Littérature

A Roche, sur les traces d’Arthur Rimbaud…

 

Roche ou plutôt Chuffilly-Roche… petite commune posée sur un écrin de verdure dans le département des Ardennes. Perdu entre Vouziers et Attigny, entouré par des champs et des forêts, ce petit village compte aujourd’hui une centaine d’habitants. Pourtant ce lieu est connu dans les milieux littéraires car il a hébergé l’un de nos plus grands poètes : l’Homme aux semelles de vent, Arthur Rimbaud.

Ci-dessus, l’une des quatre sculptures réalisées par Eric Sléziak en 2004 à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Arthur Rimbaud.

Arthur n’est pas né au village mais à Charleville le 20 octobre 1854. Ce n’est que bien plus tard, en 1878, que Vitalie Cuif, sa mère, prend l’initiative d’emménager dans la petite ferme familiale de Roche.

La maison que vous pouvez voir sur ces photos n’est pas celle de la famille de Rimbaud. La ferme a été rasée par les allemands lorsqu’ils ont quitté le village lors de la Première Guerre mondiale. Celle-ci a été construite au même emplacement.

Elève extrêmement brillant, Rimbaud écrit ses premiers poèmes vers 15 ans. Epris de liberté, il s’accommode mal de la vie dans ses Ardennes natales et rêve de s’évader vers la Capitale. A plusieurs reprises, il fugue (voir le poème Ma Bohème par exemple) et finit par rejoindre Paris à la demande du poète Paul Verlaine avec qui il entretient une correspondance épistolaire.

Rimbaud se lance dans la vie bohème littéraire de son époque. Très rapidement, les deux hommes nouent une relation tumultueuse et destructrice. En 1872, Verlaine quitte son épouse et part avec Rimbaud vers l’Angleterre et la Belgique. Les deux hommes mènent une vie très agitée. C’est pourtant une période très riche sur le plan de la création littéraire pour les deux poètes.

Mais Arthur reviendra toujours vers Roche. C’est là qu’il va venir se réfugier à l’issue de son ultime dispute avec Verlaine à Bruxelles. Alors que Rimbaud veut le quitter, Verlaine, ivre, tire sur lui deux coups de revolver et le blesse au poignet. C’est là qu’il va s’attacher à la rédaction de son plus grand chef d’œuvre Une saison en Enfer dans lequel éclate toute sa maturité poétique. Ce sera malheureusement le dernier. A l’échec sentimental se conjugue l’échec artistique. Le jeune poète qui se voulait « voyant », qui rejetait les règles classiques de la poésie n’est pas parvenu à son but. A elle seule, la poésie ne peut révolutionner la vie et parce qu’il pense avoir accompli tout ce qui était en son pouvoir, il se résout à se taire définitivement à l’âge de 20 ans.

Mi explorateur, mi commerçant, il passera la deuxième partie de sa vie à voyager à travers les pays étrangers. En 1891, il tombe gravement malade et se fait amputer d’une jambe. Il revient une dernière fois à Roche, ce lieu de refuge et de haine. Son état continue de se dégrader et il décide de repartir vers Marseille dans l’espoir d’embarquer pour Aden à la moindre amélioration. Le cancer qui le ronge aura raison de lui le 10 novembre 1891.

Cette sculture est l’oeuvre de Paul Boers qui l’a érigé à la place du grenier où le poète aurait écrit Une Saison en Enfer.
« Les deux pierres dressées comme des menhirs rappellent l’origine celte du roi Arthur. Elles représentent aussi les deux routes empruntées par l’homme aux semelles de vent : vers la route européenne et la route africaine. Le monolithe central rappelle un sarcophage pharaonique de la Vallée des Rois, où Rimbaud s’est rendu et où son nom est resté gravé dans la pierre. Le monument montre au passant sa face la plus rugueuse : la vie n’est-elle pas rugueuse à étreindre? comme le notait Rimbaud. »
Paul Boers, extrait de la Revue « Terres Ardennaises », décembre 1991.

 

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