Anecdotes & Peinture

Variations sur un même thème : La Joconde

 

La Joconde, portrait de Mona Lisa (1503-1506), Léonard de Vinci

La Joconde. Le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci est probablement le tableau le plus célèbre du monde. Tous ceux qui ont essayé de la voir au Musée du Louvre vous le diront : Mona Lisa est une personnalité très difficile à approcher. Il y a toujours foule autour de ce tableau et les flashes crépitent à longueur de journée. Léonard de Vinci lui-même aurait tellement aimé cette œuvre de son vivant qu’il l’emportait partout avec lui y compris lors de ses voyages.
Toute sa vie Léonard va retoucher inlassablement le portrait cherchant à atteindre la perfection. Il lui apporte ainsi son célèbre regard qui semble suivre le spectateur et son sourire énigmatique, souvent évoqué, car il est l’un des premiers dans l’histoire de la peinture. C’est également la première fois que l’on voit apparaitre la technique du sfumato qui consiste à rendre floues certaines parties du tableau comme si le lieu était enfumé (afin d’accentuer notamment les effets de profondeur).
Le vol de ce tableau entre 1911 et 1914 finira de le rendre célèbre et d’accentuer la fascination qu’il exerce depuis toujours.

En tant qu’œuvre universellement reconnue, la Joconde a été de nombreuses fois détournée par des artistes qui en proposent leur propre interprétation.

L’un des tout premiers artistes à détourner la Joconde est Kazimir Malevitch. Il colle une reproduction déchirée du tableau et le barre de deux croix rouges afin de faire comprendre que l’art doit se libérer de ses références. Ce collage sera d’autant plus choquant en 1914 que la Joconde venait à peine de retourner au Louvre après son vol très médiatisé.

Composition avec la Joconde, eclipse partielle (vers 1914), Kasimir Malevitch

 

En 1919, c’est Marcel Duchamp, en tête du mouvement dadaïste qui s’empare du mythe. Il reproduit la Joconde sur une carte postale et l’affuble d’une moustache et d’une petite barbiche. Ce geste parodique s’inscrit dans une critique de la dévalorisation de l’œuvre due à la pratique de la reproduction, dénonçant sa perte d’aura, mais relève également d’une critique de la survalorisation de l’œuvre d’art. Il ira jusqu’à ajouter un allographe L.H.O.O.Q. (comme ça se prononce). Quelques années plus tard, Duchamp s’offrira une nouvelle provocation en proposant une copie de l’oeuvre originale de Léonard comme un L.H.O.O.Q. shaved. Et l’oeuvre de Léonard d’être interprétée comme celle de Duchamp après rasage.

L.H.O.O.Q. la Joconde (1919), Marcel Duchamp

 

Plus tard, Fernand léger dira : « La figure humaine ne m’inspire pas plus que des clés ou des bicyclettes » et encore « La Joconde est pour moi un objet comme les autres ». Idéologie qu’il a mise en pratique dans son tableau La Joconde aux clés sur lequel la Joconde est désignée comme un objet au même titre qu’une vulgaire boîte de sardines.

La Joconde aux clés (1930), Fernand Léger

 

En 1963, c’est la figure emblématique du pop art, Andy Warhol qui s’attaque à l’icône, la reproduit en série et change sa couleur au profit du noir & blanc. Mettant en application ce qu’il dénonce dans notre siècle, la banalisation du mythe par sa répétition et les abus de la société de consommation, il standardise la Joconde avec humour en l’appelant Thirty Are Better Than One (« Trente valent mieux qu’une »).

Thirty Are Better Than One (1963), Andy Warhol

Thirty Are Better Than One (1963), Andy Warhol

 

Roman Cieslewicz refuse quant à lui de considérer la Joconde comme une icône intouchable. Il décide de démultiplier son célèbre regard et le rend encore plus troublant. Il devient impossible de fixer Mona Lisa sans que votre propre regard se brouille.

Les Mona’s Lisa’s (1969), Roman Cieslewicz

 

Jean-Michel Basquiat, avec son style proche du graffiti, utilise la Joconde pour dénoncer les financiers qui ont envahi le milieu de l’art afin d’y spéculer. Il la défigure en rejetant cyniquement l’idéal de beauté féminin. Il la transforme en billet de banque, lui donne un numéro et peint un fond jaune évocateur de l’or. Mona Lisa, le chef d’œuvre de de Vinci, devient à son tour un symbole et une effigie de l’argent.

Mona Lisa (1983), Jean-Michel Basquiat

 

L’artiste anglaise P. J. Crook peint des individus qui perdent leur identité propre au milieu de la foule. Elle dénonce les excès de notre époque. L’art, la poésie et la spiritualité sont les voies qu’elle préconise pour échapper à la folie du monde. Ce sont bien ces thèmes que l’on retrouve dans Leonardo. Mais comment interpréter le tableau ? La Joconde apparaissant sur un écran d’ordinateur a perdu toute matérialité et appartient ici au monde virtuel. Est-ce à dire qu’elle perd son identité propre au milieu d’autres œuvres d’art ? Un message plutôt ironique si l’on considère qu’appartenant au monde de l’art, elle est sensée élever l’individu.

Leonardo (1998), P.J. Crook

 

Je passe sur les autres détournements autour de la célèbre Joconde, ils sont nombreux et variés. Je me suis attachée aux plus représentatifs, à ceux qui cachent une véritable réinterprétation de l’œuvre qui est toujours, comme nous venons de le voir, inhérente à l’époque de réalisation. Le tableau de P.J. Crook boucle parfaitement la démonstration. Je vous laisse ainsi, à travers (au-delà de ?) l’écran, réfléchir au miroir que nous tend l’artiste…

 

12 replies »

  1. très bon article merci ! cependant je rajouterais l’œuvre « Dali en Joconde » de de Philippe Halsman créé en 1954 qui est quand même une parodie importante de la Joconde je trouve.
    mais sinon ton blog est bien fait et intéressant 😀

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