de l’époque. L’extrait qui nous est proposé est interprété par quatre acteurs : Elodie Menant (Rachilde), Hicham Nazzal (Laurent Tailhade), Frédéric Guignot (Edmond de Goncourt) et Nikola Carton (Octave Mirbeau). J’ai eu l’occasion de voir Nikola Carton dans Une Fable sans Importance en février 2010 au théâtre du Funambule. Pièce dont le sujet central était… Oscar Wilde ! (Qui a dit monomaniaque ?!) D’ailleurs une nouvelle version de cette pièce sera jouée au Théâtre du Lierre du 23 février au 27 mars 2011.

De gauche à droite : Nikola Carton, Hicham Nazzal, Elodie Menant et Frédéric Guignot.

L’écriture de Lou est incisive, les dialogues sont vifs et pleins d’esprit. Le jeu des acteurs rajoute au cachet d’authenticité donné à la scène. L’une des questions soulevées par Stéphane Bern (arrivé in extremis pour assister à la lecture) concernait justement le personnage de de Goncourt, égocentrique et antipathique à souhait. Lou a confirmé que les dialogues avaient été imaginés à partir des écrits laissés par les différents protagonistes. Une base historique donc et un style fort plaisant.

La deuxième pièce présentée est un extrait de L’entrevue de Taormine par Thibaut d’Anthonay et Patrick Tudoret. A travers la fiction de retrouvailles fortuites entre Oscar Wilde et Jean Lorrain, L’Entrevue de Taormine met en scène la confrontation de deux écrivains de premier plan, aux nombreux points communs (reconnaissance littéraire, homosexualité), mais aux antipodes l’un de l’autre à ce stade de leur existence. Joué par Nikola Carton (Oscar Wilde) et Benoît Solès (Jean Lorrain), cet extrait a été, comme le premier, une extraordinaire joute oratoire. L’état d’esprit des deux personnages a bien été cerné. Et surtout, l’ironie qui émaille texte est délectable. Cependant, d’un point de vue historique, cette entrevue n’a jamais eu lieu car les deux hommes ont séjourné chez le même hôte à Taormine certes, mais à quelques semaines d’écart.

De gauche à droite : Benoît Solès (de dos) et Nikola Carton

J’espère très sincèrement avoir l’occasion de voir ces deux pièces sur scène à l’avenir car celles-ci sont trop brillantes pour se contenter d’une simple publication. Et puis, par leur nature même, les pièces de théâtre sont faites pour être jouées. Les deux auteurs ont confirmé que le texte n’était pas encore publié car ils venaient juste d’y apporter la touche finale.

Stéphane Bern, Lou Ferreira, Benoît Solès et Franck Ferrand

Malheureusement, malgré des prestations excellentes, les différents auteurs présents n’ont pas pu se livrer au jeu des dédicaces faute de temps. Je cherche Lou Ferreira dans la foule. Il faut dire que mes pensées reviennent régulièrement à cette idée de Salon Littéraire qui m’a tant séduite. Je réussis enfin à l’approcher et lui fait part de mon enthousiasme. Elle me propose très gentiment de m’envoyer une invitation à la prochaine réunion.

C’est donc le cœur léger que je me rends à pied à la Pagode pour la dernière manifestation de la journée : la projection du Procès d’Oscar Wilde de Christian Merlhiot.
Sur place, je retrouve les mêmes personnes qui se suivent depuis le matin. Nous ne nous connaissons pas mais, mus par la même passion, nous nous sourions mutuellement à chaque nouvelle rencontre comme si celle-ci était le fruit du hasard.

Après une longue attente, nous nous installons dans la salle mythique de la Pagode. Les invités de prestige se succèdent sur la scène sous la présidence de son Altesse Royale La Princesse Maria-Pia de Savoie. Sont récompensés devant un parterre d’invités Monsieur Pascal Aquien, pour la recherche et les études wildiennes et sa contribution au renom d’Oscar Wilde en France et dans le monde. Le prix Oscar Wilde 2010 est remis à Florian Zeller comme annoncé le matin même lors de la conférence de presse.

Franck Ferrand, Lou Ferreira et Elisabeth Dauchy (propriétaire de La Pagode)

Pierre cardin, Florian Zeller, son Altesse Royale la Princesse Maria-Pia de Savoie, Anne Schuhmacher, Gonzague Saint Bris

La comédienne Macha Meril reprend le rôle de Lady Bracknell et Franck Ferrand celui d’Ernest Worthing lors de leur entrevue dans l’acte I de la pièce.

S’ensuit la projection du film de Christian Merlhiot. L’histoire d’un traducteur (interprété par Nasri Sayeh) qui traduit les minutes du procès de Wilde du français en langue arabe. Premier élément étrange à mes yeux : pourquoi traduire le procès du français à l’arabe, la version française étant déjà une version traduite de la version originale ? Une traduction de l’anglais vers l’arabe aurait exigé des sous-titres mais aurait paru plus convaincante. L’homme répète inlassablement le texte incarnant tour à tour l’accusation et la défense. Il déambule dans une villa le jour puis la nuit ce qui semble suggérer l’unité de temps et finit par être littéralement habité par le texte, débitant les réponses de Wilde à ses détracteurs dans un demi-sommeil. Quelques images sur une falaise rappellent les paysages de l’Irlande, clin d’œil au pays de naissance d’Oscar. Cependant, cette succession d’images m’a semblé être complètement dissociée du texte. A l’exception d’une scène de l’accusation ayant trait à la « normalité » ou non des liens qui unissent Wilde et son jeune amant et filmée en dessus de la ceinture (révélatrice de la véritable nature de leurs relations). Au final, on aurait pu se contenter d’un écran noir, d’une simple lecture afin de mieux faire résonner le texte. En tout cas, j’ai pu remarquer au cours de la séance que mon voisin s’était endormi (ou qu’il recueillait la bonne parole wildienne les yeux clos, c’est selon…) et qu’il n’était pas le seul.

A la fin de la projection, les spectateurs se lèvent et quittent la salle en silence. A l’entrée c’est l’embouteillage devant les coupes de champagne. Le couloir est trop exigu pour tant de monde. Lasse, je m’éclipse sur la pointe des pieds, quittant ainsi une belle journée placée sous les auspices de l’élégance et du beau langage.

Pour consulter le site de la Société Oscar Wilde en France ou en devenir membre c’est ici.

 

4 replies »

  1. Chère Aurore,
    Je viens de vous lire…Beau compte rendu de la journée du « Wilde Day » ! Si vous souhaitez venir à un de mes Salons , ce sera avec plaisir…
    Comment entrer en contact avec vous ? Je viens tout droit du 19ème siècle, mais il y a le téléphone aussi….A bientôt chère Aurore.
    Lou

  2. oh…J’ai oublié de cocher deux cases, auquel cas, je n’aurais pas sû s’il était possible de vous joindre…
    A bientôt chère Aurore,

    Lou

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