Littérature

17 janvier 2011 : The Wilde Day – Part I

 

Comme promis, je reviens vous parler de cette journée exceptionnelle dédiée à Oscar Wilde qui s’est déroulée le 17 janvier dernier.

Premier rendez-vous de la journée : direction l’ambassade d’Irlande pour la conférence de presse de 10H00. A l’entrée, on me demande mon nom et on me remet un dossier presse. Autour de moi sont présents les membres de la Société Oscar Wilde en France et du Cercle Oscar Wilde. Je ne sais pas encore qui est qui, donc je me contente d’observer et d’échanger des sourires avec les personnes présentes. Après quelques minutes, je monte le grand escalier de marbre qui mène à la salle du petit déjeuner. Celle-ci se remplit d’ailleurs assez rapidement, les admirateurs d’Oscar conversant sereinement, un café dans une main, une mini viennoiserie dans l’autre. Tout le monde semble se connaitre, s’interpelle, se dit bonjour.

Son Excellence M. l’Ambassadeur d’Irlande prend la parole pour nous rappeler l’histoire des Irlandais en France, des liens unissant nos deux pays, du rayonnement culturel et surtout d’Oscar Wilde, francophone et francophile, qui viendra terminer ses jours en exil dans la belle ville de Paris.

Son Excellence l’Ambassadeur d’Irlande

Franck Ferrand, Président du Cercle Oscar Wilde, prend à son tour la parole afin de remercier chaleureusement l’Ambassadeur et son personnel pour cet accueil si enthousiaste. Il évoque l’Irlande en tant que terre littéraire qui ne compte pas moins de quatre Prix Nobel (William Butler Yeats, George Bernard Shaw, Samuel Beckett et Seamus Heaney), sans compter des écrivains de renom tels que James Joyce et bien sûr Oscar himself. Tout en émaillant son discours de citations, il termine sur une pointe d’humour en suggérant la participation d’une célèbre marque de cosmétiques pour le nettoyage incessant des traces de rouge à lèvres, vestiges de nombreuses admiratrices, maculant la sépulture au Père Lachaise.

Vient ensuite Lou Ferreira, Présidente de la Société Oscar Wilde en France, vêtue dans la grande tradition victorienne. Elle évoque l’actualité wildienne en France pour l’année à venir : pièces de théâtre, livres, DVDs, rediffusions, conférences, opéras… les admirateurs n’ont que l’embarras du choix. Lou Ferreira a d’ailleurs soutenue une thèse de philosophie le 29 janvier sur l’esthétique et la provocation chez Wilde.

Gonzague Saint Bris, écrivain et journaliste, entre en scène pour nous annoncer les lauréats du Prix Oscar Wilde 2010. Le Prix pour la Recherche et les Etudes Wildiennes est attribué à M. Pascal Aquien pour sa contribution au renom d’Oscar Wilde en France et dans le monde.

Gonzague Saint Bris & Franck Ferrand

Le Prix Oscar Wilde 2010 est quant à lui remis à… (Moment solennel… Roulements de tambour…) Florian Zeller ! Applaudissements dans la salle. S’ensuit une courte biographie de l’auteur récompensé notamment pour son travail sur de nombreuses pièces de théâtre à succès.

Lou Ferreira en habits victoriens

Le temps de réaliser quelques photos et je suis déjà en route pour le Père Lachaise. Il faut dire que celui-ci est à l’autre bout de Paris et que la tombe d’Oscar se trouve dans la division 89 c’est-à-dire à l’opposé de l’entrée principale. Dehors, je suis accueillie par une bruine qui risque malheureusement de ruiner la prochaine étape de cette journée… et je n’ai pas emporté de parapluie.
Heureusement, à mon arrivée au cimetière, la pluie a disparu. Je suis en avance. Je prends donc le temps de flâner entre les allées que je connais bien et de passer voir Sarah Bernhardt.
Après une petite demi-heure de marche, me voilà enfin en tête-à-tête avec Oscar. Enfin, c’est vite dit : le flux des visiteurs du Père Lachaise est continu. Et l’écrivain n’est jamais vraiment seul. Douce ironie du sort pour un homme qui mourut quasiment comme un paria et dans l’opprobre la plus totale.

Et pourtant, il est bien loin d’être tombé dans l’oubli ce cher Oscar et une énorme gerbe de fleurs avec l’inscription Berneval, déjà présente sur la tombe, se charge de le rappeler aux passants.

Je profite qu’il n’y ait pas encore de monde pour prendre quelques clichés du monument construit par Jacobs Epstein orné de l’épitaphe extraite de The Ballad Of Reading Gaol :

And alien tears will fill for him
Pity’s long broken urn,
For his mourners will be outcast men,
And outcasts always mourn.

La tombe est ornée d’un sphinx (allusion au poème La Sphinge) dont le visage est celui du dramaturge.

Les attributs virils qui ornaient la statue à l’origine étaient une allusion à son homosexualité. Pour la petite histoire, en 1961, deux vieilles dames outrées devant tant d’ostentation, auraient mutilé la statue de ses parties intimes. Celles-ci serviraient aujourd’hui de presse-papiers au conservateur du cimetière ! J’aime beaucoup cette anecdote sans jamais avoir vérifié si elle était véritable ou non. J’ai trop peur de découvrir que n’est qu’une légende urbaine.

J’en suis là de mes réflexions lorsqu’au bout de l’allée, je vois arriver à petits pas Danielle Guérin qui s’occupe d’éditer la revue Rue des Beaux Arts accompagnée de David Rose, son compagnon, portant un bouquet d’orchidées. Ceux-ci passent devant moi en m’adressant un sourire puis posent religieusement les fleurs sous le sphinx de pierre.
En peu de temps, nous sommes rejoints par les autres membres. Une rose blanche est remise à chacun des membres des deux associations. Ceux-ci s’avancent avec respect afin de placer leur petit hommage sur le granit.

Une superbe gerbe composée de lys et d’œillets blancs est déposée au pied de la tombe. Caroline de Bendern, arrière-petite nièce de Lord Alfred Douglas, nous lit un petit discours de sa composition dans lequel le poids de la culpabilité prend une large place. Elle s’excuse plusieurs fois du mal infligé par son ancêtre.

Quant au philosophe et essayiste Daniel Salvatore Schiffer, il rend un vibrant hommage à Oscar. Son discours est essentiellement axé sur l’exil de l’auteur, ses derniers jours, son agonie et son enterrement en proscrit. L’émotion est palpable parmi les participants. M. Schiffer sait trouver des mots simples et justes qui finissent par porter leur résonnance en chacun de nous. Des extraits de ce discours seront reproduits dans le prochain numéro de la Rue des Beaux Arts.

Caroline de Bendern, arrière-petite nièce de Lord Alfred Douglas

Daniel Salvatore Schiffer dans un éloge très émouvant

Mais la cérémonie en plein air touche à sa fin et déjà, je me presse pour ne pas perdre une seconde de la suite de cette aventure…

La deuxième partie de cette journée est disponible via ce lien

 

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