Cinéma

A voir ou à revoir : 8 Femmes de François Ozon

 

Avec le froid polaire qui s’est abattu sur la France ces derniers jours, je n’ai guère quitté ma tanière. Pendant la période hivernale, j’adore me lover dans le canapé, une couverture sur les genoux, un chocolat chaud dans les mains pour regarder de grands classiques du cinéma.

Il y a quelques jours, j’ai donc revu 8 Femmes de François Ozon, sorti en 2002.

Au départ, Ozon voulait réaliser un film uniquement interprété par des femmes et s’est renseigné pour acquérir les droits de Women de Cukor. Ces droits étant déjà détenus par Julia Roberts et Meg Ryan, c’est l’agent Dominique Besnehard qui lui fera découvrir la pièce 8 Femmes écrite par Robert Thomas.

8 Femmes c’est la rencontre de huit monstres du cinéma français, trois générations d’actrices, dans un huis-clos passionnant. Huit femmes et un homme vivent sous le même toit. Un matin, le maître de maison est retrouvé poignardé dans son lit. Chacune de ces femmes a un mobile sérieux pour l’avoir supprimé : laquelle est la coupable ?

Au-delà de l’enquête à la Agatha Christie (Suzon arrive d’une école anglaise, le manoir est de style anglais), ce que j’aime tout particulièrement dans ce film, c’est la multiplicité des références au cinéma :

Le décor et les costumes s’inspirent très clairement de l’esthétique des films hollywoodiens des fifties notamment ceux de Douglas Sirk et d’Alfred Hitchcock. D’ailleurs nous pouvons clairement voir dans la scène de chant d’Augustine (Isabelle Huppert) que les oiseaux dans la cage derrière sont faux (ils ne bougent pas). Cette introduction de détails peu réalistes me rappelle (dans un genre très différent il est vrai) ces scènes d’époque montrant des acteurs au volant, faisant semblant de conduire. Ces petits détails qui sonnent certes faux mais qui sont cependant la mémoire d’une époque révolue.

Les costumes sont inspirés du Technicolor avec une couleur dominante par personnage qui représente sa psychologie : rouge pour Pierrette, violet pour Mamy, rose pour Suzon… idée développée dès le générique dans lequel les actrices sont toutes symbolisées par une fleur différente. La robe portée par Suzon (Virginie Ledoyen) est un clin d’œil au style New Look de Christian Dior, représentatif de l’époque.

Le style New Look de Dior incarné par V. Ledoyen

 

Augustine (Isabelle Huppert) :

Pierrette (Fanny Ardant) fait remarquer à Augustine après sa transformation : « (…) vous voilà transformée en héroïne de vos romans d’amour. La Dame aux camélias sans doute… » Or Huppert a joué ce rôle en 1981.
Sa scène de chant dans laquelle elle s’accompagne au piano fait référence à son rôle dans La Pianiste de Michael Haneke l’année précédente.
Son personnage de vieille fille neurasthénique rappelle également les personnages de Claude Chabrol… dont elle est l’actrice fétiche.

Suzon (Virginie Ledoyen) :

Ledoyen était enceinte au moment du tournage ce qui renforçait son rôle dans le scénario.

Pierrette (Fanny Ardant) :

Son personnage de séductrice, ancienne danseuse nue, rappelle physiquement Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus (les boucles d’oreille sont exactement les mêmes). De même, son strip-tease lors de son tour de chant s’inspire directement de Rita Hayworth dans Gilda.

F. Ardant et le personnage de Pierrette

Rita Hayworth et son légendaire strip-tease dans Gilda

Ava Gardner

Gaby (Catherine Deneuve) :

Le manteau à encolure léopard qu’elle réclame régulièrement à sa femme de chambre ressemble à celui de Marilyn Monroe dans Les Hommes préfèrent les blondes. L’étole de fourrure qu’elle porte en intérieur évoque également Marilyn.

Marilyn Monroe dans Les Hommes préfèrent les blondes

Catherine Deneuve dans 8 Femmes

Sa coiffure est celle adoptée par Lana Turner dans Le Mirage de la Vie.

Mamie (Danielle Darrieux) :

Mère de Catherine Deneuve dans 8 Femmes, elle l’était déjà dans le célèbre film de Jacques Demy Les Demoiselles de Rochefort.

Mme Chanel (Firmine Richard) :

La gouvernante de la maison est inspirée de la nounou de Scarlett O’hara dans Autant en emporte le vent.

Louise (Emmanuelle Béart) :

Son personnage de femme de chambre et les gros plans sur ses bottines sont une évocation du personnage incarné par Jeanne Moreau dans Journal d’une femme de chambre de Buñuel.

En plus de toutes ces références, François Ozon a rendu un troublant hommage à François Truffaut à travers Catherine Deneuve et Fanny Ardant. Dans une scène, Gaby dit à sa fille Suzon : « Te voir près de moi, c’est à la fois une joie et une souffrance. » Or c’est une phrase utilisée dans deux films de Truffaut : La Sirène du Mississippi (Jean-Paul Belmondo s’adressant à Catherine Deneuve) et Le Dernier Métro (Gérard Depardieu toujours à Catherine Deneuve). Or, Deneuve et Truffaut ont vécu une histoire d’amour. Et la scène se joue sous le regard très ému de Fanny Ardant, dernière compagne du cinéaste. Peut-être le plus beau moment du film grâce à cette magnifique grille de lecture.

Au-delà du huit clos, le film est un hommage aux actrices (Romy Schneider est présente à travers une photographie dans le tablier de Louise) ce qui explique ces références aux grands classiques, aux rôles que ces comédiennes ont déjà interprétés. 8 Femmes foisonne de tant d’occurrences que j’ai du en oublier plus d’une.

Je vous laisse avec des extraits du films ici.

FILMOGRAPHIE :

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